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Des soldats turcs en Syrie pour combattre une milice kurde

Un soldat turc à la frontière syrienne.

Un soldat turc à la frontière syrienne. - BULENT KILIC / AFP

La Turquie veut créer une "zone de sécurité" d'une profondeur de 30 km à partir de la frontière contre la milice kurde YPG, acteur décisif de la lutte contre Daesh.

Des militaires turcs sont entrés dimanche en Syrie, au deuxième jour d'une offensive contre une milice kurde que le président Recep Tayyip Erdogan espère conclure "en très peu de temps", mais qui suscite l'inquiétude de Paris.

Zone tampon

Le Premier ministre turc Binali Yildirim, cité par les médias, a affirmé que des militaires turcs étaient entrés à 11h05 dans la région d'Afrine, contrôlée par les Unités de protection du peuple (YPG), et que l'artillerie d'Ankara continuait de pilonner dimanche.

L'offensive turque, baptisée "Rameau d'olivier", risque de tendre davantage les rapports entre Ankara et Washington: les Etats-Unis soutiennent en effet une coalition arabo-kurde, dont font partie les YPG, pour combattre Daesh.

Cité par les médias turcs, Binali Yildirim a indiqué que l'opération turque avait pour but de créer une "zone de sécurité" d'une profondeur de 30 km à partir de la frontière.

Cette opération a débuté samedi à 14 heures, avec un bombardement aérien d'envergure mené par 72 appareils qui ont frappé plus de 150 cibles, dont l'aéroport militaire de Minnigh, selon l'armée turque. Les YPG ont affirmé que dix personnes, pour la plupart des civils, avaient été tuées dans ces frappes. L'armée turque affirme pour sa part n'avoir touché que des "terroristes".

Dans une apparente riposte aux frappes turques, quatre roquettes tirées depuis des zones contrôlées par les YPG se sont abattues dans la nuit de samedi à dimanche sur la ville frontalière turque de Kilis, faisant un blessé léger.

"Peu de temps"

"L'opération Rameau d'olivier se déroule comme prévu, l'offensive terrestre a commencé", a indiqué l'état-major turc dans un communiqué dimanche, ajoutant que 153 cibles, dont des abris et des caches d'armes, avaient été touchées.

Réagissant aux informations faisant état de l'entrée de soldats turcs en Syrie, les YPG ont affirmé avoir repoussé une incursion: "La Turquie voulait entrer à Afrine, mais nous avons repoussé leur attaque", a affirmé un porte-parole des YPG, Birusk Hasakeh.

Ankara accuse les YPG d'être la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une rébellion dans le sud-est de la Turquie depuis plus de trente ans et est considéré par Ankara et ses alliés occidentaux comme une organisation terroriste. Mais les YPG ont aussi été un allié incontournable des Etats-Unis, partenaires de la Turquie au sein de l'Otan, dans la guerre contre Daesh.

A la faveur du conflit syrien qui a fait plus de 320.000 morts depuis 2011, les Kurdes syriens, longtemps marginalisés, ont installé en 2012 une administration autonome à Afrine, un territoire isolé des autres zones contrôlées par les YPG plus à l'est.

Paris et Washington s'inquiètent

L'offensive turque survient dans la foulée de l'annonce, par la coalition internationale anti-jihadistes emmenée par Washington, de la création d'une "force frontalière" composée notamment de guerriers kurdes, un projet qui a suscité la colère d'Ankara.

Les menaces d'intervention turque avaient suscité l'inquiétude à Washington:

"Nous ne pensons pas qu'une opération militaire (...) aille dans le sens de la stabilité régionale", avait averti vendredi le département d'Etat.

L'incursion turque "pourrait détourner les forces combattantes kurdes, qui sont au côté et très engagées au sein de la coalition" combattant Daesh, a souligné la ministre des Armées française Florence Parly.

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, qui s'est entretenu dimanche matin par téléphone de la situation avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu, a demandé une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU pour "évaluer les risques humanitaires" en Syrie.

Face à cette offensive turque, Moscou a appelé à la "retenue", mais les analystes estiment qu'aucune offensive majeure ne peut être lancée en Syrie sans l'aval de la Russie, qui entretient de bonnes relations avec les YPG.

L.N. avec AFP