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Artemis et Michalis ou la survie des classes moyennes grecques

Des passants sur la place Syntagma à Athènes, en Grèce.

Des passants sur la place Syntagma à Athènes, en Grèce. - Spyros Papasoyropoulos - Flickr CC

Diminution des salaires, hausse du chômage, faillites… L’austérité imposée à la Grèce par ses créanciers impacte la majorité de la population grecque, en particulier les classes moyennes, cette classe invisible submergée par la crise mais qui essaie tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau. Artemis Aegyei et son compagnon Michalis Etimas sont de ces gens, touchés par la crise, plein d’optimisme mais également au bord de la rupture. Rencontre.

Dans un mois, Artemis Aegyei sera au chômage. Employée depuis 2010 par l’Université d’Athènes, les coupes budgétaires ont eu raison de son poste d’assistante pédagogique. Une situation courante en Grèce, où le taux de chômage a progressé de 170,5% entre 2009 et janvier 2015. La femme de 37 ans s’apprête, non sans crainte, à faire partie des 25,7% de chômeurs recensés en janvier dernier. "Je suis effrayée par l’avenir, j’essaie tant bien que mal de maintenir mon niveau de vie. Je multiplie les petits jobs, j’organise des expositions, je donne des cours à des étudiants mais comme personne n’est payé je ne le suis pas non plus...", explique-t-elle autour d’un café du centre-ville d’Athènes.

Les galères financières d’Artemis ont commencé lors des prémices de la crise grecque. Depuis 2005, la maison d’édition Kedros, qui l’employait en tant que freelance, lui doit 14.000 euros. "Ils me donnent 100 euros tous les deux ou trois mois, j’ai touché 10.000 euros en dix ans pour le moment", se désole-t-elle. Impuissante, Artemis "ne peut pas porter plainte. La procédure coûterait plus chère que ce qu’ils me doivent et je me grillerais à jamais pour trouver du travail dans le milieu culturel."

En recherche active d’un nouvel emploi, Artemis ne peut pas se payer ce luxe, surtout qu’elle ne part pas avec les meilleures cartes en main. Surqualifiée pour la plupart des offres auxquelles elle postule, la trentenaire se plaint également "de la corruption et du copinage qui ont pourri l’ensemble du monde culturel institutionnel athénien." Son compagnon Michalis Etimas a connu les mêmes problèmes. Lors du rachat de son entreprise, son employeur devait également 14.000 euros à Michalis. "J’en a finalement récupéré 9.000", affirme-t-il, plus en retrait que sa compagne.

30% des entreprises ont fermé entre 2010 et 2013

Malgré son optimisme de façade, l’étau se resserre autour d’Artemis, privée d’allocations chômage. En quinze ans de carrière, elle n’a cotisé au total que trois ans et trois mois. La raison de cette hérésie: "un petit point de détail dans chacun de mes contrats." Artémis est loin d’être un cas isolé. Parmi les 1,5 million de chômeurs que compte la Grèce, seuls près de 300.000 d’entre eux ont le droit à une aide de l’Etat. Comme les allocations chômage ne durent qu’un an en Grèce, la précarité gagne rapidement les personnes sans emplois.

La situation de son compagnon Michalis Etimas n’incite pas le couple à entrevoir un meilleur avenir. A l’image de l’ensemble des salaires grecs qui ont diminué de 38% entre 2009 et 2014, Michalis est passé de 1.300 à 800 euros mensuels depuis le début de la crise. "Mon boss ne pouvait plus nous payer, tous les salariés ont alors accepté des sacrifices financiers car c’était un bon patron, on voulait tous s’en sortir", se remémore le consultant en informatique. Un vain sacrifice.

Confrontée a des soucis de trésorerie trop importants, l’entreprise a dû être vendue. Un rachat synonyme d’une nouvelle diminution de salaire pour l’homme de 45 ans. Des réductions imposées mais acceptées par les salariés qui espèrent conserver leur emploi et éviter à leur boîte de faire parti des 30% entreprises qui ont mis la clé sous la porte entre 2010 et 2013. Ce couple, pressé de tous les côtés, fait tout pour s’éloigner du seuil de pauvreté, alors que 44,3% des Grecs vivaient en dessous de ce seuil en janvier 2014.

Article publié sur Newsgreek.fr, le projet des étudiants en journalisme du Celsa à Athènes, en partenariat avec BFMTV.com.

Alexandre Masson, à Athènes