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Infiltration du FBI : la presse américaine s'interroge

Des policiers devant la réserve fédérale américaine, le 17 octobre à New York.

Des policiers devant la réserve fédérale américaine, le 17 octobre à New York. - -

Infiltrer des agents dans des groupes potentiellement terroristes, leur fournir du matériel, les encourager dans leur projet : le FBI va-t-il trop loin ? Au lendemain d’une attaque déjouée contre la réserve fédérale américaine, la presse américaine se pose la question.

Après l’arrestation de Quazi Nefis, un homme de 21 ans qui prévoyait un attentat contre la réserve fédérale américaine, la presse américaine revient sur la méthode utilisée par le FBI pour l’arrêter.

Les services secrets américains se sont rapprochés du suspect pour l’aider à monter son attentat, en lui fournissant du matériel pour qu’il construise la bombe qu’il comptait faire exploser à New York.

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Ce n’est pas la première fois que le FBI utilise ce genre de méthodes. La correspondante de Sky News à New York, Hannah Thomas-Peter, le rappelle : "Il y a huit mois, un marocain a été arrêté alors qu’il se rendait au Capitole de Washington DC. Il pensait prendre part à une attaque suicide, avec ses associés d’Al-Qaida qui étaient en fait des agents infiltrés du FBI. En novembre 2011, la police de New York a déjoué un cas similaire avec Jose Pimentel, 27 ans. (…)"

L’infiltration permet au FBI de collecter "de nombreuses preuves grâce aux agents infiltrés, augmentant les chances de poursuites si le cas est présenté devant un tribunal." Et Hannah Thomas-Peter de rappeler : "depuis le 11 septembre, 15 complots contre New York ont déjà été déjoués, dont certains contre le pont de Brooklyn et le New York Stock Exchange."

"Le gouvernement a fait d'eux des terroristes"

Et dans le passé déjà, ces infiltrations ont fait grincer des dents, rappelle le New York Times : en 2009, plusieurs hommes, encouragés par un agent du gouvernement, ont déposé ce qu’ils pensaient être des bombes artisanales devant des synagogues dans le Bronx, à New York. Quatre hommes ont été condamnés, mais le juge qui a supervisé le procès n'a pas manqué de critiquer les agents qui ont encouragé le complot : "le gouvernement a fait d’eux des terroristes", avait fustigé le juge à l'époque.

Aujourd’hui, la question se pose à nouveau. "Si le FBI a à la fois planifié puis contrecarré le complot, alors qui est le héros dans l’affaire ?", se demande le site The Atlantic Wire, qui considère Quazi Nafis comme "un terroriste de plus. Il voulait détruire l’Amérique, d’après la déclaration qu’il a faite (…). Mais on ne sait pas s’il serait allé si loin s’il n’avait pas été aidé par les agents infiltrés du FBI."

Un doute relayé par Mother Jones. Le magazine américain rapporte les propos de Martin Stolar, un avocat qui a un jour défendu un homme impliqué dans une tentative d’attaque terroriste aux Etats-Unis en 2004 : "Le problème dans de nombreux cas, c’est que les personnes incriminées ne seraient jamais passées à l’acte si elles n’avaient pas été poussées par des agents infiltrés du FBI. Ils créent des crimes pour résoudre des crimes, pour pouvoir crier ensuite leur victoire face au terrorisme".

"Imaginez le deuil, et le monde bouleversé"

Le tabloïd The New York Daily News, lui, balaie ce genre de théorie et s'adresse directement à "ceux qui lèvent les yeux au ciel lorsqu'on leur parle de menace terroriste contre les Etats-Unis" : "Nafis a certainement dû paraître innocent. Mais il ne fait aucun doute qu’il est venu pour 'détruire l’Amérique', comme il l’a écrit dans sa déclaration. Et il n’y a pas de doute non plus que s’il n’avait pas été intercepté, il aurait trouvé un moyen de causer la mort et la destruction autour de lui."

Sans recul ni nuance, le tabloïd new-yorkais conclut dans l'émotion : "Imaginez la une de ce journal jeudi matin s’il n’y avait pas eu des agents brillants et les policiers de la force anti-terroriste. Imaginez le deuil, les accusations, le monde bouleversé."