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Pourquoi les Etats-Unis se rapprochent de Cuba

Barack Obama et son homologue cubain, Raul Castro.

Barack Obama et son homologue cubain, Raul Castro. - Cubadebates ; Nicholas Kamm – AFP ; montage BFMTV

Le président américain Barack Obama et son homologue cubain Raul Castro ont annoncé ce mercredi le rapprochement diplomatique de Washington et La Havane, après plus de cinquante ans d'isolement pour Cuba. Pourquoi cette décision historique intervient-elle maintenant? Décryptage.

Un jour historique dans les relations américano-cubaines. Ce mercredi, Barack Obama et son homologue cubain Raul Castro ont annoncé un rapprochement diplomatique de grande ampleur entre Washington et La Havane, alors que les relations entre les deux capitales étaient gelées depuis plus d'un demi-siècle. Une annonce inattendue, qui intervient au terme de négociations menées dans le plus grand secret. Mais si l'avancée est considérable pour chacun des deux pays, elle représente aussi une somme d'intérêts non négligeables pour les Etats-Unis.

> Une issue prévisible?

Depuis l'arrivée de Raul Castro au pouvoir en 2006 pour succéder à son frère Fidel, quelques timides signes de détente entre les deux pays étaient apparus. Barack Obama, entré à la Maison Blanche en 2009, avait en particulier assoupli les règles qui s'appliquent aux voyages vers l'île caribéenne. Autant d'indices d'apaisement des tensions, qui ont mené à la fameuse poignée de main échangée entre les deux hommes politiques, en décembre 2013 à Johannesburg, en Afrique du Sud, lors de la cérémonie d'hommage à l'ancien président sud-africain Nelson Mandela. 

"Les relations américano-cubaines se sont améliorées très lentement, mais d'une façon importante", souligne sur BFMTV Alexandre Adler, journaliste et spécialiste des relations internationales. "Ce que l'on appelle la section d'intérêt américaine dans l'ambassade suisse à La Havane est en fait une véritable ambassade, avec 150 diplomates. Les relations entres Miami et La Havane se sont beaucoup facilitées", précise-t-il.

Aussi, malgré la présence de Fidel en coulisses, Raul Castro était connu pour être plus ouvert et pragmatique que son prédécesseur. "On savait très bien qu'il voulait sortir de cette situation", rappelle Alexandre Adler. 

> Un message à l'Amérique Latine

En ouvrant la porte aux relations avec Cuba, après plus de cinquante ans de gel diplomatique, les Etats-Unis adressent en vérité un message plus large, destiné à l'Amérique Latine tout entière. Ainsi, renouer les liens avec La Havane pourrait notamment permettre de relancer le dialogue avec le Venezuela.

"Si Raul Castro joue un rôle positif, beaucoup de choses pourraient être évitées, comme un bain de sang au Venezuela par exemple. Ainsi, si les Cubains donnent un certain nombre de consignes au président vénézuélien Nicolas Maduro, et que les Farc déposent les armes en Colombie, ce serait une pacification considérable de ce morceau de l'Amérique latine, qui a beaucoup d'importance pour les Américains, en raison du pétrole présent au Venezuela", détaille Alexandre Adler, selon qui ce geste des Etats-Unis illustre leur repli sur leur espace géographique et leur indifférence croissante devant les conflits du Moyen-Orient ou le dossier russo-ukrainien.

> Un geste en vue de la prochaine présidentielle américaine

Mais si la portée du geste est indéniablement mondiale, elle revêt également un intérêt plus local, compte tenu du fait qu'elle peut avoir des conséquences directes sur l'issue de la prochaine élection présidentielle américaine, qui aura lieu en 2016. En insistant sur le renforcement des relations entre les familles cubaines, Barack Obama vise ainsi la communauté cubano-américaine de Floride, nombreuse et influente.

"C'est une idée très intelligente de la part de Barack Obama, d’autant plus qu'il se sacrifie pour son successeur démocrate", analyse Alexandre Adler. "Bien entendu, le vote cubain, qui était acquis au camp républicain, a explosé ce mercredi. Il est évident que la majorité des Cubains de Miami, qui font la politique de la Floride, peuvent basculer chez les démocrates si les Républicains dénoncent ce rapprochement".