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Gevrey-Chambertin vendu à un Chinois : « La France vend son âme »

Le château de Gevrey-Chambertin

Le château de Gevrey-Chambertin - -

Les viticulteurs bourguignons ont accueilli avec inquiétude le rachat par un investisseur chinois du château Gevrey-Chambertin et de ses vignes pour 8 millions d'euros. Ils craignent l'arrivée massive d'investisseurs étrangers et une hausse irrémédiable du prix des vignes.

C'est un rachat qui fait polémique en Bourgogne. Un investisseur Chinois a racheté le château de Gevrey-Chambertin, en Côte-d'Or, et son domaine viticole de deux hectares pour environ 8 millions d'euros au mois de mai. C’est un des vins les plus fameux de Bourgogne.
Les viticulteurs de la région avaient eux-mêmes tenté de racheter le domaine par l'intermédiaire de l'association des vignerons de Gevrey-Chambertin. Ils avaient fait deux propositions de rachat à 4 millions puis 5 millions d'euros alors que le bien avait été estimé à 3,5 millions d’euros. Mais ces deux propositions ont été refusées par les propriétaires, forcément alléchés par les 8 millions de l’investisseur Chinois, par ailleurs propriétaire de salles de jeux à Macao.

« Nous, on ne peut plus acheter »

Deux mois auparavant, un Canadien avait déjà racheté le domaine Maume, un autre domaine de Gevrey-Chambertin. Alors avec ce nouveau rachat, l'association des vignerons de Gevrey-Chambertin craint une arrivée massive d'investisseurs étrangers. Ce qui aurait des conséquences catastrophiques pour les viticulteurs bourguignons. « C'est la surenchère, explique Gérard Quivy, vigneron à Gevrey-Chambertin. Ces personnes, comme les étrangers qui achètent, ont des moyens plus importants que nous, donc nous on ne peut plus acheter. Si le prix moyen d'un hectare est de X et qu'une personne met le double, ça fait monter le prix du foncier donc la rentabilité n'est plus là. Nous, pour acheter un peu de grand cru, ça devient quasiment impossible ».

« Une partie de notre patrimoine fout le camp »

« Ça crée un emballement des prix, les successions vont devenir impossible entre familles, craint Jean-Michel Guillon, le président du syndicat des vignerons de Gevrey-Chambertin. Le prix moyen par hectare a déjà triplé en 20 ans. J'ai peur que dans les 10 ans à venir, la Bourgogne n'appartienne plus aux bourguignons. Qu’est-ce qu'on veut à terme, que les domaines appartiennent aux familles de vignerons, ou que les vignerons travaillent pour un riche investisseur et se retrouve employés par lui. Je pense que la France vend son âme et les politiques doivent réagir. C'est quand même une partie de notre patrimoine qui fout le camp ».

La Rédaction avec Alexandre Mognol