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Enlèvement d'un prêtre français: qui est la secte Boko Haram?

Un homme identifié comme le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau (au centre) et des combattants, apparaissent dans une vidéo diffusée en septembre 2013, dont est tirée cette capture d'écran.

Un homme identifié comme le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau (au centre) et des combattants, apparaissent dans une vidéo diffusée en septembre 2013, dont est tirée cette capture d'écran. - -

Georges Vandenbeusch, un prêtre français, a été enlevé jeudi matin dans un monastère, au Cameroun. Les soupçons se portent sur les islamistes nigérians de Boko Haram. Qui est ce groupe religieux? Quelles sont ses revendications? BFMTV.com fait le point.

Un ressortissant français a été enlevé par un commando d'une quinzaine de personnes, ce jeudi, dans l'extrême nord du Cameroun, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec le Nigeria. Le père Georges Vandeubeusch, un prêtre français de 42 ans, qui se trouvait dans son monastère au moment du rapt, avait été envoyé sur place par le diocèse de Nanterre, en septembre 2012. Il s'occupait de la paroisse de Nguetchewe, près de Koza, dans le nord du pays, à 700 kilomètres de la capitale Yaoundé, une zone considérée comme très dangereuse.

Si, pour l'heure, l'enlèvement n'a pas été revendiqué, les soupçons se portent sur la secte islamiste nigériane Boko Haram, qui avait déjà enlevé la famille Moulin-Fournier dans la même zone géographique, en février 2013. BFMTV.com fait le point sur ce que l'on sait de cette secte et son mode opératoire.

> Une secte islamiste, classée terroriste par les Etats-Unis

En haoussa, une des langues parlées au Nigeria, Boko Haram signifie "L'éducation occidentale est un péché". Fondé en 2002 par un prédicateur radical mais actif depuis 2004, ce groupe islamiste, considéré comme une secte du fait de son action d'endoctrinement et son recours à la magie, veut imposer un état islamique au Nigeria, avec une stricte application de la charia. Boko Haram est d'ailleurs soupçonné d'avoir tissé des liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), depuis 2010. "C'est une secte qui s'oppose aux interventions occidentales dans les pays musulmans et notamment au Nigeria, qui regorge de pétrole. Boko Haram estime que les Occidentaux pillent le pays et lutte contre le gouvernement central, dominé par des chrétiens du sud du pays, pour avoir un meilleur partage des ressources", explique le spécialiste du terrorisme Mathieu Guidère, interrogé par BFMTV.

Combattu par les autorités nigérianes, Boko Haram s'est illustré par des violences contre le gouvernement mais aussi contre les populations locales, notamment chrétiennes. L'enlèvement du père Georges coïncide avec l'ajout, par les Etats-Unis, mercredi, des groupes Boko Haram et Ansaru –le deuxième étant une dissidence du premier- sur la liste noire des "organisations terroristes étrangères".

> Enlèvement de la famille Moulin-Fournier en 2013

En mars dernier, le groupe nigérian avait revendiqué l'enlèvement d'une famille française un mois plus tôt, les Moulin-Fournier. Les sept ressortissants, trois adultes et quatre enfants, avaient été enlevés dans le parc de Waza, dans le nord du Cameroun, pays où ils étaient installés depuis plusieurs mois. "Nous les retenons parce que les autorités nigérianes et camerounaises ont arrêté des membres de nos familles, qu'ils les brutalisent et que nous ne savons rien de leurs conditions d'emprisonnement", avait expliqué, au moment de la revendication, le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau.

Les Moulin-Fournier avaient été libérés sains et saufs le 19 avril, après deux mois de détention. Comme il est d'usage, Paris n'avait rien révélé des conditions de la libération et de l'éventuel versement d'une rançon. Mais plusieurs médias avaient évoqué une possible rançon de 5,4 millions d'euros versée par GDF/Suez, l'employeur du père de famille.

> Un mode opératoire basé sur les massacres et les enlèvements

Réputé très violent voire "barbare" par certains experts, le groupe islamiste, fort de plusieurs milliers de combattants, a commis de nombreux massacres depuis son lancement. Il est d'ailleurs violemment réprimé par les autorités nigérianes. En 2009, ces dernières ont affronté les combattants islamistes dans un conflit armé faisant plusieurs centaines de morts.

A partir de 2011, Boko Haram multiplie les attentats à la bombe à travers le pays, notamment contre des églises et des bâtiments officiels. L'année 2013 a été marquée par de nombreux massacres. Ainsi, le 6 juillet dernier, 41 élèves et un professeur ont été assassinés dans un lycée à Mamudo, une localité du nord du Nigeria. Le 29 septembre, une cinquantaine de collégiens ont été massacrés à Gujba, un autre village du nord du pays.

Depuis 2008, Boko Haram a ajouté les prises d'otages, perpétrées dans l'ensemble du Nigeria, à ses méthodes d'action. Mais la secte a, depuis peu, étendu ces enlèvements au Cameroun, comme un défi au président Paul Biya. Les Français sont devenus des cibles prioritaires, en raison de l'intervention militaire au Mali, à laquelle Boko Haram est fortement opposé. Et la pratique peut s'avérer fructueuse pour les ravisseurs. "Aujourd'hui, avec les récentes prises d'otages, la valeur des otages français a atteint entre 3 et 5 millions d'euros, contre 500.000 euros il y a cinq ans", indique Mathieu Guidère.

Selon Marc-Antoine Pérouse de Montclos, spécialiste du Nigeria, l'enlèvement du père Georges s'inscrit dans un contexte d'opérations militaires en cours au nord du Nigeria. "On peut imaginer que cet enlèvement, s'il a effectivement été commis par Boko Haram, rentre dans le cadre d'une opération à caractère militaire pour revendiquer la libération de militants et négocier avec le gouvernement nigérian".

Adrienne Sigel