BFMTV

Coronado : « Ingrid libérée grâce à Uribe »

BFMTV

Sergio Coronado, le biographe d’Ingrid Betancourt décrypte l’opération militaire qui a permis la libération de la franco-colombienne, et revient sur la politique du Président Alvaro Uribe.

« Cette libération est une surprise. On s’attendait en fait à une intervention de Chavez, permettant la libération des otages, comme ce fût le cas pour Clara Rojas. On ne pensait pas que la libération viendrait d’une opération militaire, qui plus est, une opération militaire inédite, une opération d’intelligence, et non classique. Une surprise qui arrive à point nommé pour le gouvernement Uribe qui est dans des grandes difficultés internes.

Les facteurs ont convergés : la mobilisation de l’opinion internationale a permis que cet otage-là, Ingrid Betancourt, reste en vie. Par le passé, les opérations militaires finissaient dans un bain de sang. Le gouvernement colombien a là pris beaucoup de soins à mener une opération fine et précise, qui relève davantage de l’intelligence militaire que de l’opération militaire classique. Il y a en effet eu infiltration, manipulation des guérilleros qui étaient chargés de la vigilance et de la surveillance des otages. C’est aussi parce que le gouvernement se sentait observé, jugé.

La version officielle présentée par Juan Manuel Santos, le ministre colombien de la Défense, est que c’est une opération de manipulation de grande échelle menée par l’armée colombienne qui a aboutit à ce succès. Ce que l’on peut aussi penser, c’est que les promesses de récompenses financières, qui ont déjà porté leurs fruits puisqu’il y a eu des démobilisations importantes au sein des FARC, ces récompenses n’ont peut-être pas été totalement étrangères au fait qu’il a été assez facile de berner l’équipe chargée de surveiller les trois groupes d’otages réunis. Cela a facilité considérablement la tache de l’armée colombienne, puisque ça s’est fait sans qu’une seule goutte de sang ne soit versée.

Libérée grâce à Uribe
Aujourd’hui, il serait mal venu de récupérer politiquement les fruits de cette libération. Il est néanmoins certain que cela n’aurait pas de sens en dehors de la Colombie. Le bénéfice de cette libération ira de fait au gouvernement colombien et à Alvaro Uribe au premier chef. Certes, il y a eu une vraie volonté française, notamment. Mais il ne faut pas tout mélanger, c’est-à-dire qu’il y a eu une volonté française ancienne, qui a commencé sous Chirac. Dominique de Villepin a aussi joué un rôle très important. Chargé de cours d’Ingrid Betancourt durant ses études à Sciences Po Paris, il est son ami depuis plus de 20 ans. Nicolas Sarkozy a fait de la libération d’Ingrid une priorité de son quinquennat. Cela dit, ce que l’on peut dire dans cette affaire, c’est que le gouvernement colombien a décidé de mener cette opération seul, sans avertir ni Chavez, ni le Gouvernement Français.

Une libération à point nommé pour Uribe
Extrêmement populaire dans son pays, le Président Uribe a été réélu au premier tour. En 2002, il avait été également élu au premier tour. Ce qui était quand même une très grande nouveauté puisqu’au fond c’était la première fois qu’un dissident libéral non seulement dépassait le candidat officiel du Parti Libéral, mais en plus réussissait à battre le candidat conservateur. Sa victoire a représenté un chamboulement vraiment profond de la carte électorale en Colombie. Mais c’est vrai que depuis un an et demi, il affronte une crise politique interne extrêmement grave : 60 parlementaires de sa majorité sont aujourd’hui derrière les barreaux. La Cour Suprême a jugé il y a une dizaine de jours que le vote qui avait permis l’adoption de la réforme politique lui permettant de candidater un second mandat avait fait l’objet d’un achat de vote, de corruption. Et la personne qui avait vendu sa voix a été condamnée à trois ans de prison. C’est vrai que l’affrontement entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir politique était extrêmement intense ces derniers temps en Colombie et que cette libération arrive à point nommé pour Uribe. En plus ça valide, d’une certaine façon, sa stratégie de main ferme face aux FARC, en refusant systématiquement le dialogue. »

La rédaction-Bourdin & Co