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Amazonie: comment lutte-t-on contre des incendies de grande ampleur?

Des soldats boliviens luttent contre un feu de forêt dans le parc national d'Otuquis, le 26 août 2019.

Des soldats boliviens luttent contre un feu de forêt dans le parc national d'Otuquis, le 26 août 2019. - Aizar Raldes - AFP

Les feux ravageant l'Amazonie depuis plusieurs semaines se trouvent parfois dans des endroits difficiles d'accès, où la densité de la végétation au sol rend la progression des pompiers compliquée.

Comment lutter contre un feu ravageant des milliers d'hectares depuis des semaines? Si le ministre brésilien de la Défense a assuré que la situation n'était "pas simple mais sous contrôle", plus de 1000 nouveaux départs de feu ont été recensés rien qu'au Brésil dimanche.

Ces incendies de grande ampleur sont facilités par la déforestation, accélérée sous le gouvernement du président d'extrême droite Jair Bolsonaro qui encourage les cultures et l'élevage bovin en Amazonie. Afin de rendre les terres exploitables pour l'élevage ou les cultures, certains agriculteurs coupent et/ou brûlent la forêt.

Vendredi dernier, face à la mobilisation des Brésiliens et l'écho mondial de la catastrophe, le chef de l'Etat a autorisé le déploiement de l'armée afin de lutter contre les incendies, alors même qu'il avait déclaré plus tôt ne pas en avoir les moyens. Deux bombardiers d'eau ont été envoyés et plus de 40.000 soldats mis à la disposition des Etats brésiliens touchés par les incendies. Au moins 2500 militaires ont été déployés, même si le nombre réel reste flou.

Si le Brésil a refusé l'aide du G7 - mais accepté celle d'Israël et de l'Equateur -, "les pays d'Amazonie ont besoin d'urgence de brigades de sapeurs pompiers et d'avions spécialisés bombardiers d'eau", a déclaré de son côté le président chilien Sebastian Piñera.

"C'est très difficile de progresser sur le terrain"

Il faut dire que la tâche est dantesque. "Sur le terrain, c'est déjà très difficile de progresser", illustre auprès de BFMTV.com le capitaine Eric Brocardi. "La végétation comporte une strate arbustive extrêmement haute et une strate végétale très basse, le tout étant très dense", poursuit le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. 

"On a affaire à la fois à un feu en sous-bois, sous les arbres, et à un feu de cimes", poursuit-il. Les moyens aériens comme les Canadair restent efficaces même si le taux de pénétration de l'eau est de plus en plus faible vers le sol. 

Parfois, rien que le fait d'accéder aux foyers des incendies est compliqué. "Il s'agit de combattre des centaines de feux en simultané, au-delà de tout réseau, le tout étendu sur des milliers de kilomètres", explique au Washington Post Douglas C. Morton, spécialiste des sciences de la Terre à la Nasa.

En France, des pistes entretenues notamment par l'Office national des forêts permettent le plus souvent de circuler et d'accéder aux foyers d'incendies, voire même de les encercler. En Amazonie, le territoire est bien plus vaste et sauvage. 

Des endroits inaccessibles

Une possibilité dans ce cas-là est "d'essayer de travailler par déboisement" et de transporter les pompiers "sur le terrain, au plus près du feu", avance le capitaine Eric Brocardi. C'est notamment là que peuvent être utiles les militaires, en plus d'un relais et d'un soutien au sol. 

Parfois, pour arrêter un feu, il faut en allumer un autre. "Encore faut-il connaître la technique du contre-feu", développe le porte-parole auprès de BFMTV.com. Il s'agit d'enlever au feu son combustible et d'allumer un foyer maîtrisé pour détruire la végétation. Quand le feu d'origine atteindra ce "vide" de bois, il n'aura plus rien pour progresser. 

Dans le même esprit, la création d'une "draille", une ligne déboisée au milieu d'un incendie ou de la forêt enlève au feu son combustible. Elle peut même être créée en prévention, comme dans de nombreux bois français. 

Les animaux aussi peuvent propager le feu

Toutes ces techniques permettent de lutter contre un incendie déjà déclaré ou sa propagation. A condition toutefois de faire attention aux conditions météorologiques, notamment au sens et à la force du vent. Une brindille ou même un animal peuvent porter le feu à des centaines de mètres et créer de nouveaux foyers. 

D'autres incendies sont à prévoir, prévient dans le Washington Post une des responsables de l'ONG Amazon Environmental Research Institute. Environ 1570km² de bois ont été coupés en juillet et n'ont pas encore été brûlés, relève Ane Alencar, qui s'attend à un pic de feux en septembre.

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique a mobilisé des policiers afin de lutter contre la déforestation illégale de l'Amazonie, mais Jair Bolsonaro est accusé d'inciter les fermiers à continuer de brûler pour nettoyer les terres. 

Liv Audigane