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Que sait-on de l'enlèvement du père Georges?

Le père Georges Vandenbeusch en 2011, devant l'église de Sceaux.

Le père Georges Vandenbeusch en 2011, devant l'église de Sceaux. - -

Un prêtre français installé au Cameroun a été enlevé jeudi, dans le nord du pays, à quelques kilomètres de la frontière avec le Nigeria. Les autorités locales soupçonnent la secte islamiste Boko Haram d'être à l'origine du rapt, qui, pour l'heure, n'a pas été revendiqué. Le point sur les derniers éléments connus autour de cet enlèvement.

Georges Vandenbeusch, un prêtre français, a été enlevé à l'extrême nord du Cameroun, ce jeudi, par un commando d'une quinzaine d'hommes. L'enlèvement n'a pas été revendiqué mais les autorités camerounaises soupçonnent fortement la secte islamiste Boko Haram, déjà à l'origine de l'enlèvement de la famille française Moulin-Fournier, en février 2013. BFMTV.com fait le point sur ce l'on sait de ce rapt et sur les premières pistes.

> Comment a été enlevé le père Georges?

Le père Georges Vandenbeusch, âgé de 42 ans, a été enlevé dans la nuit de mercredi à jeudi dans l'extrême nord du Cameroun par un groupe d'une quinzaine d'hommes armés. Le religieux se trouvait chez lui, dans l'enceinte de la paroisse de Nguetchewe, près de Koza, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec le Nigeria, lorsqu'il a été kidnappé. Une zone fortement déconseillée en raison du risque terroriste et des risques d'enlèvement, mais où le père Georges avait tenu à rester.

"Ils sont venus vers 23 heures et ont frappé à ma chambre avant de casser la fenêtre", a raconté à BFMTV soeur Régine, une religieuse présente dans la paroisse au moment des faits. " Je ne sais pas quand il est parti. Certains des ravisseurs étaient chez le père Georges, d'autres dans la maison des soeurs", a-t-elle ajouté. Ancien prêtre de Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, le père Georges avait été envoyé au Cameroun par le diocèse de Nanterre, en 2011.

> Qui est à l'origine du rapt?

Pour l'heure, l'enlèvement du religieux français n'a pas été revendiqué. Mais les soupçons des autorités camerounaises se portent sur la secte islamiste nigériane Boko Haram, qui avait revendiqué le rapt des Moulin-Fournier au Cameroun, en février 2013. Cette secte créé en 2002, qui veut imposer un état islamique au Nigeria et une stricte application de la charia, et que les Etats-Unis ont ajoutée à la liste noire des "organisations terroristes" mercredi, est violemment réprimée par les autorités nigérianes, qui l'affrontent régulièrement dans le nord du pays.

Outre les massacres et les attentats perpétrés sur le territoire nigérian, le groupe islamiste s'est spécialisé dans les enlèvements, notamment de l'autre côté de la frontière, au Cameroun. Et vise de plus en plus les Occidentaux. En fin d'après-midi, le gouvernement camerounais a indiqué, par la voix de son porte-parole Issa Tchiroma Bakary, craindre que les ravisseurs "ne soient déjà hors de notre territoire", sans toutefois préciser vers quel pays le père Georges aurait pu être emmené.

"Il existe de fortes présomptions d'une implication de Boko Haram. On reconnait leurs pratiques dans cet enlèvement", avait indiqué Issa Tchiroma Bakary sur BFMTV, plus tôt dans l'après-midi. Une valise contenant un chéquier au nom du Père Georges a été retrouvée dans la matinée sur la route menant à la frontière nigériane.

> Pourquoi les ravisseurs s'en sont pris au religieux français?

En l'absence de revendication du rapt, aucune explication précise ne peut être apportée à l'enlèvement du père Georges, qui a été kidnappé seul. Mais si toutefois Boko Haram venait à revendiquer cette prise d'otage, la thèse la plus plausible serait celle de l'enlèvement en vue d'obtenir une rançon. "Aujourd'hui, avec les récentes prises d'otages, la valeur des otages français a atteint entre 3 et 5 millions d'euros, contre 500.000 euros il y a cinq ans", a rappelé le spécialiste du terrorisme Mathieu Guidère, sur BFMTV.

Pour l'heure, les premiers témoignages semblent tous indiquer que les ravisseurs cherchaient de l'argent dans la paroisse où s'est produit l'enlèvement. "Ils ont demandé de l'argent mais nous n'en avions pas", a ainsi indiqué sœur Régine. Une version confirmée par monseigneur Gérard Daucourt, l'évêque de Nanterre, lors d'une conférence de presse, ce jeudi. "Ils sont d'abord allés dans la maison des soeurs pour trouver de l'argent, il n'y en avait pas, et le Père George a eu le temps de prévenir l'ambassade", a-t-il ainsi expliqué.

"Ils ont défoncé la porte du salon puis la porte du bureau –du père Georges, NDLR). Ils ont tout mis par terre et ils ont trouvé le coffre-fort, ont voulu l'emporter, mais il pesait. Ils l'ont donc laissé dans le salon. Le village a été alerté et les ravisseurs ont donc décidé d'emmener le père Georges", a par ailleurs raconté le père Henry John, au micro de BFMTV.

> Que disent les autorités françaises?

Si le quai d'Orsay a confirmé l'enlèvement du père Georges Vandenbeusch, peu après midi, ce jeudi, le gouvernement est resté très discret au cours de la journée. Ce n'est qu'en fin d'après-midi que le président de la République François Hollande s'est exprimé à ce sujet, affirmant que "tout sera fait pour que le prêtre puisse être libéré".

"Nous mettons tout en œuvre pour que ce prêtre puisse être retrouvé et que nous puissions lui rendre la liberté. Il faisait l'exercice de son culte dans un lieu qu'il savait dangereux, il avait été prévenu du risque. Il n'empêche, tout doit être fait et sera fait pour qu'il puisse être libéré dans les meilleurs délais", a ainsi déclaré le chef de l'Etat, avant de demander aux ressortissants français "de ne rien faire qui puisse mettre en danger leur vie ou les exposer à des enlèvements".

De son côté, le parquet de Paris a d'ores et déjà ouvert une enquête pour "enlèvement et séquestration en relation avec une entreprise terroriste". L'enquête a été confiée à la DCRI.

Adrienne Sigel