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Trump s'en prend au Monténégro, "petit pays avec des gens très agressifs"

Donald Trump, le 16 juillet 2018, lors de sa conférence de presse avec Vladimir Poutine.

Donald Trump, le 16 juillet 2018, lors de sa conférence de presse avec Vladimir Poutine. - Brendan Smialowski - AFP

Dans une interview accordée à Fox News, le président américain a qualifié ce petit pays des Balkans de "très agressif" et sous-entendu qu'il pourrait provoquer une troisième guerre mondiale.

Une polémique en suit une autre. Alors qu'il tente toujours de se dépêtrer du tollé lié à son attitude jugée conciliante vis-à-vis de Vladimir Poutine, sur laquelle il a péniblement retropédalé, Donald Trump s'est attiré un nouveau scandale mercredi, en tenant d'étranges propos sur le Monténégro, ce petit pays des Balkans coincé entre la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, et l'Albanie, et qui compte un peu de moins de 700.000 habitants. 

"Des gens très agressifs"

Dans une interview accordée à la chaîne américaine Fox News, le président des Etats-Unis était interrogé par le journaliste Tucker Carlson au sujet de l'article 5 du Traité de l'Atlantique Nord, relatif au principe de la défense collective, l'un des piliers de l'Otan. Ce principe consiste à considérer une attaque contre un Etat membre de l'Alliance comme une attaque dirigée contre tous les alliés, et engage ceux-ci à se protéger mutuellement.

"Si, par exemple, le Monténégro est attaqué, pourquoi mon fils devrait-il aller au Monténégro pour les défendre?", a demandé le journaliste de Fox News à Donald Trump. Ce dernier lui a alors donné une réponse sans demi-mesure. 

"Je comprends ce que vous dites, j'ai posé la même question. Le Monténégro est un tout petit pays avec des gens très forts, très agressifs", a répondu Donald Trump, avant de laisser entendre que cette agressivité pourrait déclencher "la Troisième guerre mondiale" si les autres membres de l'Alliance atlantique devaient venir prendre sa défense.

Vers un nouveau tollé?

Des propos très forts, qui risquent de déclencher une nouvelle polémique autour du président américain, déjà très critiqué pour son attitude face à Vladimir Poutine, lundi à Helsinki, en Finlande.

"En attaquant le Monténégro et en mettant en doute nos obligations au sein de l'Otan, le président fait exactement le jeu de Poutine", a déploré sur Twitter le sénateur républicain John McCain. "Le peuple du Monténégro a courageusement résisté à la pression de la Russie de Poutine pour adhérer à la démocratie" et "le Sénat a voté à 97 contre 2 en soutien à son entrée dans l'Otan", a encore rappelé l'élu. 

De son côté, le gouvernement du Monténégro a répondu officiellement à Donald Trump ce jeudi, par le biais d'un communiqué diffusé en monténégrin et en anglais, dans lequel il dit contribuer "à la paix et à la stabilité, non seulement sur le continent européen mais dans le monde entier". Le Monténégro rappelle qu'il le fait également "aux côtés des soldats américains en Afghanistan". 

"Dans le monde contemporain, peu importe que vous soyez grand ou petit, ce qui compte c'est le niveau auquel vous défendez les valeurs de liberté, de solidarité et de démocratie", poursuit le gouvernement.

Pourquoi Trump s'en prend-il au Monténégro?

Lors du dernier sommet de l'Otan, début juillet, le président américain s'en était violemment pris à ses alliés européens pour qu'ils augmentent leurs dépenses militaires, à grand renfort de messages sur Twitter et de déclarations peu amènes à l'adresse des mauvais payeurs. Au point de provoquer la tenue en urgence d'une réunion extraordinaire pendant ce sommet particulièrement tendu, afin d'éviter une crise majeure.

Or le Monténégro, une ancienne république yougoslave qui a gagné son indépendance de la Serbie en juin 2006, n'est entré dans l'Otan que très récemment, en juin 2017, devenant ainsi le 29e membre de l'Alliance. De fait, ses dépenses de défense sont très faibles, ce qui en fait une cible privilégiée pour le président américain, qui ne cesse de réclamer aux Européens d'accroître leurs dépenses militaires et déplore que les Etats-Unis payent pour tous.

En outre, cette intégration du Monténégro dans l'Otan avait provoqué la colère de Moscou, qui avait à l'époque dénoncé une "provocation". Des violences venues de l'opposition pro-russe avaient d'ailleurs secoué le Monténégro en 2015, pour protester contre ce ralliement. L'actuel président du pays, Milo Djukanovic, à l'époque Premier ministre, s'était en effet heurté à la très forte hostilité d'une partie de la population, et avait échappé à une tentative d'assassinat, que la justice locale a attribué à des militants pro-russes. 

Pour l'analyste politique monténégrin Sergej Sekulovic, cité par l'AFP, si ces déclarations de Trump ne représentent pas "un soutien à quiconque", elles s'inscrivent "dans un contexte de nécessité de détendre les relations entre les Etats-Unis et la Russie", mises à mal cette semaine. 

Adrienne Sigel