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Ecosse: l'indépendantisme du SNP sera inéluctablement neutralisé un jour prochain

Le SNP, malgré son échec référendaire pour gagner l'indépendance de l'Ecosse, a tout de même réalisé un véritable triomphe lors des dernières élections législatives britanniques. Une phénomène que décrypte notre spécialiste en géopolitique, Harold Hyman.

Le SNP, malgré son échec référendaire pour gagner l'indépendance de l'Ecosse, a tout de même réalisé un véritable triomphe lors des dernières élections législatives britanniques. Une phénomène que décrypte notre spécialiste en géopolitique, Harold Hyman. - Andy Buchanan - AFP

Le SNP, malgré son échec référendaire pour gagner l'indépendance de l'Ecosse, a tout de même réalisé un véritable triomphe lors des dernières élections législatives britanniques. Un phénomène que décrypte notre spécialiste en géopolitique, Harold Hyman.

Le raz-de-marée du parti indépendantiste écossais SNP, lors des législatives britanniques de ce jeudi, a envoyé un fort encouragement aux mouvements similaires que compte le monde occidental.

Pourquoi? Car ce même SNP, en perdant le référendum pour l'indépendance qui s'est déroulé le 23 septembre de l'an dernier, avait toutes les raisons de disparaître, ayant ainsi perdu sa raison d'être. De facto, une leçon est à tirer: un parti indépendantiste, plébiscitaire par nature, peut survivre au plus gros des échecs, à savoir le rejet référendaire de son projet principal.

Mais comment? Il lui suffit d'avoir une base électorale composée d'un bon quart d'électeurs. Alors le parti se maintient en gouvernant sa patrie rêvée, sans même obtenir l'indépendance chérie. En fait, il survit en cessant, à terme, de croire à l'indépendance.

Un précurseur québécois

Le précurseur de l'expérience écossaise est clairement celle du Québec. L'expérience québécoise concerne le Parti Québécois (PQ): ce parti indépendantiste, devenu parti de gouvernement depuis 1976, organisa deux référendums sur l'indépendance de que d'aucuns surnomment également la Belle Province.

Après chaque défaite référendaire, en 1980 et en 1995, le PQ s'est fait réélire aux élections provinciales suivantes et a remporté de beaux scores aux élections fédérales. Son pendant fédéral, qui existe sous le nom différent de Bloc québécois, a même fait des scores similaires au SNP en 1993, envoyant 54 des 75 députés fédéraux issus du Québec à Ottawa, la capitale fédérale du Canada.

De 54 à 4

Une décennie plus tard, cependant, le Bloc était réduit à quatre sièges, en même temps que le Parti québécois a décliné. Donc le succès du SNP n'est pas une anomalie. Mais le SNP n'est pas, non plus, un adversaire invincible. Il faut s'attendre à ce que l'opposition au SNP gagne en autonomie, et revienne à terme au pouvoir.

Toujours au Québec, le PQ a été défait plusieurs fois aux urnes, mais rebondit toujours comme grand parti de gouvernement, face à un rival éternel: le parti libéral du Québec (PLQ opposé à la séparation mais attaché aux prérogatives autonomistes).

Or ce PLQ est séparé de son grand frère le parti Libéral du Canada (PLC), car il est autonomiste et ne suit plus le PLC. Et le PLQ s'est fait réélire plusieurs fois, en se dégageant des décisions impopulaires du PLC. Si le PQ et Bloc sont le modèle pour le SNP, alors le PLQ est désormais le modèle pour les Travaillistes en Écosse!

Vers une nouvelle opposition écossaise bien réelle

Conclusion, voilà ce qui marquera l'avenir: le SNP sera vite confronté à une opposition écossaise réelle - en fait il l'est déjà, à l'intérieur de l'Écosse, car seule la moitié des élus au parlement écossais est SNP, les autres partis en Écosse ne sont pas du tout laminés! Même les Conservateurs dépassent le dixième des élus. Ces autres partis devront s'autonomiser en Écosse, et couper le liens entre leur branche écossaise et le tronc britannique.

Autrement dit, chaque parti devra avoir un pendant écossais, et un pendant britannique, distincts. Ainsi, le SNP ne restera pas hégémonique longtemps. Tout comme les électeurs québécois, qui ne sont plus obsédés par l'indépendance, leurs homologues écossais vont sans doute suivre cet exemple, dès qu'ils auront perdu patience avec le parti indépendantiste. Ce qui, en démocratie, est inévitable.