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Pour Enrico Letta, "l'Italie court un risque fatal"

Le chef du gouvernement italien, Enrico Letta.

Le chef du gouvernement italien, Enrico Letta. - -

Dans un discours au Sénat, le chef du gouvernement italien, Enrico Letta, a mis en garde contre un "risque fatal", à quelques heures du vote de confiance du Parlement.

Enrico Letta tire la sonnette d'alarme. Le président du conseil italien a mis en garde ce mercredi les parlementaires contre l'instabilité, "un risque fatal" pour l'Italie, les appelant à voter la confiance après la crise déclenchée par Silvio Berlusconi.

"L'Italie court un risque fatal, qui dépend d'un oui ou d'un non. Je vous invite à donner un exemple de cohésion", a affirmé d'entrée le premier ministre en dressant un bilan très positif de l'action de son gouvernement de coalition gauche-droite qui a permis à la troisième économie de la zone euro de "sortir du cauchemar" de la récession. Enrico Letta doit demander la confiance du Parlement dans la journée.

Vote à la mi-journée

"Mon gouvernement est né au Parlement et s'il doit mourir, il mourra ici, au Parlement", "Ayez le courage de m'accorder votre confiance", a lancé Enrico Letta aux sénateurs. Le suspense reste entier sur l'issue du vote qui doit intervenir à la mi-journée après un débat. Enrico Letta compte sur les voix des rebelles du parti de centre-droit, peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi.

Le premier d'entre eux, le vice-premier ministre Angelino Alfano, un avocat sicilien de 42 ans présenté jusqu'ici comme le dauphin de Silvio Berlusconi, s'est déclaré "fermement convaincu que notre parti tout entier doit voter la confiance à Letta". Aux antipodes de son mentor, qui a répété son intention de "mettre un terme au gouvernement Letta" de coalition gauche-droite.

"Geste fou" de Berlusconi

Dans son discours d'une heure, Enrico Letta a écarté très vite toute concession au magnat des médias de 77 ans, aux prises avec la justice. "Dans un pays démocratique, les décisions de justice doivent être appliquées" et "les affaires judiciaires doivent être dissociées de la politique", a-t-il dit avec fermeté.

Selon tous les experts, le "geste fou" de rupture du milliardaire était motivé par sa crainte de perdre d'ici à la mi-octobre son siège de sénateur et donc son immunité parlementaire, après sa condamnation définitive le 1er août à une peine de prison pour fraude fiscale. "Je ne meurs pas, même s'ils me tuent", a déclaré Silvio Berlusconi dans une interview à l'hebdomadaire Panorama.

Pari risqué

Le Sénat représente pour le chef du gouvernement, un chrétien démocrate appartenant au Parti démocrate (première force de gauche), le pari le plus risqué car son sort dépendra du nombre de sénateurs du PDL qui feront réellement défection et voteront la confiance.

Sur le papier, il dispose de 137 voix garanties alors que la majorité est de 161. Quatre ex-sénateurs du Mouvement cinq étoiles (M5S) de Beppe Grillo ont annoncé aussi qu'ils voteraient la confiance, de sorte qu'il lui manque encore 20 voix.

Les parlementaires PDL qui voteront la confiance sont une quarantaine, "il suffit de voir leurs déclarations publiques", a assuré mardi matin le sénateur Carlo Giovanardi, l'un des acteurs de la rébellion au sein du PDL. "C'est le jour qui pourrait changer la politique", espère Stefano Folli du quotidien économique Sole 24 ore qui entrevoit "la fin de la saison de Berlusconi". "Le jour le plus long pour Berlusconi" titre de son côté la Repubblica.

A.S. avec AFP