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Derrière le symbole d'une photo, le parcours tragique de la famille d'Aylan

A 3 ans, Aylan a perdu la vie tout comme son frère et sa mère, en tentant de rejoindre l'Europe par la Méditerranée. Son père et sa tante ont raconté le parcours de sa famille qui fuyait les conflits en Syrie.

Depuis sa naissance, le petit Aylan n'a connu que la fuite. L'enfant retrouvé mort sur une plage turque et dont la photo a bouleversé l'Europe et le monde tentait de quitter la Syrie. En 2012, alors que les combats s'intensifient à Damas, la capitale syrienne, la famille Kurdi quitte la ville pour Alep. Aylan n'est encore qu'un bébé.

La famille rejoint ensuite Kobané, à la frontière avec la Turquie. Mais la ville située au Kurdistan est le théâtre d'importants combats. A l'automne 2014, Kobané est prise pour cible par le groupe Etat islamique. La ville est détruite. La situation convainc définitivement la famille de quitter la Syrie pour rejoindre la Turquie. 

L'objectif est alors d'émigrer au Canada où Teema, la tante d'Aylan s'est installée depuis plus de 20 ans. "Je n'avais pas encore rempli les papiers d'Abdallah", précise-t-elle à la télévision canadienne. Une demande d'asile pour son autre frère Mohamed est rejetée.

Plusieurs tentatives pour rejoindre la Grèce

Dans l'attente d'un départ hypothétique pour l'Amérique du Nord, les Kurdi décident de rejoindre clandestinement l'Europe. Prochaine étape du voyage, atteindre l'île de Kos, en Grèce depuis Bodrum, en Turquie. La famille essaie à plusieurs tentatives de prendre la mer. "La première fois, les garde-côtes nous ont arrêtés. Nous avons été libérés plus tard". La deuxième fois, "les passeurs nous ont fait faux bon et ne sont jamais venus nous chercher avec leur bateau", raconte Abdallah, le père d'Aylan et Ghaled.

La troisième tentative sera tragique pour la famille. "Nous avions pris la mer depuis quelques minutes, le capitaine a vu que les vagues étaient très hautes, il a voulu rediriger le bateau qui se trouvait déstabilisé" relate Abdallah. Le capitaine aurait alors sauté à l'eau et abandonné le navire.

"Le bateau est solide" avait promis le passeur

Teema, restée en contact avec son frère explique à la télévision canadienne, qu'avant de prendre la mer, Abdallah s'était disputé avec le passeur. "Il lui a dit, j'ai payé le double de ce que vous payez normalement, vous ne pouvez pas nous entasser à 12 personnes là-dedans. Le passeur a répondu, ne vous inquiétez pas, nous l'avons fait des centaines de fois, le bateau est solide."

La suite est dramatique, "j'ai essayé de prendre les choses en main mais le bateau s'est retourné", récite le père de famille impuissant. "J'ai pris ma femme et mes enfants dans mes bras, ils étaient morts." Abdallah est le seul rescapé du naufrage.

Sa sœur explique en larmes que, malgré le drame, son frère espère que la mort de ses deux enfants et de sa femme serviront "de prise de conscience pour le monde entier". Devant les médias, Teema relaie également le message de son frère: "aidez ces personnes qui traversent la mer. Ne les laissez plus faire ce voyage, je ne veux plus que des gens meurent".

Abdallah a désormais décidé de retourner à Kobané pour y enterrer sa femme et ses deux enfants. 

C. B