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La centrale de Fessenheim inquiète ses voisins allemands

Les représentants des collectivités allemandes proches de l'Alsace ont exprimé lundi à Colmar leurs inquiétudes vis-à-vis de la centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, la plus vieille du parc français. /Photo prise le 14 mars 2011/REUTERS/Vin

Les représentants des collectivités allemandes proches de l'Alsace ont exprimé lundi à Colmar leurs inquiétudes vis-à-vis de la centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, la plus vieille du parc français. /Photo prise le 14 mars 2011/REUTERS/Vin - -

Les représentants des collectivités allemandes proches de l'Alsace ont exprimé lundi à Colmar leurs inquiétudes vis-à-vis de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus vieille du parc français.

Lors d'une réunion de la Commission locale d'information et de surveillance (Clis) de la centrale, plusieurs ont estimé que la France devait, comme l'Allemagne, mettre à l'arrêt ses installations les plus anciennes dans l'attente d'un retour d'expérience des accidents survenus à Fukushima au Japon.

"La population m'a mandatée. Nous savons tous qu'il faut avoir ce retour d'expérience du Japon. C'est valable aussi pour la France", a affirmé Dorothea Störr-Ritter, conseillère de la région de Fribourg en Breisgau, dans le Land de Bade-Wurtemberg.

"Il serait peut-être utile, comme en Allemagne, d'avoir un moratoire", a-t-elle ajouté, évoquant les "préoccupations" suscitées par l'âge de l'usine EDF de Fessenheim.

"Après les événements au Japon, je ne suis pas sûr que la situation à Fessenheim soit suffisante pour être rassuré", a renchéri Jürgen Ehret, maire de la commune de Heitersheim.

Une manifestation d'antinucléaires avait rassemblé dimanche près de 10.000 personnes, majoritairement allemandes, sur une île du Rhin proche de Fessenheim.

Les deux réacteurs de 900 MW de la centrale alsacienne, mise en service en 1977, font actuellement l'objet de leur troisième visite décennale qui doit dire s'ils peuvent fonctionner dix années de plus.

Le verdict doit être rendu avant le mois de juin pour le premier d'entre eux et en 2012 pour le second, dont l'inspection débutera seulement en mai.

L'Allemagne vient de son côté de mettre à l'arrêt ses sept réacteurs nucléaires construits avant 1980, en réaction à l'accident survenu au Japon à la suite du séisme et du tsunami du 11 mars.

ZONE SISMIQUE

La centrale de Fessenheim est elle-même bâtie sur une zone sismique attestée par le tremblement de terre, d'une intensité évaluée à 6,2 sur l'échelle de Richter, qui a détruit la ville suisse de Bâle, à 40 kilomètres plus au sud, le 13 octobre 1356.

Elle a été conçue pour résister à un séisme d'une énergie cinq fois supérieure, soit 6,7 sur l'échelle de Richter, l'épicentre étant en outre considéré comme situé au plus près.

"Est-ce que 6,7 est encore la bonne valeur de référence ? Est-ce qu'il faut envisager la combinaison séisme et rupture de digue ?", s'est interrogé le représentant du Land du Bade-Wurtemberg, Julian Würtenberger.

Les représentants d'EDF et de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), se sont efforcés de rassurer en soulignant les marges de sécurité dont était dotée la centrale, les différences de technologie par rapport aux centrales japonaises mais aussi la réévaluation permanente des normes auxquelles elle est soumise .

"Si le retour d'expérience du Japon le demande, l'ASN n'aura pas de mal à demander sa prise en compte", a assuré Florien Kraft, chef de la division de Strasbourg de l'ASN.

Ce que Michel Habig, vice-président UMP du conseil général et président de la Clis a traduit en termes plus directs.

"Ce n'est pas la peine de faire un moratoire pour évaluer les risques. L'évaluation est faite de manière permanente en France", a-t-il dit.

S'il a refusé de mettre aux voix une demande de moratoire émanant des associations de défense de l'environnement, il a annoncé que la Clis poserait plusieurs questions à EDF sur la réévaluation des risques après Fukushima.