BFMTV

En Polynésie, bientôt la première ville flottante au monde

Le projet de ville flottante "Floating City Project".

Le projet de ville flottante "Floating City Project". - Seasteading Institute

Le projet serait à la fois une prouesse technique, un laboratoire écologique grandeur nature et un manifeste architectural inspiré du "libertarisme". Il pourrait voir le jour à l'horizon 2020.

L'utopie flottante du Seasteading Institute prend forme. L'association a posé en janvier un premier jalon pour la construction d'une ville artificielle maritime, ancrée au large des côtes polynésiennes. Un protocole d'entente a été signé le 13 janvier entre la Polynésie française, représenté par son président Edouard Fritch (successeur de Gaston Flosse) et le directeur exécutif de l'association Randolph Hencken, à San Francisco. Le projet consiste à développer à l'horizon 2020 un ensemble d'habitations flottantes censées être écologiquement autonomes.

Un prototype évalué de 30 à 50 millions de dollars

Selon l'évaluation relayée par Tahiti-infos.com, le prototype du "Floating Island Project" pourrait coûter de 30 à 50 millions de dollars. Selon un communiqué de Seasteading, la "ville" se composerait de "deux ou trois plates-formes flottantes" reliées entre elles et ancrées au fond "des eaux calmes du lagon".

>> Ci-dessous une présentation du projet

Ces logements, échoppes, fermes aquacoles centres de recherche seront conçus pour minimiser l'impact écologique. Ainsi, comme le précise Ouest-France, la population de ces îlots artificiels produiront leur propre énergie et traiteront eux-mêmes leurs déchets. Cette première ville accueillerait entre 250 à 300 résidents, pour commencer.

Les libertariens à la manœuvre

Qui sont les financeurs de cet étonnant projet? Peter Thiel, fondateur de la plate-forme de paiement en ligne PayPal et l'activiste Patri Friedman, petit fils de l'économiste libéral Milton Friedman. Les deux hommes ont en commun d'être libertariens, autrement dit et, pour simplifier, des libertaires ultralibéraux. Ce projet d'îles flottantes est pour eux une manière d'ériger un endroit où les règles et contraintes étatiques ne passent pas le seuil de la porte. Les mots d'ordre sont ici liberté et dérégulation. Ce mouvement politique anti-politique connaît un certain succès d'estime aux Etats-Unis, porté notamment par Ron Paul, ancien représentant républicain du Texas qui fut candidat à la présidentielle de 1988 pour le Parti libertarien.

Richissime, puisqu'il a revendu PayPal quatre ans après sa création pour 1,5 milliard de dollars, Peter Thiel adhère à cette vision du monde. Déjà en 2009, rappelle La Tribune, il exposait au sein du think tank libertarien Cato Institute, ses vues pour le projet d'îles:

"Entre le cyberespace et le cosmos, se trouve la possibilité de s'installer dans les océans. Dans mon esprit, la question de savoir si les gens vivront ici (ndlr: sur terre) est secondaire par rapport à l'arrivée des technologies permettant de faire des habitats flottants (...) Nous sommes arrivés au stade où le projet est économiquement faisable ou le sera bientôt. C'est un risque réaliste, et c'est pour cette raison que j'ai supporté avec enthousiasme ce projet."

Pour autant, tous ne partagent pas l'engouement pour le projet. L'ancien ministre polynésien du tourisme Marc Collins a ainsi dit au quotidien The Guardian que "les Tahitiens en ont assez d'entendre parler de méga-projets qui ne mènent nulle part". Et d'ajouter: "Il y a une prédisposition de la population à être prudente."

David Namias