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Le bioéthanol: si mauvais qu'on le dit?

Les biocarburants sont aujourd'hui quasiment partout.

Les biocarburants sont aujourd'hui quasiment partout. - -

Bruxelles avait provoqué en octobre dernier un tollé de la la filière du bioéthanol. La Commission européenne souhaite désormais plafonner à 5 % la part des biocarburants de première génération dans les transports. Elle met en avant la question des changements d'affectation des sols. Corinne Lepage préconise, elle, dans son rapport remis ce mercredi, un plafonnement.

"Stopper tous les biocarburants ne réduira pas la famine dans le monde!" La filière préfère mettre les choses au clair: "La surface agricole consacrée à la production de biocarburants en France ne dépasse pas 0,6 % de la surface agricole utile à l'échelle mondiale nette de la production de coproduit pour l'alimentation animale." Chiffre avancé dans une étude menée par le cabinet Agrex Consulting à la demande de FranceAgriMer.

Et pourtant les opposants au bioéthanol ne cessent de brandir le bouclier "changement d'affectation des sols".

En avril 2012, l'INRA publie une étude dont la conclusion est claire: l’impact de ce changement d’affectation des sols (CAS) sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) est indiscutable. "Si des terres agricoles sont utilisées pour produire des agrocarburants, il faut trouver, ailleurs dans le monde, d’autres terres pour produire des aliments et potentiellement transformer des forêts, prairies ou tourbières en terres cultivées."

Problème d'affectation des sols

L'IPFRI avait livré les mêmes conclusions l'année précédente. Le fameux effet papillon.

Certains affirment également que le développement des plantations de palmiers à huile, souvent néfaste pour les forêts et l’environnement, doit être imputé aux biocarburants parce que ces derniers privent le marché alimentaire de ressources en huile, de colza notamment. C'est simple non?

A quand la deuxième génération?

La question est bien plus complexe: l’huile de palme a un coût avantageux, ces caractéristiques séduisent l'agro-alimentaire sans parler de l'exploitation croissante des bois tropicaux. Et que dire du réaménagement des zones côtières et du développement des zones urbaines (on réfléchit désormais à mettre des potagers sur les toits des immeubles).Ou encore des changements d'habitudes alimentaires et de l'artificialisation des sols. Il faut toujours éviter les raccourcis.

En revanche, beaucoup se mettent d'accord sur un point: utiliser des cultures destinées traditionnellement à l'alimentation soulève des questions. Beaucoup disent qu'il est temps d'avancer et de passer à la deuxième voire troisième génération. La filière tend aussi vers cette idée... Il est sûrement simpliste d'opposer la première à la deuxième génération. Les usines qui ont accueilli le colza ou la betterave pourront aussi recevoir des sources végétales non-alimentaires, comme la lignine et la cellulose. Les professionnels y travaillent à travers deux projets. En particulier Futurol. 74 millions d'euros ont ainsi été investis.

La filière en a donc assez d'être stigmatisée. Selon une étude publiée cette semaine de PWC, le bioéthanol représente au total 8.900 emplois en France dont 6.000 directs ou indirects. Et Bruno Hot, le président de la SNPAA d'ajouter: si nous cultivons aussi pour l'alimentaire, pourquoi ne pas se dire que cela pourrait servir dans une vingtaine d'années? Pourquoi anticiper une situation amenée à évoluer?

Les biocarburants sont quasiment partout. Le SP95-E10 carburant sans plomb contient 10 % d'éthanol. A l'horizon 2030 le nombre de voitures aura doublé dans le monde, surtout les pays émergents. Et de dire de l'aéronautique qui veut limiter ses émissions de gaz à effet de serre. Manger ou rouler faut-il vraiment choisir? La question reste ouverte.

Nathalie Croisé de BFM Business