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ENQUÊTE LIGNE ROUGE - Kamala Harris, Madame la vice-présidente

Kamala Harris sera investie mercredi aux côtés de Joe Biden à la vice-présidence des États-Unis, devenant la première femme noire à occuper ce poste.

Ce mercredi 20 janvier, c'est un nouveau plafond de verre qui sera brisé. Kamala Harris deviendra la première femme noire vice-présidente en exercice des États-Unis, après avoir été élue en novembre avec Joe Biden à la tête du pays. Âgée de 56 ans, l'ex-procureure née d'un père jamaïcain et d'une mère indienne était jusque-là sénatrice de Californie.

"Je pense à elle, aux générations de femmes, noires, asiatiques, blanches, latinas, amérindiennes, qui ont ouvert la voie", avait-elle salué en référence à sa mère et à "celles qui ont tant sacrifié pour l'égalité, la liberté et la justice pour tous" en novembre lors de son discours de victoire.

"Si je suis la première femme à occuper ces fonctions, je ne serai pas la dernière. Car chaque petite fille qui regarde ce soir voit que nous sommes dans le pays de tous les possibles", avait également déclaré lors de cette allocution celle qui incarne désormais l'espoir du camp démocrate, devenue une icône qui aura la lourde tâche de réconcilier l'Amérique, plus que jamais fracturée et à fleur de peau après quatre ans de présidence Trump.

"Elle me pousse à aller de l'avant"

Aux côtés de Joe Biden, la démocrate représente une figure inspirante pour nombre de personnes. Peu après l'élection présidentielle, un adolescent de 14 ans et fervent admirateur de Kamala Harris, Tyler Gordon, a posté une vidéo sur les réseaux sociaux. Sur les images, apparaît progressivement le visage de Kamala Harris sous le trait du jeune artiste peintre. Une vidéo partagée des dizaines de milliers de fois, notamment par la nièce de Kamala Harris et la fille des Clinton, Chelsea.

"Kamala Harris m'inspire, parce qu'elle a franchi tant d'obstacles dans la vie. Moi, jusqu'à l'âge de six ans, j'étais sourd, et aujourd'hui je bégaie. Donc elle me pousse à aller de l'avant et à m'affirmer", a confié le jeune garçon.

Une vidéo au succès inespéré, tant partagée qu'elle a suscité l'intérêt de Kamala Harris en personne, qui, deux jours après, s'est fendue d'un appel à Tyler Gordon:

"J'aimerais parler à l'artiste connu sous le nom de Tye. Tu es fantastique. Je suis soufflée par la qualité de tes oeuvres. Tu as un don pour ça alors, un vrai don", lui a-t-elle déclaré.

Les ingrédients d'une belle histoire dont l'équipe de communication de la dirigeante s'était empressée de faire l'écho en diffusant une vidéo de l'appel.

De plafond de verre en plafond de verre

La vice-présidente a grandi à Oakland, en Californie, et son parcours témoigne d'une ascension qui ressuscite le "rêve américain". Son père était professeur d'économie et sa mère était une chercheuse spécialiste du cancer du sein. Cette dernière est aujourd'hui décédée. Ses parents, qui se sont rencontrés à l'université, ont divorcé lorsque Kamala Harris avait sept ans. Tous deux étaient très engagés pour les droits civiques, et ont permis à leur fille de grandir dans une effervescence militante.

Kamala Harris est diplômée en droit de l'université Howard. Cet établissement de Washington avait pour raison d'être à sa création d'accueillir les étudiants afro-américains en pleine ségrégation. Lorsqu'elle était étudiante, elle manifestait tous les week-ends contre l'apartheid en Afrique du Sud. Aujourd'hui encore, Kamala Harris rappelle régulièrement son appartenance à l'association d'étudiantes noires "Alpha Kappa Alpha".

Entre 2004 et 2011, Kamala Harris effectue deux mandats de procureure à San Francisco. Elle a 39 ans lorsqu'elle accède à ce poste. Entre 2011 et 2017, elle est à deux reprises élue procureure générale de Californie. Un plafond de verre brisé, déjà, puisqu'elle devenait alors la première femme, et première personne noire à diriger les services judiciaires de cet État, le plus peuplé des États-Unis.

Des postes qui déteindront sur sa réputation, parfois qualifiée de "dure", elle est alors surnommée "top cop", soit "super-flic", en français. "Do your job!" ("Faites-votre travail!"), ont un jour scandé des manifestants sous ses fenêtres de procureure générale de Californie, pour lui demander de poursuivre un policier qui avait abattu un jeune lycéen noir en 2012, Alan Blueford, qui se trouvait avec des amis.

Le policier n'a pas été poursuivi, a expliqué Kamala Harris dans un courrier. Les parents d'Alan Blueford estiment aujourd'hui que la juriste a fait passer ses ambitions avant ses convictions.

"Là où elle est aujourd'hui, il faut qu'elle se rattrape", tance la mère du jeune homme décédé, alors que Kamala Harris a laissé un souvenir pour le moins mitigé en matière de lutte contre les violences policières.

Brève candidate à la primaire démocrate

En janvier 2017, Kamala Harris avait prêté serment à Washington: elle devenait la première femme originaire d'Asie du Sud à être sénatrice, et seulement la deuxième femme noire élue sénatrice dans l'histoire des États-Unis. Une large victoire au goût amer, avec la victoire de Donald Trump à la présidentielle.

"Quand on est attaqué dans nos idéaux et que nos valeurs fondamentales sont attaquées, est-ce qu'on recule ou est ce qu'on se bat? Je dis qu'on se bat", déclarait-elle alors, donnant le ton des quatre années à venir.

Elle devient l'une des plus virulentes opposantes à l'administration Trump, et prépare sa rampe de lancement. Elle publie sa biographie officielle et pose avec son mari, un avocat qu'elle a épousé en 2014.

L'élue a ensuite présenté sa candidature à la primaire démocrate, avant de finalement jeter l'éponge et d'être choisie pour former un ticket avec le démocrate Joe Biden, 78 ans, pour prendre la suite de Donald Trump à la Maison Blanche. Un atout pour le démocrate.

"Je suis si contente (...). Si elle peut s'en sortir et devenir une femme politique, ça veut dire que moi aussi je peux", se réjouissait en décembre une jeune femme afro-américaine de la paroisse d'origine de Kamala Harris, à San Francisco, où la vice-présidente élue assiste à la messe quand elle le peut.

Si Kamala Harris rêvait de devenir la première femme présidente des États-Unis, elle devra pour l'heure se "contenter" du prestigieux poste de numéro 2. Pour mieux rebondir, avec le scrutin de 2024 en ligne de mire?

Nicolas de Labareyre, Yves Couant et Alexandre Funel avec Clarisse Martin