BFMTV

À quoi vont ressembler les derniers jours de Donald Trump à la Maison Blanche?

Donald Trump le 12 janvier 2021 à la base d'Andrews, près de Washington

Donald Trump le 12 janvier 2021 à la base d'Andrews, près de Washington - MANDEL NGAN © 2019 AFP

De nombreuses questions se posent sur les intentions de Donald Trump à quelques jours de la fin de son chaotique mandat.

La semaine à venir s’annonce extrêmement tendue aux Etats-Unis. Depuis l’élection présidentielle du 3 novembre remportée par le Démocrate Joe Biden, la fin de mandat de Donald Trump n’en finit plus s'étirer dans une lente et longue agonie politique qui prendra fin le 20 janvier, date de l'investiture de son adversaire, à laquelle il n’assistera pas.

Dès les premiers résultats du scrutin, Donald Trump s’est évertué à nier sa défaite dans les urnes en évoquant des fraudes électorales, qui n’ont à ce jour jamais été prouvées. Malgré l’évidence, l’homme fort de la Maison Blanche a continué à haranguer ses troupes, notamment avant le rassemblement du 6 janvier. Ce jour-là, alors que le Congrès américain se réunissait afin de procéder au décompte des grands électeurs et d’entériner définitivement la victoire de Joe Biden, plusieurs milliers de militants pro-Trump se sont massés devant le Capitole et certains d’entre eux sont parvenus à pénétrer violemment à l'intérieur du bâtiment.

Ces événements, qui ont fait cinq morts au total, sont selon de nombreux élus directement imputables à Donald Trump qui fait désormais face à une seconde procédure d’impeachment.

· Opération reconquête

Compte tenu de ces événements, nombreux sont les observateurs à se soucier du comportement du président sortant dans les jours à venir, craignant le désordre qu'il pourrait encore causer.

Face à cette pression médiatique et politique, Donald Trump ne semble, lui, pas inquiet. Mardi 12 janvier en marge d’un déplacement au Texas, il a qualifié de "totalement ridicule" cette procédure, avant d’appeler au calme dans le pays.

Contacté par BFMTV.com, Jean-Eric Branaa, spécialiste de la politique américaine, estime que le Républicain risque surtout de vouloir redorer la fin de son mandat et éviter de nouveaux coups d'éclat.

"On entend dire qu’il veut marquer le coup, qu’il veut être président jusqu’au bout. Mais dans le contexte actuel, tout aura une saveur particulière. Depuis la séquence du 6 janvier, il veut changer de narratif, montrer qu’il a eu un bon bilan, mais c’est compliqué et le poids de la procédure en cours est fort", explique-t-il.

Cette entreprise de sauvetage du mandat Trump commence plutôt mal. Lors de cette visite au Texas du 12 janvier, le président souhaitait mettre en avant la construction du mur anti-immigration à la frontière avec le Mexique, l’une de ses grandes promesses électorales de 2016. Or, en plus de l’indifférence générale suscitée par son discours, plusieurs médias soulignent que seule une vingtaine de kilomètres de barrière ont en fait été construits sous son mandat, aux frais du contribuable.

"Pour le Texas, c’est raté, cela n’a pas été relayé alors que c’était un événement important repris par lui pendant quatre ans. Il court après l’actualité et cette fin de règne est un peu pathétique", souligne encore Jean-Eric Branaa.

Malgré tout, l’idée de Donald Trump serait de solidifier sa base électorale pour une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2024, qui pourrait toutefois lui être interdite au cas où la procédure d’impeachment arrivait à son terme, et ce, même s'il n'occupe plus le poste de président. A la présidentielle du 3 novembre, Donald Trump a en effet été soutenu par 74 millions d’Américains, un score solide sur lequel il souhaite s’appuyer pour le futur.

· Une dernière offensive en Iran?

Sur le front de la politique internationale, de nombreuses inquiétudes planent également quant à l’éventuel héritage laissé par Donald Trump. Le 12 novembre dernier, quelques jours après son revers électoral, le président avait réuni ses conseillers militaires afin de connaître les modalités d’une frappe contre l’Iran. Si ces derniers l’en ont dissuadé, l’idée n’a semble-t-il jamais quitté l’esprit du milliardaire.

De nouvelles frappes pourraient-elles intervenir d’ici le 20 janvier? "C’est une crainte, on va suivre cela", estime Jean-Eric Branaa.

"Ce qui interpelle c’est ce que Mike Pompeo (chef de la diplomatie américaine et proche de Trump, ndlr) a dit concernant la présence de membres d’Al-Qaïda en Iran et le fait que les Etats-Unis et ses alliés devaient unir leurs forces. Il y a l’inquiétude de nouvelles frappes, ce qui tuerait les négociations voulues par Biden. Pour Trump, ce serait une victoire par rebond", explique-t-il.

Dans la foulée de ces déclarations, l’Iran a également réagi, soulignant que "Personne n'est dupe. Tous les terroristes du (11-Septembre) venaient des destinations favorites (de Mike Pompeo) au Moyen-Orient ; AUCUN d'Iran", a écrit Mohammad Javad Zarif, chef de la diplomatie iranienne. Il est ici fait référence à l’origine saoudienne de la plupart des terroristes du 11-Septembre.

Pour Jean-Eric Branaa, la possibilité d’une action contre l’Iran reste possible bien que compliquée, et les déclarations de Mike Pompeo relèveraient en réalité de volontés politiques pour la suite.

"Je n’y crois pas particulièrement, ce serait rajouter à l’infamie une nouvelle action qui serait condamnée. Pompeo essaie de se placer pour 2024 en rassemblant les soutiens, en montrant qu’il est le fidèle des fidèles de Trump", ajoute-t-il.

· Et après?

Au-delà de l’échéance du 20 janvier, de nombreuses questions se posent sur le futur de Donald Trump, qui pourrait être rythmé par cette procédure de destitution. Pour Jean-Eric Branaa, Donald Trump n’a "aucun avenir" en politique.

"Certains disent qu’il va peser mais je n’y crois pas. Seuls les évangélistes le soutiennent encore vraiment mais au-delà - Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, soutient la procédure - il y a une volonté de tourner la page. Trump ne pourra plus répliquer, il ne pourra plus lutter depuis l’extérieur", fait valoir le spécialiste.

De fait, le quotidien de Donald Trump après avoir quitté la Maison Blanche pourrait s’écrire du côté de Mar-a-Lago, sa résidence de Floride où il a ses habitudes, "où il va faire comme tous les anciens présidents, se reposer". "Il en a certainement besoin puisque quand on est président, on ne peut pas se dire qu’on débranche."

Et quid d'un avenir dans l'univers du digital? Banni de plusieurs réseaux sociaux, le futur ex-président des Etats-Unis avait expliqué vouloir créer sa propre plateforme numérique dans les mois à venir.

"Le réseau social c’est très possible, il en est addict, c’est un signe de notre temps. Ce serait plus malin que de créer une chaîne de télé, c’est un média d’avenir, un support. J’y crois beaucoup."

S'il n’est finalement pas condamné par le Congrès, Donald Trump "pourra faire comme Obama ou Clinton, des conférences, il sera appelé par les grands de ce monde. Il peut également écrire un livre où il pourra livrer sa vision de la présidence", conclut le spécialiste des Etats-Unis.

Un possible programme plutôt chargé, qui contraste avec son agenda des jours à venir, qui reste vide malgré quelques activités à la Maison Blanche.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV