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Infiltration du FBI : "de la provocation ? Peut-être, mais c’est efficace"

Quazi Nafis voulait faire exploser la FED à New York.

Quazi Nafis voulait faire exploser la FED à New York. - -

Il voulait faire exploser une bombe à New York : Quazi Nafis, dont le groupe a été infiltré par le FBI, a finalement été arrêté mercredi au terme d’une filature de plusieurs mois. Une méthode de renseignement parfois critiquée. Interview avec un spécialiste du genre.

Un homme qui projetait un attentat contre la réserve fédérale américaine à New York a été arrêté mercredi 17 octobre. Le FBI le suivait depuis des mois via des agents infiltrés, et l’a même aidé dans ses recherches pour commettre l’attentat. Cette méthode poste-t-elle problème ? BFMTV.com a posé la question à Alain Rodier, directeur de recherches au Centre français de recherche sur le renseignement.

Que pensez-vous du cas de Quazi Nafis, arrêté mercredi à New York ?

"Ce n’est pas le premier cas. Il y a eu ces dernières années aux Etats-Unis une série d’attentats commis par des loups solitaires. Le FBI les repère notamment via le contrôle aux frontières, et peut infiltrer ces groupes, en se faisant par exemple passer pour des activistes d’al-Qaida. J'ai même le souvenir d'un homme qui avait reçu de l’aide du FBI pour construire des maquettes d’avions, qu’il comptait remplir de grenades et jeter contre le Capitole… Evidemment, ça n’a jamais abouti."

Certains journaux américains accusent le FBI d'être allé trop loin dans son infiltration...

"On peut voir des limites dans cette méthode. Mais seul, Nafis aurait sûrement réussi. Il aurait peut-être mis plus de temps à le faire, mais il aurait certainement réussi. Et là, qu’aurait-on dit ? Après tout, c’est un personnage qui semblait décidé à passer à l’action et qui représentait une menace importante. Dès lors que ces techniques sont autorisées aux Etats-Unis, et qu’elles fonctionnent... On peut peut-être considérer ça comme de la provocation, mais c’est efficace.

En plus, le FBI a même fait en sorte de fournir des preuves à cet homme et de faire en sorte qu'il se filme en train d’expliquer son intention : ainsi, il est totalement coincé, et risque la perpétuité. Et la perpétuité aux Etats-Unis, c’est une vraie perpétuité…"

Avez-vous l’impression que la méthode se banalise ?

"Aux Etats-Unis, oui. Il ne faut jamais oublier que le 11 septembre est dans toutes les têtes. A l’époque, le FBI avait des informations, mais n’est pas allé jusqu’au bout, et on sait ce que cela a donné. Maintenant, ils ne peuvent plus rien laisser passer."

Est-ce qu'elle coûte cher ?

"Non. Ce sont des moyens humains, donc ils coûtent moins cher que des satellites de surveillance ou d'autres moyens techniques. Dans le cas de Nafis, il n’y a même pas d’indic’ à payer, juste du matériel à fournir. En l’occurrence, c’est une méthode dont le rapport qualité-prix est le plus intéressant."

Peut-on imaginer une telle façon de faire en France ?

"En France, les renseignements peuvent se faire passer pour quelqu’un d’autre auprès d’un suspect. Mais il leur est impossible de se livrer à des provocations, comme le FBI. La raison est simple : ça n’est pas légal. L'infiltration en France doit seulement servir à surveiller.

Pour que cela change, il faudrait que la DCRI demande une nouvelle loi aux pouvoirs publics. C’est clairement une question politique, et je ne pense pas que les pouvoirs publics français y soient disposés.

Il y a toujours des bonnes âmes bien-pensantes pour affirmer que cela va à l'encontre de la déontologie, et que le suspect n'aurait jamais trouvé le matériel si on ne lui avait pas fourni.

Seul le domaine de la drogue fait exception : les douanes françaises ont le droit de "jouer" aux clients et d'acheter de la drogue pour identifier les acteurs d'un trafic.

Bien sûr, si la menace terroriste s’accroît et que des actes terroristes aboutissent en France, cela pourrait changer les choses. On ne pardonnera jamais un nouvel attentat dans le RER à Saint-Michel..."