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Allemagne: les manifestations anti-immigrés se multiplient

Manifestation du groupe Pegida contre les immigrés à Dresde, le 8 décembre 2014.

Manifestation du groupe Pegida contre les immigrés à Dresde, le 8 décembre 2014. - Arno Burgi - AFP

Devenue la principale destination d'immigration en Europe, l'Allemagne observe avec inquiétude la montée d'une vague anti-immigrés. Les manifestations hostiles aux étrangers se multiplient.

Depuis quelques semaines, l'Allemagne voit se multiplier des manifestations contre les étrangers dans différentes villes du pays. Un mouvement qui prend de l'ampleur, et inquiète les autorités.

S'ils étaient une centaine de manifestants lors des premiers rassemblements, on en comptait 10.000 lundi dernier à Dresde, en ex-RDA, réunis à l'appel de Pegida – un acronyme pour "Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident". Le choix du lundi est calqué sur les "Montagsdemo", ces manifestations pacifiques du lundi qui avaient fait vaciller le régime communiste en Allemagne il y a 25 ans.

Parmi les participants au dernier rassemblement, des sympathisants d'extrême droite, des hooligans, mais aussi de simples citoyens. Une manifestation du même ordre doit avoir lieu ce lundi, à nouveau à Dresde, en fin de journée, tandis qu'une contre-manifestation est organisée au même moment.

Des villes allemandes en difficulté

Principale revendication de Pegida: le durcissement du droit d'asile allemand. L'Allemagne a atteint en 2014 un record de 200.000 personnes accueillies, soit 60% de plus qu'en 2013. L'année 2015 devrait voir ce record exploser, sans même compter les migrants arrivés en Allemagne sans demande d'asile. A l'origine d'un tel afflux, les conflits sanglants en Syrie et en Irak, mais aussi en Afghanistan ou en Somalie.

Une situation de plus en plus difficile à gérer pour les villes allemandes, qui manquent parfois de moyens pour accueillir les migrants, et informer la population. "Face à l'absence d'informations et de réponses, se créé un mélange d'ignorance et de méfiance, de peur et de déceptions", relève le site de l'hebdomadaire Stern, qui explique que "Pegida donne une voix" à ces différentes émotions. Un climat encouragé par certaines déclarations politiques, venues notamment du parti AfD (Alternative für Deutschland), qui a pris un virage xénophobe.

Merkel dénonce "l'incitation à la haine"

Devant la montée d'un tel mouvement, la chancelière Angela Merkel a réagi lundi. Si la liberté de manifester existe en Allemagne, rappelle-t-elle, il n'y a en revanche pas de place pour "l'incitation à la haine et à la calomnie envers les étrangers". Tous ceux qui prennent part aux rassemblements organisés par Pegida doivent "prendre garde à ne pas être instrumentalisés", a ajouté la dirigeante conservatrice.

Heiko Mass, le ministre social-démocrate de la Justice, a lui aussi condamné ces mouvements: "C'est une honte pour l'Allemagne que ces manifestations se tiennent aux dépens des réfugiés qui ont justement tout perdu et nous demandent de l'aide", a-t-il souligné lundi dans un entretien au quotidien Süddeutsche Zeitung. "Nous avons besoin d'une large contre-alliance de l'ensemble de la société civile et de tous les partis politiques" pour lutter contre ce mouvement populiste, selon Heiko Maas. "Personne en Allemagne ne doit avoir peur d'une soi-disant islamisation", a-t-il ajouté, précisant que "la majorité des réfugiés syriens" qui arrivent en Allemagne après avoir fui le conflit qui ravage leur pays "ne sont pas des musulmans mais des chrétiens".

En attendant, Pegida fait des petits. Le groupe Dügida s'est créé pour amplifier le mouvement à Düsseldorf, à l'ouest, et le groupe Legida pour Leipzig. Les villes de Würzburg, Rostock, ou encore Munich, en Bavière, sont elles aussi concernées. En face, les contre-manifestations s'organisent: sur Facebook, le groupe "Pegida-Watch" réunit désormais 9.000 personnes.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV