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Espagne: une secouriste espagnole harcelée en ligne pour avoir réconforté un migrant sénégalais à Ceuta

Agée d'une vingtaine d'années, Luna R., bénévole de la Croix-Rouge, a été la cible d'une vague d'attaques sur les réseaux sociaux après la diffusion d'un cliché la montrant en train de réconforter un homme tout juste sorti des eaux.

L'image, diffusée sur les réseaux sociaux, a fait le tour du monde. Sur le cliché, une volontaire espagnole de la Croix Rouge enlace un homme migrant sénégalais, en pleurs, qu'elle tente de réconforter après lui avoir donné à boire. Ce dernier fait partie des 8000 personnes arrivées à Ceuta, en Espagne, depuis lundi du Maroc. Arrivés par la plage ou la mer, les migrants ont profité d'un relâchement des contrôles frontaliers côté marocain.

Si l'embrassade a ému en Espagne, elle a également suscité de nombreux commentaires négatifs. À tel point que la jeune volontaire, Luna R., âgée d'une vingtaine d'années, a été victime de harcèlement en ligne et a dû clore ses comptes sur les réseaux sociaux.

Insultes sexistes et racistes

D'après BBC News Mundo, la branche espagnole du média britannique, la jeune femme a été la cible d'insultes sexistes et racistes, notamment de la part de l'extrême droite. "Ils ont su que mon petit-ami était noir, ils n'arrêtaient pas de m'insulter et me dire des choses horribles et racistes", a ainsi témoigné Luna à la chaîne de télévision espagnole RTVE, ajoutant que le geste d'enlacer quelqu'un en détresse était "la chose la plus normale du monde".

"Nous comprenons que certaines personnes ne soient pas d'accord avec ce que l'on fait, mais rien ne justifie les insultes et attaques personnelles", a quant à elle regretté Isabel Braseo, porte-parole de la Croix-Rouge de Ceuta, interrogée par nos confères. Luna est "pas mal abattue, triste, car après avoir fait son travail du mieux qu'elle pouvait, avec cette humanité que la Croix-Rouge a dans ses gènes, elle a reçu toutes ces critiques", a-t-elle ajouté.

La porte-parole de l'association humanitaire a par ailleurs révélé les coulisses de la scène, rapidement devenue virale. "Cette personne pleurait, car on venait de lui annoncer que l'un de ses amis, avec qui il avait fait la traversée, était mort (...) Pris par le désespoir, la première chose qu'il a faite a été d'enlacer la première personne qu'il a vue, c'est-à-dire Luna", a détaillé Isabel Brasero. Il s'est finalement avéré que son ami avait survécu à la traversée.

"La fille essayait à tout prix de calmer l'homme et elle lui disait de ne pas s'inquiéter, que tout allait bien se passer, que son ami allait bien (...) C'est vrai que parfois, ce qui parle le plus, c'est un câlin", a expliqué Bernat Armangué, journaliste à l'agence de presse AP, qui a assisté à la scène.

Un symbole "d'humanité"

Après avoir assisté à ce harcèlement, de nombreux internautes ont apporté leur soutien à la bénévole. Le hashtag #GraciasLuna ("Merci Luna") s'est même hissé dans les tendances du réseau social Twitter en Espagne. Parmi ses soutiens, Rita Maestre, conseillère municipale de Madrid, qui a assuré dans un tweet: "Nous n'allons pas permettre que la haine l'emporte. Ceux qui ont vu dans cette embrassade le symbole de ce qu'il y a de meilleur dans notre pays sont plus nombreux que les autres".

De son côté, la ministre de l'Économie, Nadia Calviño, a souligné une image qui exprime "la chaleur humaine, l'empathie et la solidarité" et a tenu à remercier Luna, qui représente "les meilleures valeurs de notre société".

La jeune volontaire a également reçu le soutien du secrétaire général de la Fédération de la Croix-Rouge et du croissant-Rouge, Jagan Chapagain. "Luna représente ce que nous faisons de mieux. Merci Luna pour montrer au monde ce qu'est l'humanité", a-t-il écrit sur Twitter.

Depuis leur arrivée lundi à Ceuta, près de 6000 migrants ont déjà été expulsés vers le Maroc, d'après les autorités espagnoles.

Fanny Rocher