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Et si le local était la solution ?

"Made in local", de Raphaël Souchier (éditions Eyrolles)

"Made in local", de Raphaël Souchier (éditions Eyrolles) - -

L'idée fait progressivement son chemin. En ces temps difficiles, certains s'interrogent ouvertement sur la mondialisation. Pas question d'opposer ce qui se passe ailleurs aux actions à mener sur notre territoire. Il s'agit de trouver le juste équilibre. Certains y croient. C'est le cas de Raphaël Souchier qui a travaillé comme expert pour l’UNESCO, l’UNHCR et le Conseil de l’Europe. Il publie chez Eyrolles "Made in local".

Il y a quelques mois le "Made in France" fleurissait un peu partout. Arnaud Montebourg en marinière et des Français devenus soudain friands de nos productions locales. Nous en parlons moins.

Pourtant le local jouera un rôle central dans l'économie de demain. C'est du moins le point de vue de Raphaël Souchier, spécialiste des réseaux de coopération et des échanges d'expériences entre collectivités, universités et entreprises de l'Union Européenne. Il a étudié de près ce qui se passe aux États-Unis.

"Pendant des années, l'accent a été mis sur le global symbolisé par Wall Street, nous voyons que cela ne marche pas, il faut donc sortir d'une ère intellectuelle", explique-t-il. Le "localisme" a fait son chemin aux États-Unis à travers un réseau d’entrepreneurs, le BALLE (Business Alliance for Living Local Économies/Alliance d’Entreprises pour des Économies Locales Vivantes) regroupe 30.000 entrepreneurs indépendants, 80 réseaux locaux et représente 450.000 emplois. "C'est symbolique que des entreprises mettent l’intérêt public en avant et comprennent que redonner vie au tissu économique local est un enjeu aussi pour leur pérennité."

Performantes et rentables

Et Raphaël Souchier de citer l'économiste David Korten qui met en avant "une économie suicidaire": "Pourquoi exporter systématiquement notre production agricole à l’autre bout du monde, puis importer ce que nous consommons depuis les pays où nous avons exporté la nourriture produite ici? Comment avons-nous pu nous laisser faire cela?"

A l'inverse, Michael H. Shuman qui a pris part au mouvement Balle affirme que "Contrairement à une croyance largement véhiculée, bien qu’erronée, les études montrent que les petites entreprises - le plus souvent locales - sont globalement plus performantes, rentables et créatrices d’emplois que les grosses entreprises".

Et la France n'est pas en reste quand on regarde les chiffres: 61 % des entreprises locales indépendantes indiquent une progression de leurs revenus par rapport à 2010.

Oubliée la culture de la centralisation

Certains vont brandir le spectre de "l'isolationnisme", comme l'explique Raphaël Souchier quand on se sent agressé, le réflexe peut être de vouloir reprendre le contrôle. Plutôt que de se refermer, il faut savoir anticiper et innover. Ce qui est possible en France, le pays possédant des atouts pour cela. Certaines régions font preuve d'un grand dynamisme: c'est le cas de la Bretagne, du Nord Pas de Calais ou encore de la région Rhône-Alpes.

La France a un handicap aussi: sa culture de la centralisation. Mais devenir autonome en énergie ou faire en sorte de mieux concevoir ses produits pour mieux les recycler et en faire de nouveaux sont autant de clés pour progresser. Ces activités créent des emplois qui ne sont pas exportables.

Utopiste? Pour Raphaël Souchier, un mouvement est en marche, il suffit de regarder autour de nous. Et de dire en conclusion de "Made in Local": "ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique", entendait-on dire autrefois. Parmi les mille changements qui fondent l’émergence d’une conscience nouvelle, pourquoi ne pas décider tranquillement - et une fois pour toutes - que "seul ce qui est bon pour les humains et pour la vie est bon pour l’entreprise"?

Nathalie Croisé de BFM Business