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Brexit: pourquoi la reine ne s'immisce pas dans le débat

La reine Elizabeth II et le Premier ministre britannique David Cameron lors de la réunion au 10 Downing Street dans le centre de Londres, le 18 décembre 2012.

La reine Elizabeth II et le Premier ministre britannique David Cameron lors de la réunion au 10 Downing Street dans le centre de Londres, le 18 décembre 2012. - JEREMY SELWYN - POOL - AFP

Soumise à un devoir constitutionnel de neutralité, la reine n'a pas à prendre part au débat politique sur le Brexit, se cantonnant ainsi à un rôle purement symbolique.

C'est la dernière ligne droite. A trois jours du référendum sur le Brexit, les spéculations vont bon train quant à l'issue du vote qui déterminera l'avenir de l'Union européenne. Les tout derniers sondages, réalisés après le meurtre de la députée pro-UE jo Cox, évoquent une légère évolution en faveur d'un maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne (UE): 45% des Britanniques seraient pour le maintien, contre 42% pour une sortie. Au coude-à-coude, quelle pourrait être la solution pour faire prendre un virage au débat? "Un signe royal", comme le souhaiteraient les pro-UE, s'interroge Le Monde?

La neutralité politique de rigueur

"La reine ne donne jamais son avis sur la politique!", rappelle avec vigueur Florence Faucher, professeure de science politique et spécialiste du Royaume-Uni. "Elle représente l'Etat, l'unité du Royaume-Uni".

Son rôle est donc symbolique et de fait ses pouvoirs limités comme pour les autres monarques des monarchies constitutionnelles. "Les Français aiment penser que les Britanniques sont assez stupides pour croire qu'une personne, grâce à ses gènes, puisse décider à la place du Premier ministre britannique David Cameron ou de l'ex-maire de Londres, Boris Johnson. Il n'y qu'en France qu'on puisse penser ça! Ce serait comme croire que Mireille Mathieu est capable de changer la donne", ironise le journaliste européen d'origine britannique, Alex Taylor. "C'est une vision un peu condescendante que de croire que la reine décide de quoi que ce soit". Même si la reine avait la possibilité de donner son avis, chose qu'elle ne fera pas, "il n'aurait aucun impact sur la population", estime Alex Taylor.

La reine scrutée de près

Elizabeth II s'entretient seulement de façon hebdomadaire avec son premier ministre et leurs échanges sont censés rester confidentiels. Le 9 mars dernier pourtant, le tabloïd The Sun, qui s'appuie sur deux sources, assurait dans son édition du jour que la reine est en faveur du Brexit. "Les 'brexitteurs' se sont saisis de ces révélations qui ont rapidement été démenties par Buckingham Palace", rappelle Alex Taylor.

En 2014, lors du référendum d'autodétermination en Ecosse, la reine aurait déclaré: "Les Ecossais devraient bien réfléchir". Des propos interprétés comme un appel en faveur du "non" à l'indépendance. Plus récemment, à l'occasion de la visite du président chinois à Londres, Elizabeth II aurait qualifié de "trés impolis" les responsables chinois. "La reine reste humaine et si par mégarde elle laisse échapper quelques mots, ça fait les choux gras", explique Florence Faucher.

Un devoir de réserve qui a pu parfois interloquer, comme cela a pu être le cas avec le meurtre de Jo Cox. "Elle n'a pas moins de raison de s'exprimer sur son meurtre que sur la mort de Lady Di. C'est Tony Blair qui l'avait convaincue de parler à l'époque." A titre de comparaison, "même David Beckham a plus de chances de s'exprimer que la reine", plaisante la spécialiste. La condition sine qua non pour régner quasiment sans heurts pendant 64 ans?

Aurore Coulaud