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Pourquoi l'Europe doit redevenir un poids-lourd sur le marché des puces

La pénurie de puces électroniques qui affecte la production de Renault, Peugeot, Citroën et de nombreux autres constructeurs automobiles montre à quel point les industriels européens sont devenus dépendants de la production asiatique. Pourtant, il y a 30 ans, l'Europe dominait sur ce marché.

Depuis quelques jours, les usines de Renault, de Peugeot et de Citroën ne peuvent plus tourner à plein régime. Comme leurs concurrents, allemands, américains et asiatiques, les constructeurs automobiles français font face à une pénurie de puces électroniques.

Certains d’entre eux ont été obligés de stopper la production d’une partie de leurs modèles, d’autres ont simplement réduit leur rythme de production. C’est le cas par exemple de Stellantis, contraint de mettre à l’arrêt plusieurs jours par semaine, les chaînes d’assemblages dans ses usines de Sochaux et de Rennes, où sont notamment produits les Peugeot 308, 3008 et 5008, la Citroën C5 et la DS 5.

Pour les producteurs de puces, les constructeurs auto ne sont pas prioritaires

Si les constructeurs automobiles ont du mal à se faire livrer ces composants de plus en plus présents dans les véhicules qu’ils produisent, c’est parce qu’ils ont mal anticipé l’évolution de leurs ventes. La reprise, au niveau mondial, qui a été plus rapide qu’ils ne l’avaient prévue. Ils ont donc été pris au dépourvu. Or ils ne sont pas les seuls à passer commande. Cela fait des mois, que les principaux clients des fabricants de puces augmentent le niveau de leurs commandes. Et comme les constructeurs automobiles ne sont pas les plus gros acheteurs, ils ne sont pas prioritaires.

Deux principales causes expliquent cette pénurie de semi-conducteurs La première est directement liée à la pandémie de covid-19. Partout dans le monde, la demande de produits électronique grand public a augmenté. Comme on télétravaille davantage, les ventes de PC ont rebondi en 2020. La tendance est identique sur le marché des consoles de jeu. 2020 a aussi été l’année de l’essor de la 5G. Deuxième responsable de cette pénurie: la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. De nombreux constructeurs chinois ont fait l’an passé des stocks de précaution. A commencer par Huawei.

Taïwan, champion mondial

Car la Chine est loin d’être le leader mondial des puces électroniques. Avec ses 15% de la production mondiale, elle est, selon les données collectées par Boston Consulting Group, largement devancée par Taïwan (22%), fidèle allié des Etats-Unis et par la Corée du Sud (21%) qui, elle, doit fournir ses propres champions de l’électronique grand public (Samsung et LG) et ses constructeurs automobiles (Hyundai et Kia). Mais Pékin avance ses pions pour devenir auto-suffisant d’ici quelques années.

Et c’est là qu’on comprend mieux l’enjeu pour la décennie à venir. En 1990, l’intégralité de la production mondiale de semi-conducteurs était assurée par l’Europe (44%), les Etats-Unis (37%) et le Japon (19%). En 30 ans, alors que le Japon (13% de la production mondiale en 2020) est à peu près resté dans la course, les Etats-Unis (12%) et l’Europe (9%) ont clairement lâché prise, devenant en partie dépendant de l’Asie. Une dépendance dont on mesure le danger avec les effets de cette pénurie. Les constructeurs américains et européens se seraient bien passés d’avoir à réduire leur production de voiture après le trou d’air de 2020.

Etats-Unis et Europe veulent recouvrer leur souveraineté

Les Etats-Unis ont été les premiers à vouloir recouvrer leur souveraineté technologique. En juin dernier, Une aide fédérale de près de 23 milliards de dollars a ainsi été accordée aux producteurs américains de semi-conducteurs pour qu’ils relancent le "made in America".

Et l’Union européenne? Avec un peu de retard sur les Américains, elle commence à bouger. En décembre dernier, treize pays, dont la France et l’Allemagne, ont annoncé leur intention d'unir leur force pour réduire la dépendance européenne et disposer de technologies avancées dans le domaine des semi-conducteurs. Près de 145 milliards d’euros pourraient être investis en commun grâce aux plans de relance européens.

Une priorité pour Agnès Pannier-Runacher. Invitée ce mercredi de BFM Business, la ministre de l’Industrie a assuré que la France "était en train de discuter avec la Commission européenne pour remettre de l’argent dans cette filière".

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco