BFMTV

Quand le vin retrouve ses racines

La biodynamie aide à cultiver un vin plus naturel (photo d'illustration)

La biodynamie aide à cultiver un vin plus naturel (photo d'illustration) - -

Connaissez-vous la biodynamie? Derrière ce terme intriguant se cache "la médecine chinoise du vin" pour Thierry Goddet président de Cavissima. Explications.

En 2006, les vignes représentaient un peu plus de 2% des terres cultivées et 20 à 25% des pesticides utilisés. Résultat une roche-mère qui remonte à la surface, des sols plus durs, des vers de terre qui disparaissent et un vrai risque écologique à l'arrivée.

Comment revenir à une culture plus naturelle et à une meilleure préservation du raisin? Alors que le changement climatique change la donne, les professionnels s'interrogent. Il y a évidemment le bio, parfois critiqué. Pour remplacer les pesticides, les viticulteurs ont recours à la fameuse bouillie bordelaise à base de sulfate de cuivre. Cet excès de cuivre nuit au sol. Sans parler des allergies au soufre qui se multiplient.

Biodynamie et rythmes de la Lune

La réglementation évolue en la matière. L'Europe a fixé un cap: réduire l'utilisation du soufre, 100 mlg par litre contre 150 actuellement. Pour le sommelier John Euvrard qui accompagne Thierry Goddet, le président de Cavisimma (ce site de constitution et de gestion de cave à vin de garde), une telle norme est encore insuffisante. D'autres méthodes de travail s'imposent donc progressivement. Avec la biodynamie, les viticulteurs retrouvent les habitudes de leurs ancêtres.

Ce que l'on appelle des préparas vont être mis au point pour dynamiser le sol. Des substances naturelles, telles que les algues ou la silice sont mêlées à de l'eau, parfois de pluie. La bouse de vaches peut s'avérer aussi très efficace. Tout cela s'applique tel un remède homéopathique pour l'homme. Si le viticulteur pousse sa démarche encore plus loin, il peut se caler sur les rythmes de la Lune.

Un vin ouvert et expressif

De tels choix représentent un investissement personnel. Mais ce que le producteur économise en pesticides, il peut le réinvestir dans l'humain. Ceux qui ont décidé de se lancer en sont donc très fiers. Thierry Goddet, qui sillonne la France pour trouver les meilleurs crus, en témoigne. Comme cette rencontre avec un jeune couple qui produit du Gigondas. Il a converti 60 hectares de vignes en une seule fois. Un bel engagement car la prise de risque est réelle.

Pour le consommateur l'avantage se mesure très facilement. John Euvrard parle d'un vin ouvert et expressif. Pas de nez qui pique incommodé par le soufre. Même jeunes, les arômes sont très tranchés. Des vins plus élancés. Il suffit de goûter un grain de raisin, la différence saute au palais immédiatement. Et cerise sur le gâteau: un vin biodynamique, qui se consomme évidemment avec modération, se digère mieux qu'un vin conventionnel. Et pour des prix très raisonnables.

Une communication très discrète

Où le trouver? Partout en France sauf là où les terres sont plus difficiles à cultiver. Loire, Champagne, Bourgogne, Bordelais même si ces derniers sont encore timides. Trois producteurs seulement se sont lancés dans l'aventure. Mais les grands crus étudient la question. Certains en font sans le dire, comme Romanée-Conti.

Communiquer sur cet aspect n'est pas une priorité, ce que l'on comprend aisément. beaucoup ne l'affichent pas sur l'étiquette. Les vins parlent d'eux-mêmes. Sur les 800 références que compte Cavissima, on dénombre seulement une quarantaine de vins biodynamiques pour le moment. Mais Thierry Goddet est confiant. Ces vins gagnent leur public. Qui en prime découvrent qu'ils se conservent très bien.

Nathalie Croisé de BFM Business