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Mali: sécurité, armée et économie, les défis d'IBK

Ibrahim Boubacar Keïta, tout nouveau président du Mali

Ibrahim Boubacar Keïta, tout nouveau président du Mali - -

Le chef de l'Etat français, François Hollande se rend au Mali à l'occasion de l'investiture "populaire" du nouveau chef d'Etat. Mais, au-delà de la fête, les casse-têtes sont nombreux.

François Hollande se sait attendu à Bamako ce jeudi à l'occasion de l'investiture "populaire" d'Ibrahim Boubacar Keïta, tout nouveau président du Mali. Le président français sera accueilli avec les honneurs de celui qui, en déclenchant l'intervention militaire française en janvier 2013, a mis un terme à la poussée jihadiste dans le pays. Pour autant, si la cérémonie prévue au Stade 26-mars s'annonce festive, le plus dur commence pour le Mali qui n'est toujours pas sorti de la crise.

> Quelle situation politique au Mali?

Dans la foulée de l'élection d'IBK, son surnom au Mali, a été nommé un gouvernement de 34 personnes, dirigé par un ancien banquier de 49 ans, Oumar Tatam Ly. "Il s'agit d'un gouvernement de technocrates, d'unité nationale", analyse Benjamin Roger, journaliste à Jeune Afrique et spécialiste du Mali. "Mais maintenant, l'enjeu pour le nouveau président va être de régler au plus vite les questions du Nord du pays, économiques et de l'organisation d'élections législatives. En sus, IBK va devoir donner des gages de démocratie en laissant 'vivre l'opposition'."

> Des élections législatives attendues

Le Premier ministre a proposé la tenue du premier tour des élections législatives le 24 novembre, et un éventuel second tour à la date du 15 décembre. Mais certains représentants de la quinzaine de partis concernés ont émis des réserves sur ce calendrier, estimant qu'il faudrait au préalable déjà tirer les leçons de la présidentielle. Pour l'heure la question, tranchée sans concertation, reste en suspens.

> Une économie en danger

L'épisode guerrier a plongé le pays dans la récession. Pour tenter de remédier à ce problème, couplé à de graves soucis de corruption, la communauté internationale a promis une aide massive de 3,2 milliards d'euros.

La France, elle, s'est engagée à consacrer 280 millions d'euros sur deux ans à l'aide au développement de ce pays. Les projets et programmes déjà lancés couvrent différents secteurs, allant de la santé à l'assainissement en passant par l'aide humanitaire, et toutes les régions du pays.

> Quel avenir pour le Nord Mali?

La question de la sécurité dans le Nord Mali est un enjeu essentiel avec celui du dialogue entre les différentes organisations. De récents incidents attribués à des partisans du Mouvement National de Libération de l'Azawad (MLNA) ont perturbé le week-end dernier la visite de trois ministres maliens à Kidal dans nord-est du pays.

Les accords de Ouagadougou en juin dernier avaient néanmoins permis le retour dans cette ville de l'armée et des administrations.

Le MNLA maintient un ton défiant, voire martial, envers IBK ce qui laisse planer le doute sur une résolution simple des tensions latentes. Néanmoins, il est nécessaire pour le nouveau gouvernement de remettre l'ensemble des acteurs autour de la table. Une commission de réconciliation nationale ainsi qu'un ministère sont dédiés à cette tâche.

> Quid des jihadistes?

Avant l'intervention française, trois groupes principaux sévissaient au Mali: AQMI, Ansar Dine et le Mujao. Depuis certains d'entre eux se seraient déplacés "vers le sud de la Libye", précise Benjamin Roger. D'autres seraient encore à proximité, cachés ou auraient rejoint leurs familles. "Ils n'y a pas d'endroit particulier où les chercher", admet d'ailleurs le capitaine Perrin détaché au sein de Minusma, la force d'intervention de l'ONU au Mali, à Jeune Afrique.

Des opérations permanentes sont en cours pour débusquer des jihadistes mais aussi des caches d'armes et la ville Gao reste sous tension comme Kidal, siège historique des touaregs.

> Et l'armée française?

Au plus fort de son opération baptisée Serval, la France a compté jusqu'à 4.500 militaires au Mali. Plus de huit mois après environ 3.200 militaires français sont toujours déployés au Mali mais l'objectif est de réduire ce nombre à un millier à la fin de l'année.

Problème la force de l'ONU ne "serait pas prête". La Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) affiche un effectif de 5.000 hommes. Pour autant, des problèmes existent: 160 soldats tchadiens dont quitté leur base de Tessalit pour réclamer le paiement de leurs arriérés de soldes et de meilleures conditions.

Si aujourd'hui l'armée malienne n'est en mesure de maintenir la sécurité dans le pays, IBK, proche de l'armée de son pays, pourrait devoir faire face à un rejet des forces étrangères par son peuple et les hauts gradés de l'armée pourraient vouloir reprendre la main.

Samuel Auffray