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Euro 2016: trois mois de salaire pour assister à trois matches pour les supporteurs hongrois

L'équipe de Hongrie en match amical face à la Croatie.

L'équipe de Hongrie en match amical face à la Croatie. - ATTILA KISBENEDEK / AFP

Plus de 40 ans après sa dernière qualification pour une phase finale de l’Euro, la Hongrie a décroché son billet pour l’édition 2016. Pour les supporteurs de l’équipe verte et rouge, il s’agit d’un moment unique. Certains sont prêts à d’importants sacrifices économiques pour assister à des rencontres de leur équipe.

"J’attendais ce moment avec impatience." En plein centre de Budapest, dans le bar Bajor Sarok, Ferenc Páll trépigne. Grand fan de football, ce barman de 36 ans va vivre un été particulier. Son équipe nationale, qu’il suit avec ferveur, revient dans la plus haute compétition continentale. Et pour l’occasion, il va faire le déplacement en France pour assister à l’Euro 2016.

Un voyage qui n’a rien d’anodin: Ferenc a dû économiser pendant six mois pour financer ce déplacement, au prix de nombreuses heures supplémentaires. Natif de Nyiregyhaza, à l’est de la Hongrie, il n’a jamais eu l’opportunité de voir son équipe nationale jouer à ce niveau. "J’avais six ans lors de la dernière participation de mon pays à une compétition internationale et je n’ai que quelques souvenirs en tête", raconte Ferenc Páll.

Au quotidien, il travaille dans un bar depuis six ans à plein temps. Sa passion du football occupe son temps libre. C’est un "ultra" radical du club de Ujpest, grand rival du champion de Hongrie en titre Ferencvaros. Mais pendant quelques semaines, c’est pour l’équipe nationale qu’il va chanter. Avec 500 compatriotes, ils se sont organisés pour se rendre à l’Euro au sein d’un collectif qui regroupe 10 clubs de supporteurs. Ils font voyage commun, dans des bus.

1200 euros les billets pour accéder aux stades

Première destination: Marseille. Ou plus précisément à 30 kilomètres de la cité phocéenne, où les ultras doivent séjourner au camping Lou Soulei, à Carry-le-Rouet, économies obligent. Ils passeront leurs nuits dans des petits bungalows. Le transport et le logement coûteront à Ferenc près de 350 euros pour la période qui couvre les trois premiers matches.

L’aventure commencera le 8 juin pour Ferenc et ses amis. La première rencontre doit avoir lieu le 14, à Bordeaux, pour un affrontement avec l’Autriche qui rappelle les grandes heures du football européen des années 30. Le groupe voyagera en France en bus depuis son camp de base des Bouches-du-Rhône. Le 18 juin, le deuxième match aura lieu à Marseille face à l’Islande. Et le 22 juin, les Hongrois affronteront un des favoris, le Portugal, à Lyon.

Pendant le séjour, les supporteurs comptent se serrer la ceinture. Le plus gros poste de dépenses reste les billets pour accéder au stade. 80% des membres du collectif ont réservé le leur sur internet en catégorie 3, la moins chère. Au total, l’addition en tickets d’entrée s’élève tout de même à 1200 euros pour les trois matches pour Ferenc. La plupart des supporteurs fait l’impasse sur le troisième affrontement, contre le Portugal, pour des raisons financières, et préfèrent rentrer au pays. Sans les frais sur place, il faut donc avancer plus de 1650 euros. Soit l’équivalent de trois mois de salaire moyen en Hongrie.

Un surcoût possible en cas de succès

Ferenc attend avec impatience le match qui opposera son pays à l’Islande au Vélodrome de Marseille le 18 juin. Cette rencontre est la principale chance de victoire pour l’équipe verte et rouge. Près de 25.000 Hongrois sont attendus au stade ce jour-là. L’ambiance sera électrique, espère l'"ultra", qui a déjà prévu sa tenue et des fumigènes, normalement interdits dans les stades.

Ferenc a renoncé à emmener avec lui sa femme et sa fille. Il ira seul, avec ses amis fans de foot. Financièrement, le déplacement n’était pas possible. Il évoque aussi des raisons de sécurité: les derniers attentats de Paris l’inquiètent. Après cette phase de poule, si toutefois la Hongrie se qualifie – ce qui est possible si l’équipe arrive meilleure troisième des différents groupes -, Ferenc annonce déjà qu’il restera en France pour les huitièmes de finale. Ce qui risque encore de coûter cher au supporteur.

>> En partenariat avec BFMTV.com, les étudiants du M2 Journalisme du Celsa se rendent dix jours en Hongrie afin d'explorer l'actualité complexe d'un pays tiraillé entre une jeunesse festive qui a soif de liberté et un gouvernement ultra conservateur. Leurs enquêtes et reportages sont publiés sur BUDAPRESS.fr.

Wassim Alem, depuis Budapest