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Bosnie: la difficile mémoire de l'attentat déclencheur de la 1ère guerre mondiale

Il y a 100 ans, l'archiduc d'Autriche François-Ferdinand était assassiné à Sarajevo.

Il y a 100 ans, l'archiduc d'Autriche François-Ferdinand était assassiné à Sarajevo. - -

Il y a 100 ans, le Serbe Gavrilo Princip assassinait l'archiduc d'Autriche François-Ferdinand. Un événement considéré comme le déclencheur de la Première guerre mondiale et qui continue de diviser la Bosnie.

La Bosnie commémore samedi le centième anniversaire de l'assassinat de l'archiduc héritier d'Autriche François-Ferdinand par le le Serbe de Bosnie Gavrilo Princip. Un acte commis le 28 juin 1914 qui a fait basculer l'Europe dans la Première guerre mondiale, premier conflit d'ampleur du XXème siècle: marqué par l'utilisation massive de nouvelles armes de destruction (notamment chimiques), il fera 10 millions de morts parmi les combattants.

Concert et Union européenne

Lors de son procès en 1914, Gavrilo Princip s'était présenté comme un défenseur de la cause yougoslave: "J’aspire à l’union de tous les Yougoslaves, sous quelque forme politique que ce soit, et à leur délivrance de l’Autriche. Le mobile principal était encore la vengeance pour toutes les souffrances que l’Autriche fait endurer au peuple", avait-il affirmé, indique France 24.

La figure de ce jeune homme de 19 ans, qui n'avait pas regretté son geste -hormis le fait d'avoir assassiné l'épouse de l'archiduc- demeure très controversée. Gavrilo Princip était un "terroriste" pour certains, un "héros" pour d'autres. Les festivités pour commémorer son acte reflètent ces dissenssions.

A Sarajevo, la ville où s'était déroulé le drame, le centenaire sera marqué par un concert de l'orchestre philharmonique de Vienne, alors capitale de l'empire austro-hongrois. Ce sera le point d'orgue d'une série de manifestations culturelles et sportives financées par l'Union européenne.

"Le meurtre d'un tyran" pour Emir Kusturica

Mais les dirigeants serbes de Bosnie et de Serbie ont décidé d'organiser un tout autre événement à Visegrad, en Bosnie orientale. Ils ont décidé de rendre un hommage au "héros" Gavrilo Princip. Il y a deux ans, au moment de l'annonce des commmérations européennes de Sarajevo, les dirigeants serbes avaient dénoncé une approche "révisionniste" de l'histoire qui fait de Princip un "terroriste" et des Serbes les responsables de la Guerre.

Ils se réuniront donc à Andricgrad, une cité néo-médiévale édifiée au coeur de Visegrad au cours des trois dernières années. Le célèbre cinéaste serbe Emir Kusturica, maître de cérémonie, participera aux festivités: selon lui, l'assassinat de l'archiduc d'Autriche n'était pas "un acte terroriste", mais "le meurtre d'un tyran".

Un héritage contesté

Cette mémoire différenciée trouve son explication dans l'histoire, indique France 24. Depuis cent ans, à l'angle de la rue où l'attentat a eu lieu, les monuments ont souvent été remplacés, en fonction des nombreux régimes politiques qu'a connu la ville de Sarajevo. En 1917, les portraits du couple princier y avaient été affichés. A la fin de la guerre, le régime serbe les avait retirés. 

En 1930, c'est cette fois une plaque en hommage à Gavrilo Princip qui avait été apposée. Après la seconde guerre mondiale, le régime de Tito avait même installé les empreintes de ses pieds, raconte France 24. Enfin, en 1992, en pleine guerre de Bosnie, elles avaient été retirées. Cent ans après, l'héritage de Gavrilo Princip est donc toujours très contesté: la dispute ne semble pas prête de s'arrêter.

M. K. avec AFP