BFMTV

Planter des arbres en ville, une (fausse) bonne idée?

À quelques semaines des municipales, pour les candidats, c'est à celui qui annoncera le plus grand nombre d'arbres qu'il ou elle promet de planter. Si la symbolique est forte, pas sûr pour autant que le pari soit gagnant pour l'environnement.

C'est devenu le sujet incontournable de la campagne. À quelques semaines des élections municipales - qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains - la plupart des têtes de liste ont émis leurs propositions pour reverdir les villes. Un arbre pour chaque naissance, pour chaque nouvel arrivant dans la commune ou par habitant: un grand nombre de candidats promettent de planter à tour de pelle s'ils sont élus.

170.000, 500.000... 1 million d'arbres

C'est même parfois l'objet d'une surenchère: au Mans, Marietta Karamanli - la candidate socialiste - annonce qu'elle plantera 30.000 arbres en six ans. À Paris, Anne Hidalgo - la maire sortante PS - en promet quant à elle 170.000. À Lyon, Etienne Blanc - le candidat LR - évoque un total 500.000 arbres et arbustes. Et à Arras, Gregory Watin - le candidat écologiste - propose d'en planter un million. Une bonne chose, salue Harold Levrel, professeur d'économie de l'environnement à AgroParisTech qui travaille également sur le projet Idefese, une évaluation des bénéfices que pourraient fournir les politiques de végétalisation des zones urbaines en Île-de-France.

"Qu'il y ait une concurrence entre les candidats et qu'ils commencent à se challenger sur ce dossier ne peut être que positif", assure-t-il à BFMTV.com.

Mais pour Jonathan Guyot, co-fondateur et président de l'association All4trees, l'arbre ne doit pas pour autant devenir un outil de campagne marketing. "L'arbre symbolise la prise de conscience des citoyens des questions environnementales, mais encore faut-il qu'il y ait une véritable volonté des élus et que cela soit fait avec cohérence", met-il en garde pour BFMTV.com

Adeline Favrel, coordinatrice du réseau Forêt pour France nature environnement (FNE), formule le même avertissement. "On doit davantage végétaliser les villes, mais cela ne doit pas faire l'objet d'une course à l'échalote ni se faire en compensation ou en contre-partie d'une artificialisation pour se donner bonne conscience", pointe-t-elle pour BFMTV.com. Pas question pour elle de planter un arbre "dans un coin" ou de procéder "au coup par coup", cela doit s'inscrire dans un schéma global.

Lutter contre les îlots de chaleur et la pollution

Car à l'heure de l'urgence environnementale, les arbres apparaissent comme l'une des meilleures solutions pour combattre les effets du réchauffement climatique. "Les arbres mais aussi la végétalisation hors-sol, comme les façades, toits ou murs végétalisés, permettent de réduire la température de 4 à 10 degrés", poursuit Adeline Favrel.

En plus de lutter contre les îlots de chaleur urbains, notamment en période de canicule, les arbres se présentent comme un atout alors que les pics de pollution sont de plus en plus nombreux. "Ce sont aussi des filtres naturels qui absorbent les polluants et purifient l'air. Par la photosynthèse, ils absorbent du CO2." Enfin, autre avantage mis en avant par la représentante de FNE: "Ils favorisent également la biodiversité en donnant refuge à des espèces d'oiseaux ou d'insectes, notamment par le moindre usage des pesticides en ville."

Réduire les risques d'inondation, filtrer les eaux de ruissellement: il y a urgence à céder de la place à la végétation en ville, poursuit Harold Levrel, également économiste écologique au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired).

"La nature va jouer un rôle croissant dans les villes où l'effet du réchauffement climatique, combiné à la densité de la population, se fait de plus en plus sentir. Les paysages urbains doivent être plus mixtes, plus diversifiés et les villes devenir des corridors écologiques."

700 ans, contre quelques décennies

Pourtant, en milieu urbain, l'espérance de vie d'un arbre est fortement réduite. Si, dans la nature, ils peuvent facilement devenir multicentenaires - en témoigne l'un des doyens français, le chêne de Saint-Jean en forêt de Compiègne, dans les Hauts-de-France, âgé de 750 ans - en milieu urbain, ils dépassent difficilement la poignée de décennies.

"Un arbre planté dans un sol tassé, pavé, sans place suffisante pour ses racines pousse deux fois moins vite, a moitié moins de feuilles et évapore quatre fois moins", explique à BFMTV.com Marjorie Musy, directrice de recherche au Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement.

Difficile pour ces arbres en stress hydrique, isolés, avec un faible accès aux nutriments et souvent contraints par le béton ou les canalisations de se développer.

"On considère qu'un arbre a besoin d'autant d'espace dans le sol que son houppier, c'est-à-dire sa couronne, ajoute Marjorie Musy. En plus, il lui faudrait une marge équivalente à deux fois ce volume sans aucune intervention."

Soit plusieurs mètres de profondeur et de largeur, chose impossible en ville alors que le sous-sol et les trottoirs sont déjà très occupés et régulièrement malmenés par les travaux.

Moins efficace en ville qu'en milieu naturel

Résultat: les arbres urbains sont souvent petits et faiblement efficaces. Un arbre planté par l'être humain fixe moins de dioxyde de carbone. Selon une étude britannique publiée l'année dernière, les forêts primaires capturent 40 fois plus de carbone que les arbres plantés. L'une des explications: un arbre ne fixe pas de carbone avant plusieurs décennies.

Pour la chercheuse Marjorie Musy, il est impératif de revoir la place de l'arbre en ville pour en faire une priorité en matière d'urbanisme.

"Planter des arbres de chaque côté d'une rue orientée est-ouest ne fait pas sens: l'une de ces rangées restera dans l'ombre. Il serait plutôt plus intéressant dans ce cas-là de planter une belle épaisseur d'arbres d'essences différentes d'un seul côté."

Quant à la question de leur irrigation, elle évoque l'installation de plantes basses à leur pied ou encore le choix de pavés perméables pour permettre aux arbres de bénéficier des eaux de ruissellement. Dernière précaution: choisir des espèces plus résistantes aux fortes chaleurs, comme l'acacia dans le Nord ou le micocoulier dans le Sud.

Préserver ceux qui existent 

D'autres estiment qu'il serait plus judicieux de préserver les arbres existants plutôt que de chercher à en planter de nouveaux avec des résultats incertains à long terme. "On continue d'abattre des arbres alors qu'ils ne sont pas malades ou ne représentent pas un danger, en dépit du code de l'environnement qui l'interdit, regrette Jonathan Guyot, de l'association All4trees. Un arbre, ce n'est pas du mobilier urbain." Et selon lui, la gestion des arbres dépasse largement le nombre d'individus que les candidats aux municipales promettent de planter.

"Si l'on prend l'exemple de Paris, l'empreinte forêt, c'est-à-dire la surface forestière nécessaire pour couvrir les besoins de consommation et de mode de vie des habitants de la capitale, c'est 75.000 hectares, soit sept fois la taille de Paris. Or, planter un arbre n'est pas un outil de dépollution."

C'est pour cela qu'il a formulé 22 propositions applicables localement, de l'utilisation du papier 100% recyclé à l'interdiction des agrocarburants pour les transports en commun, afin de préserver les forêts et limiter la déforestation. Bien au-delà des milliers ou dizaines de milliers de jeunes pousses qui pourraient être mises en terre dans les prochains mois.

Céline Hussonnois-Alaya