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Aux Etats-Unis, la crainte d'un nouveau pic de l'épidémie lié aux manifestations

Policiers à Washington.

Policiers à Washington. - Jose Luis Magana / AFP

Depuis une semaine, les manifestations se succèdent dans les grandes villes américaines pour dénoncer les violences policières à l'égard des Afro-américains. Experts et autorités redoutent cependant que ces rassemblements n'entraînent mécaniquement un accroissement des nouveaux cas de coronavirus.

Ça ressemble à la collision de deux calamités. Tandis que la brutalité raciste du meurtre de George Floyd, Afro-Américain de 46 ans le 25 mai dernier à Minneapolis, par un policier blanc a jeté dans les rues de très nombreux manifestants dans la plupart des grandes villes américaines, autorités et scientifiques redoutent que ces rassemblements n'entraînent inéluctablement un nouveau pic de cas de coronavirus à travers le pays. 

Une situation très précaire 

La situation sanitaire des Etats-Unis, malheureux leader du classement des nations les plus touchées par le virus est déjà particulièrement alarmante. L'université Johns-Hopkins, sise dans le Maryland, qui tient les comptes de la progression de la maladie dans le monde, note ce mardi soir que plus de 1.800.000 Américains ont contracté le mal et que 105.475 y ont d'ores et déjà laissé la vie. CNN a remarqué que la même institution avait enregistré plus de 20.000 nouveaux cas aux Etats-Unis pour la seule journée de dimanche, et une hausse de 11% de ceux-ci en Californie entre mercredi et ce dimanche.

Au vu de la durée d'incubation du Covid-19, qui peut atteindre 14 jours, ces statistiques n'ont rien à voir avec les défilés, vieux de seulement une semaine, dénonçant les violences policières racistes. Mais elles indiquent la permanence de la vulnérabilité des Etats-Unis devant les ravages de la maladie.

L'embarras des politiques 

Devant cet inextricable jeu des circonstances, les responsables politiques se trouvent tous, à des degrés différents, dans une position quasi-intenable. Si Donald Trump n'en finit plus d'appeler à la répression des "anarchistes professionnels", expression sous lequel il a englobé lors d'un discours lundi soir les auteurs présumés de dégradations ou de pillages en marge de manifestations, il ne peut se permettre de décourager les rassemblements plus pacifistes. Par ailleurs, son attentisme sceptique durant les premières semaines du coronavirus, tout comme sa bienveillance envers les individus ayant réclamé un déconfinement hâtif le lui interdisent d'autant plus.

L'opposition quant à elle s'associe plus nettement à la colère des manifestants. Pourtant, l'inquiétude perce dans les propos mêmes des élus démocrates. Lundi, Bill de Blasio, maire de New York, a déclaré, comme l'a noté le Guardian:

"A l'évidence, nous ne voulons pas que les gens se tiennent trop près les uns des autres, nous ne voulons pas que les gens sortent là où ils pourraient attraper la maladie ou la transmettre". 

Vecteurs de contamination 

L'heure est donc au fatalisme. Mark Shrime, chercheur en santé publique à l'université de Harvard, a ainsi affirmé auprès du site du magazine The Atlantic:

"Je ne crois pas que la question soit de savoir s'il y aura des pics de nouveaux cas dans 10 ou 14 jours. Avec tant de manifestations, qui grossissent, je pense que la question c'est de savoir quand et où ces pics se produiront". 

Outre la proximité des personnes entre elles, les manifestations peuvent doper la propagation du coronavirus via de nombreux canaux. Les chants et les cris qui jaillissent des cortèges, projetant des particules aux alentours, sont un premier facteur. Le gaz poivré utilisé par les forces de l'ordre en est un autre, car il favorise les éternuements, au moins autant que les gaz lacrymogènes provoquent des quintes de toux. Enfin, en cas d'interpellation, les véhicules de la police et les cellules apparaissent comme des lieux de confinement par excellence où le virus aura tôt fait d'accomplir le tour de la pièce.

La police interpellée 

Les recommandations scientifiques visant à réduire les risques de contamination au sein des rassemblements vont de l'incitation à privilégier les pancartes et les tambours aux chants et aux slogans, à l'appel au port systématique du masque sur le nez et la bouche et de lunettes de chantier sur les yeux, ainsi qu'au respect d'une distance avec ses voisins. 

Selon Alexandra Phelan, professeur en droit de la santé à l'Université de Georgetown, qui a également répondu aux questions de The Atlantic, la sécurité sanitaire repose aussi sur l'adaptation par les policiers de leurs différentes stratégies au regard de la menace: 

"S'ils concentrent des foules dans de petits espaces pour des contrôles ; s'ils enlèvent leurs masques ; s'ils empêchent les manifestants d'utiliser des tambours ou leur sono au lieu de leurs voix, dont nous savons qu'elles seront un vecteur de contamination ; ou s'ils arrêtent les manifestants et les mettent en prison... ces activités potentielles de la police pourraient en elles-mêmes augmenter le risque de transmission du Covid-19". 

Certes, il paraît à peu près exclu que la police renonce à procéder à des arrestations, mais le déroulement des prochains cortèges et les relations entre la police et les manifestants s'affirment bien comme un enjeu crucial afin d'éviter une envolée du coronavirus. 

Robin Verner