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Gérer durablement les forêts en Afrique centrale

Des huttes de déplacés Zande dans une forêt du Congo.

Des huttes de déplacés Zande dans une forêt du Congo. - -

Ce mercredi 22 mai, c'est la journée internationale de la biodiversité. L'occasion de sensibiliser le grand public. Comment l'ensemble des milieux naturels et des formes de vie peuvent interagir. Notamment en forêt. L'AFD, l'Agence Française de Développement apporte des solutions.

Aujourd'hui ce sont encore 13 millions d'hectares de forêts qui sont détruits chaque année. La tendance diminue, mais il reste des efforts à mener. Un enjeu souligné ce mercredi, pour la journée internationale de la biodiversité.

Depuis 20 ans, l'AFD, l'Agence française de développement accompagne la gestion durable des forêts. 100 millions d'euros investis chaque année. Il y a Madagascar, le Kenya ou encore le Maroc. Mais l'agence se recentre aussi depuis quelques années sur le Bassin du Congo.

On parle souvent de l'Amazonie. Mais ces 220 millions d’hectares de forêt tropicale sont un autre poumon de la planète. Le bassin du Congo qui regroupe 6 pays est le deuxième massif forestier tropical du monde. Il abrite la plus importante biodiversité d’Afrique: près de 10.000 espèces de plantes, 400 espèces de mammifères, dont les fameux grands singes, et 1.000 espèces d’oiseaux. Les enjeux économiques sont lourds: le commerce des bois tropicaux représentent en moyenne 6 % du PIB.

La question est posée: est-ce que les concessions forestières octroyées à long terme à des organismes privés garantissent une meilleure conservation? Jean-Luc François, Responsable de la Division agriculture, développement rural et biodiversité à l’AFD répond oui sans hésitation. L'obligation de résultats pousse à agir et l'intérêt économique prime.

Des pays encore fragiles politiquement

Les contrats vont de pair avec des obligations de suivi. Évidemment une telle démarche ne se fait pas sans à-coups. Il y a quelques temps, Greenpeace critiquait l’habillage "durable" offert par le label FSC en montrant du doigt l'un des industriels du secteur Danzer à qui l’Agence française de développement prévoyait d’octroyer un prêt de plusieurs millions d’euros à taux réduit.

Jean-Luc François le souligne lui-même: que ce soit au Cameroun, au Gabon ou encore en République démocratique du Congo, la corruption persiste et des contre-pouvoirs sont nécessaires.

Autre axe de progression pour l'AFD: la dimension sociale. Dans beaucoup de pays, on dénombre une importante population autochtone. Il ne faut pas oublier que le Bassin du Congo est le premier fournisseur d’emplois privés. Il fait vivre à lui seul directement, 30 millions de personnes.

Des fondations pour la biodiversité

L'AFD n'axe pas sa stratégie que sur la préservation de ces aires forestières et aussi marines. Le développement de l'agriculture menace les forêts, même si la pression est moins forte en raison de la baisse des investissements. Pourquoi ne pas cultiver le cacao, le caféier, le palmier à l'huile ou encore l'hévéa dans une logique de conservation voire de restauration du milieu naturel? Les opérateurs forestiers, les populations locales, les pouvoirs publics, les sociétés de service, les banques et agences d’aide doivent pouvoir y travailler conjointement.

C'est pourquoi l'AFD met en avant la création de fondations. Des compagnies minières ou pétrolières pourraient y apporter leurs contributions. Une prise de conscience de l'impact de son action sur la biodiversité. C'est ainsi que La Fondation pour le Tri-national de la Sangha (FTNS) a vu le jour en 2007. Un fonds fiduciaire de conservation unique au monde. Une partie de son capital est apportée par la société privée allemande Krombacher (à travers la Regenwald Stiftung), aux côtés de la KfW, la banque publique d'investissement allemande et de l’AFD.

Ce fonds a également permis de renforcer le dialogue entre les trois pays avec notamment la création d’une Brigade Tri-nationale de Lutte Anti-Braconnage.

Nathalie Croisé de BFM Business