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Italie: un pays ingouvernable avec un "clown" en arbitre

En catalysant le vote contestataire, Beppe Grillo, ex-comique italien, obtient le score énorme de 25% des suffrages et ce, dans les deux chambres.

En catalysant le vote contestataire, Beppe Grillo, ex-comique italien, obtient le score énorme de 25% des suffrages et ce, dans les deux chambres. - -

Avec une majorité d'élus à la Chambre des députés, mais pas au Sénat, la gauche italienne ne pourra gouverner seule. Beppe Grillo, le "Coluche italien", constitue quant à lui une nouvelle force qui pourrait peser lourd.

L'Italie s'est enfoncée dans une impasse lundi, avec une Chambre des députés à gauche et un Sénat sans majorité, à l'issue d'élections marquées par le boom de l'ex-comique Beppe Grillo et scrutées par des partenaires inquiets pour la troisième économie de la zone euro. "Un vote-choc qui nous donne un Parlement bloqué", titrait sur son site le Corriere della Sera. Retour sur un scrutin en six points.

> Très courte victoire à la Chambre des députés

• La gauche majoritaire en nombre de voix. "Le pays affronte une situation très délicate", a commenté dans la soirée Pier Luigi Bersani, leader de la gauche. Sa coalition a remporté le plus de voix dans les deux chambres du Parlement, mais elle n'obtient une majorité de sièges qu'à la Chambre des députés.

• 340 sièges pour la gauche contre 290 pour la droite. La coalition de gauche de Pier Luigi Bersani, qui remporte 29,5% des voix, s'adjuge la majorité des sièges à la Chambre (340 des 630 sièges), grâce à un système qui accorde 54% des fauteuils à la formation arrivant en tête.

> Un Sénat encore incertain

• Avec moins de voix la droite pourrait gagner. Au Sénat, en revanche, en vertu de règles électorales différentes, c'est la droite qui empocherait le plus de sièges. En termes de voix, la gauche remporte 31,63% des voix et la droite 30,71%. Mais au Sénat, où la prime de majorité est accordée par région, les résultats donnent le centre gauche très loin de la majorité absolue des 158 sièges.

• Un Parlement bloqué. "C'est sûr que s'il y a une majorité à la Chambre et une autre au Sénat, il n'y a pas de gouvernement", a constaté avec dépit Stefano Fassina, l'économiste du Parti démocrate. Et les modestes 17/20 sénateurs prévus pour le camp Monti ne suffisent pas pour former une alliance majoritaire.

> Beppe Grillo : souffler n'est pas jouer

• Grillo, catalyseur du malaise social. Seul véritable vainqueur du scrutin, Beppe Grillo et son Mouvement 5 Etoiles (M5S) a su séduire en surfant sur le rejet de la classe politique, la colère contre l'austérité, la défiance à l'égard de l'Europe.

Catalyseur du malaise social dans un pays en pleine récession économique (-2,2% en 2012), il a pris des voix aussi bien à la droite qu'à la gauche avec un programme jugé "populiste" par ses adversaires: fin du financement public des partis politiques, revenu minimum de 1.000 euros et référendum sur l'euro.

• La troisième force du pays. Selon les résultats officiels, il obtient aux alentours de 25% dans chacune des deux chambres, devenant la troisième force politique du pays.

> Monti trop faible pour mener une nouvelle coalition

De son côté, le chef du gouvernement sortant Mario Monti a perdu son pari de former une grande force au centre puisque sa coalition ne remporte qu'environ 10% des voix dans chaque chambre. "Nous sommes très satisfaits" du résultat, a-t-il toutefois déclaré, rappelant que sa coalition a vu le jour il y a seulement deux mois.

Le "Professore" a exprimé le vœu d'un "gouvernement qui fera mieux" que le sien, "sans balayer les sacrifices consentis par les Italiens" pour permettre l'assainissement du pays. Monti, qui jouissait d'une solide popularité pour avoir rétabli la crédibilité de l'Italie, a fortement pâti des effets de sa politique d'austérité. Ses partisans espèrent encore qu'il puisse être "le pivot" d'une large coalition unissant droite et gauche.

> Le Cavaliere à nouveau en selle

Quant à Silvio Berlusconi, parti sous les huées en novembre 2011 et malgré des procès à répétition -dont un pour prostitution de mineure-, il a opéré une remontée spectaculaire en promettant d'abaisser les impôts et même de rembourser une taxe foncière impopulaire rétablie par Monti. "C'est un résultat extraordinaire" qui montre que "ceux qui croyaient Berlusconi était fini devront y repenser", s'est félicité Angelino Alfano, secrétaire général du parti du Cavaliere, le PDL.

> D'improbables alliances

"Un pays ingouvernable, politiquement mais aussi techniquement avec peu d'issues fondées sur des alliances presque impraticables et numériquement insuffisantes", voici comment Massimo Razzi dans La Repubblica, dépeint le paysage politique issu de cette élection.

• Monti impuissant au Sénat. Alors qu'aucune majorité claire ne se dégage au Sénat, Mario Monti, en cas d'une hypothétique alliance entre la gauche, ne pourrait pas inverser la tendance.

• Beppe Grillo veut faire cavalier seul. Les regards se tournaient massivement lundi soir vers le comique Beppe Grillo qui pourrait avoir une cinquantaine de sénateurs, mais n'est pas disposé à collaborer avec les autres formations.

• La stratégie du pourrissement. "Ils ont fait faillite aussi bien à gauche qu'à droite. Ils peuvent durer sept/huit mois mais nous serons un véritable obstacle pour eux", a lancé Beppe Grillo en direct sur son blog en parlant de "nouvelle d'importance mondiale".

"Nous serons une force extraordinaire. Nous serons 110 au Parlement, mais dehors nous serons des millions". Certains de ses partisans se sont retrouvés dans un restaurant de Rome pour fêter la victoire. '"Nous nous sentons à nouveau orgueilleux d'être italiens", confiait l'un d'entre eux.

• La solution d'un second vote. Pour certains observateurs la solution consisterait à revoter soit pour les deux chambres, soit pour le Sénat où une majorité peine à émerger.

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D. N. avec AFP