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Bob Woodward signe un portrait accablant de Donald Trump

La semaine prochaine, Bob Woodward, l'un des deux journalistes à l'origine de la révélation de l'affaire du Watergate, publiera un livre sur Donald Trump. Ce mardi, le Washington Post a diffusé les bonnes feuilles de l'ouvrage. Celui-ci s'annonce pour le moins riche en anecdotes.

Près de 450 pages d'anecdotes et de confidences accablantes: le livre du journaliste d'investigation Bob Woodward sur Donald Trump dresse le portrait d'un président inculte, colérique et paranoïaque que ses collaborateurs s'efforcent de contrôler pour éviter les pires dérapages. Si plusieurs ouvrages peu flatteurs pour le 45e président des Etats-Unis ont déjà été publiés, le sérieux et la réputation de Woodward, célèbre à travers le monde pour avoir révélé, avec Carl Bernstein, le scandale du Watergate qui a contraint Richard Nixon à la démission, donnent à celui-ci un écho particulier.

"C'est juste un autre mauvais livre", a réagi Donald Trump dans un entretien au Daily Caller. Dénonçant des histoires colportées par d'anciens membres de son équipe mécontents ou "tout simplement inventées par l'auteur", il a accusé ce dernier, sans éléments concrets pour étayer ses dires, d'avoir eu "beaucoup de problèmes de crédibilité".

"Tuons-le bordel!"

Le Washington Post, qui a obtenu une copie du livre dont la sortie est prévue le 11 septembre, à quelques semaines des élections législatives de mi-mandat, a publié mardi de nombreux extraits. A l'issue d'une rencontre entre Donald Trump et son équipe de sécurité nationale sur la présence militaire sur la péninsule coréenne, le ministre de la Défense, Jim Mattis, particulièrement exaspéré, aurait dit à des proches que le président se comportait comme un "élève de CM2 ou de 6e" (10 à 11 ans, NDLR).

Toujours selon les éléments rassemblés par Bob Woodward, après l'attaque chimique d'avril 2017 attribuée au régime de Bachar al-Assad, Donald Trump aurait appelé le général Mattis et lui aurait dit qu'il souhaitait assassiner le président syrien. "Tuons-le bordel! Allons-y! On leur rentre dedans et on les bute", aurait-il déclaré. Après avoir raccroché, Jim Mattis se serait tourné vers un conseiller et aurait dit: "Nous n'allons rien faire de tout cela. Nous allons être beaucoup plus mesurés".

Dans un texte diffusé dans la soirée, Jiù Mattis n'a pas contesté cet épisode en particulier. Mais il a affirmé n'avoir jamais prononcé "les mots méprisants" qui lui sont attribués à l'encontre du président, déplorant le recours aux sources anonymes qui affaiblit la crédibilité de ces écrits.

"Il a complètement déraillé" 

Le livre, qui doit prochainement être traduit en français, décrit aussi longuement la frustration récurrente du secrétaire général de la Maison Blanche, John Kelly, qui est traditionnellement l'homme le plus proche du président au sein de la "West Wing". Lors d'une réunion en petit comité, il aurait ainsi affirmé, à propos de Donald Trump: "C'est un idiot. C'est inutile d'essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Il a complètement déraillé. On est chez les fous. Je ne sais même pas ce que nous faisons là". Dans une brève réaction, John Kelly a assuré n'avoir jamais qualifié le président d'idiot et réaffirmé son engagement à ses côtés.

Bob Woodward relate par le menu les subterfuges utilisés par l'entourage du président de la première puissance mondiale pour éviter qu'il ne prenne des décisions à l'emporte-pièce. Selon l'ouvrage explosif, son ancien conseiller économique Gary Cohn a ainsi "volé une lettre qui se trouvait sur le bureau de Trump" que le président avait l'intention de signer et qui visait à officiellement retirer les Etats-Unis d'un accord commercial avec la Corée du Sud. Gary Cohn a ensuite expliqué à un proche qu'il l'avait fait au nom de la sécurité nationale et que le magnat de l'immobilier n'avait jamais remarqué qu'elle était manquante.

Des extraits publiés par le Washington Post se dégage aussi l'image d'un président irascible qui s'en prend à ses collaborateurs avec une violence peu commune. Objet récurrent du mépris présidentiel, le ministre de la Justice Jeff Sessions est traité sans ménagement. "Ce type est mentalement retardé. C'est un abruti du Sud", aurait affirmé Donald Trump à l'un de ses conseillers, Rob Porter.

R.V. avec AFP