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Comment le gouvernement tente de séduire les chasseurs

Manifestation de chasseurs favorables à la chasse à la glu, le 12 septembre 2020 à Prades

Manifestation de chasseurs favorables à la chasse à la glu, le 12 septembre 2020 à Prades - RAYMOND ROIG © 2019 AFP

Le gouvernement a choisi d'aller à l'encontre de l'avis du Conseil d'Etat en ouvrant la voie à la ré-autorisation de certaines chasses traditionnelles.

Assiste-t-on à une manœuvre politique de l'exécutif vis-à-vis des chasseurs? À quelques mois de la présidentielle, le gouvernement voudrait ré-autoriser certaines chasses traditionnelles jugées illégales début août par le Conseil d'Etat. Un choix qui pose question, alors que plusieurs milliers de chasseurs sont attendus dans les rues pour manifester ce samedi dans le Sud-Ouest.

Dans les Landes, Patrick et son fils Maxime, 28 ans, chassent l'alouette depuis des années. Une tradition familiale, remise en question par la décision du Conseil d'Etat, et qu'ils comptent bien contester:

"Ça me met un peu la larme, j'ai commencé à chasser l'alouette avec mon grand-père quand j'avais 4-5 ans. On ne peut pas faire n'importe quoi, ce sont des chasses très encadrées, on a des quotas de prélèvement, on est surveillés tout le temps", assure Patrick, également président d'une association de chasse.

"Foutez-nous la paix"

La décision les indigne aujourd'hui, mais ils pourraient bien trouver satisfaction du côté...du gouvernement. C'est par une consultation en ligne que l'exécutif a ouvert la voie ce mercredi à la ré-autorisation de certaines techniques de chasse d'oiseaux, comme la chasse à l'alouette dont il est question dans les Landes avec Patrick et son fils.

"Nous ce qu'on dit, c'est 'foutez-nous la paix'", lance Thierry Coste, conseiller de la Fédération nationale des chasseurs. "Mais on le dit au Conseil d'Etat, parce que le gouvernement souhaite que nous puissions chasser, puisque nous avons un cadre qui est extrêmement précis."

Forcément, du côté des associations de protection animale, et des oiseaux en particulier, on a un tout autre avis. Et la décision du gouvernement ne passe pas. Pour le président de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg, ces chasses, qui se font parfois au moyen de filets ou de cages, sont avant tout cruelles.

"Elles génèrent vraiment une souffrance odieuse pour les oiseaux. Et en plus, elles s'ajoutent aux contraintes qui conduisent certaines espèces au déclin", assure le président de l'association, avant de conclure: "Ce sont des pratiques d'un autre temps. Aujourd'hui il faut que ça cesse, ce n'est plus acceptable."

"Monnaie d'échange électoraliste"

Mercredi déjà, juste après l'annonce gouvernementale de cette nouvelle consultation sur les chasses traditionnelles, la LPO n'avait pas manqué de réagir par communiqué. L'association y rappelait que plusieurs parlementaires des Landes avaient publiquement apporté leur soutien aux chasses traditionnelles avant d'affirmer que "le gouvernement réduit la biodiversité à une monnaie d'échange électoraliste.

Dans la même veine, on peut lire sur le compte Twitter de la LPO qu'Emmanuel Macron "marchande la biodiversité pour satisfaire les chasseurs qui vont manifester samedi".

En effet, plusieurs manifestations de chasseurs sont attendues ce samedi dans le Sud-Ouest du Pays. Selon la préfecture des Landes, des milliers de chasseurs et représentants du monde rural des régions Nouvelle Aquitaine et Occitanie devraient défiler dès le matin dans les rues de Mont-de-Marsan pour protester contre la décision du Conseil d'Etat. Une autre manifestation devrait également avoir lieu le même jour à Amiens.

La consultation du ministère de la Transition écologique rendra elle son verdict le 6 octobre pour savoir si oui ou non, ces chasses traditionnelles seront à nouveau autorisées en France.

Louis Augry