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Espagne: la dépouille de Franco a été exhumée de son mausolée

Le corps du dictateur espagnol sera transféré dans un cimetière du nord de Madrid, où repose son épouse.

Le dictateur Francisco Franco, qui a dirigé l'Espagne d'une main de fer de 1939 jusqu'à sa mort en 1975, a été exhumé jeudi de son mausolée monumental près de Madrid, 44 ans après la fin d'un régime dont les plaies ne sont toujours pas refermées. Le cercueil contenant sa dépouille embaumée est sorti peu avant 11 heures de l'imposante basilique creusée dans la roche du mausolée du "Valle de los Caidos", selon les images de la télévision nationale.

Il était porté par huit membres de sa famille dont son arrière petit-fils Louis de Bourbon, cousin éloigné du roi d'Espagne Felipe VI et considéré par les légitimistes comme le prétendant au trône de France. Les descendants du vainqueur de la sanglante guerre civile ont crié "Vive l'Espagne" en plaçant dans le corbillard la dépouille. Cette dernière va être transférée par hélicoptère au cimetière de Mingorubbio, dans le nord de Madrid, où repose l'épouse du dictateur

Environ 200 nostalgiques attendaient son corps au cimetière malgré l'interdiction d'une manifestation par les autorités. "Franco ne mourra jamais", "Il a sauvé l'Eglise et nous a tenu à l'abri du communisme", ont par exemple déclaré des participants à l'AFP. Au cimetière de Mingorubbio, un office religieux sera célébré par le fils d'Antonio Tejero, auteur en 1981 d'une tentative de coup d'État dans le Parlement espagnol.

Un transfert souhaité par le socialiste Pedro Sanchez

Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a fait du transfert de la dépouille du "Caudillo" une priorité dès son arrivée au pouvoir en juin 2018, pour que ce mausolée, sans équivalent dans d'autres pays d'Europe occidentale ayant été dirigés par des dictateurs, ne puisse plus être un "lieu d'apologie" du franquisme.

Promise pour l'été 2018, l'opération a été retardée de plus d'un an par les recours en justice successifs des descendants du dictateur. À moins de trois semaines des législatives du 10 novembre, les détracteurs de Pedro Sanchez à droite comme à gauche l'accusent d'en faire un argument électoral, alors qu'une semaine de manifestations violentes en Catalogne ont mis le socialiste en difficulté.

Une tombe construite par les prisonniers politiques

Ordonnée par Franco en 1940 pour célébrer sa "glorieuse Croisade" catholique contre les républicains "sans Dieu", la construction du "Valle de los Caidos" ("La vallée de ceux qui sont tombés") a duré près de 20 ans et été réalisée par des milliers de prisonniers politiques. Ce complexe monumental est surplombé d'une croix de 150 mètres de haut, visible à des dizaines des kilomètres à la ronde.

Au nom d'une prétendue "réconciliation nationale", le "Caudillo" y avait fait transférer les corps de plus de 30.000 victimes de la guerre civile, des franquistes mais aussi des républicains, sortis de cimetières et de fosses communes sans que leurs familles en aient été informées. Depuis sa mort en 1975, sa tombe, située au pied de l'autel de la basilique, y était toujours fleurie.

Un vote du parlement en 2017

Le gouvernement de Pedro Sanchez agit sur la base d'un vote en 2017 du Parlement espagnol demandant l'exhumation de Franco, resté lettre morte en raison de l'opposition du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy (Parti populaire). Depuis l'adoption en 2007 sous l'impulsion du socialiste Jose Luis Zapatero d'une "Loi de mémoire historique", la droite ne cesse d'accuser la gauche de vouloir rouvrir les blessures du passé qui sont loin d'être refermées.

Mariano Rajoy, au pouvoir de 2011 à 2018, se vantait publiquement de ne pas avoir dépensé un euro pour appliquer cette loi visant à faire retirer les vestiges de la dictature, à identifier les dizaines de milliers de corps jetés dans des fosses communes et à réhabiliter la mémoire des républicains vaincus et condamnés sous le franquisme. L'exhumation de Franco, qualifiée de "profanation" par l'extrême droite de Vox, a souligné ces divisions.

Ju. M. avec AFP