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Un nouveau week-end sous tension attendu à Hong Kong

Des manifestants le 30 août dernier à Hong Kong.

Des manifestants le 30 août dernier à Hong Kong. - Anthony WALLACE / AFP

Plusieurs figures du mouvement pro-démocratie hongkongais ont été arrêtées ce vendredi au cours d'un coup de filet dénoncé par des associations comme une tentative chinoise de museler l'opposition, après l'interdiction d'une grande manifestation initialement prévue samedi.

Un nouveau rassemblement massif est prévu samedi à Hong Kong, à l'occasion du cinquième anniversaire du refus par Pékin d'organiser des élections au suffrage universel dans cette région semi-autonome, alors que plusieurs figures du mouvement hongkongais pour des réformes démocratiques, dont Joshua Wong et trois députés, ont été arrêtées vendredi.

Une manifestation que la police chinoise a décidé d'interdire, invoquant des raisons de sécurité. Pour ne pas jeter de l'huile sur le feu, les organisateurs ont donc été contraints de retirer leur appel à manifester. Une mesure radicale qui pourrait au contraire déclencher de nouveaux heurts avec des militants radicaux prêts à en découdre. D'autres initiatives se préparent donc.

Un risque de violences bien réel

La manifestation initialement prévue samedi était convoquée par le Front civil des droits de l'homme (FCDH), une organisation non violente qui a été à l'origine des plus grands rassemblements de ces derniers mois. En particulier de celui du 18 août qui avait réuni 1,7 million de personnes selon les organisateurs, sans aucun débordement.

Mais ce vendredi, le Front ayant été débouté dans son recours contre l'interdiction, un de ses responsables, Bonnie Leung, a affirmé que le FCDH n'avait "pas d'autre option que d'annuler la manifestation demain".

La police a cependant nié vouloir saper les manifestations du week-end. "C'est totalement faux", a déclaré John Tse, le porte-parole de la police, aux journalistes.

En réaction, d'autres initiatives s'apprêtent à voir le jour. Certains proposent un match de football, une sortie shopping de masse ou encore un rassemblement religieux impromptu... Il est probable que l'appel à la mesure du FCDH ne soit pas entendu par la frange la plus radicale, majoritairement composée d'étudiants très jeunes. Et le risque de nouvelles violences est bien réel.

"La police croit qu'il y a des leaders dans le mouvement et que sa décision d'interdire la manifestation va nous arrêter", confie à l'AFP sous couvert de l'anonymat une manifestante se faisant appeler Kelly. "Nous sommes nos propres chefs et nous continuerons de sortir (dans la rue). C'est ce que le gouvernement ne comprend pas."

La "Terreur Blanche"

Deux des représentants de premier plan du "Mouvement des parapluies", Joshua Wong et Agnes Chow, âgés de 22 ans et très populaires au sein de l'actuel mouvement de contestation, ont été arrêtés ce vendredi à l'aube, notamment pour "incitation à participer à un rassemblement non autorisé". Tous deux ont été inculpés dans l'après-midi et libérés sous caution.

Ces figures du mouvement fêtaient le jour qui fut le déclencheur du "Mouvement des parapluies" de 2014, marqué par 79 jours d'occupation du coeur financier et politique de Hong Kong. Et pour la première fois depuis le début en juin de la mobilisation, des députés ont aussi été arrêtés.

Hong Kong traverse depuis près de trois mois sa pire crise depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des manifestations et des actions quasi-quotidiennes qui ont parfois dégénéré.

Déjà plus de 900 arrestations

Le mouvement a depuis considérablement élargi ses revendications, qui renvoient toutes à la dénonciation d'un recul des libertés et de l'ingérence grandissante de la Chine dans les affaires de la région semi-autonome, en violation du principe "Un pays, Deux systèmes" qui avait présidé à la rétrocession.

Plus de 900 personnes ont au total été interpellées depuis le début de la contestation née du rejet d'un projet de loi qui devait autoriser les extraditions vers la Chine. 

Un coup de filet jugé "ridicule" par Amnesty International, qui a condamné les récentes arrestations, les qualifiant de "scandaleuses attaques contre la liberté d'expression et de réunion" et de "tactiques visant à semer la peur tout droit sorties des manuels chinois". 

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a, elle, jugé la situation à Hong Kong "extrêmement préoccupante", appelant au respect de la liberté de manifester.

Jeanne Bulant avec AFP