BFMTV

Primaires démocrates: Clinton et Sanders se disputent le vote noir

Des supportrices d'Hillary Clinton lors d'un meeting dans l'Arkansas, le 28 février 2016.

Des supportrices d'Hillary Clinton lors d'un meeting dans l'Arkansas, le 28 février 2016. - Justin Sullivan - Getty Images North America - AFP

Alors qu'Hillary Clinton accumule les victoires aux primaires démocrates dans les Etats comptant une forte communauté afro-américaine, son rival Bernie Sanders peine encore à faire une percée auprès de cet électorat.

Sanders a créé la surprise, mardi. Alors que sa rivale Hillary Clinton a accumulé les victoires lors des dernières primaires démocrates ces derniers jours, notamment dans les Etats du sud des Etats-Unis, le sénateur du Vermont Bernie Sanders l'a devancée dans le Michigan, qu'il a remporté avec 49,9 des voix, contre 48,2 pour l'ancienne secrétaire d'Etat.

Le candidat de 73 ans a notamment gagné 30% du vote noir dans cet Etat-clé du nord, qui concentre une forte population afro-américaine, notamment à Detroit, sa capitale. Il s'agit du meilleur résultat de Bernie Sanders auprès de la communauté noire depuis le début des primaires. Un chiffre important, lorsque l'on sait que l'électorat afro-américain s'est jusqu'alors rangé derrière Hillary Clinton. 

Clinton championne des Etats noirs 

Jusqu'alors, Hillary Clinton a accumulé les victoires dans les Etats du sud, où l'électorat noir est très important. En remportant l'Alabama, la Louisiane, le Tennessee, la Caroline du Sud (où 55% de l'électorat démocrate est afro-américain) ou encore la Georgie, l'ex-Première dame a conforté sa position de candidate favorite de la communauté afro-américaine.

Alors que Bernie Sanders la doublait dans le Michigan, mardi, Hillary Clinton lui infligeait un sévère revers dans le Mississippi, où près de 37% de la population est noire. Des victoires qui ont démontré que l'électorat afro-américain soutient massivement la candidate, lui assurant ainsi un solide "pare-feu" ("firewall", en anglais, le terme employé par les analystes américains) contre les réussites de Bernie Sanders, qui, lui, truste les voix de la jeunesse. 

Comment expliquer l'engouement des Afro-Américains pour Clinton?

Dès lors, une question se pose: pourquoi les électeurs noirs se rassemblent derrière Hillary Clinton? Cet engouement s'explique en partie par le passé de l'ancienne secrétaire d'Etat: présente et active en politique depuis plus de trois décennies, elle aime à rappeler son engagement précoce contre le racisme, et notamment ses enquêtes sur la ségrégation dans les écoles en Alabama, sous la direction d'une grande militante noire américaine, Marian Wright Edelman, avec qui elle partagea sa chambre à la Yale Law School. 

La candidate affirme aussi que son expérience en tant que Première dame de l'Arkansas, lorsque Bill Clinton en était le gouverneur, de 1983 à 1992, a marqué sa vision des relations raciales en Amérique. Par ailleurs, Hillary Clinton s'appuie énormément sur l'oeuvre de son mari, qui conserve la réputation d'un président ayant oeuvré pour les Noirs dans les années 1990 (malgré quelques ombres au tableau), lorsque le taux de chômage baissait et les salaires augmentaient au sein de cette communauté. Un héritage favorable, qui fait qu'Hillary Clinton a fait des questions raciales l'un de ses sujets de campagne. 

Sanders à la peine auprès de la communauté noire 

A l'inverse, Bernie Sanders semble avoir peu misé sur ces questions. Sénateur d'un Etat rural du nord-est, le Vermont, où seul 1% de la population est noire, il communique moins bien que sa rivale sur le sujet.

Son discours est avant tout axé sur les inégalités économiques, et ses tentatives pour rappeler ses prises de positions contre le racisme ne semblent pas porter leurs fruits. Mais le succès du candidat de 73 ans auprès de l'électorat jeune et étudiant pourrait à terme se vérifier auprès des jeunes Afro-Américains, possiblement séduits par l'engagement pour les droits civiques et contre la ségrégation de Bernie Sanders, au début des années 60, lorsqu'il étudiait à Chicago, ou sa présence devant le Lincoln Memorial de Washington, le 28 août 1963, pour assister au célèbre discours I have a dream, de Martin Luther King.

Le 19 février, quelques jours avant le vote en Caroline du Sud, où l'électorat noir est crucial, le Chicago Tribune faisait resurgir une photo de 1963, montrant le jeune Sanders, âgé de 21 ans, se faire arrêter par deux policiers pendant une manifestation contre les ségrégations raciales. Une aubaine. Mais l'archive ne lui a pas encore permis de siphonner les votes de la communauté noire à sa grande rivale.