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Semi-conducteurs: la France, l'Allemagne et 11 autres pays européens s'unissent

Une tranche de silicium

Une tranche de silicium - -

Face à la domination américano-asiatique sur ce marché ultra-stratégique, l'UE lance (un peu tard) une offensive pour retrouver un peu de souverainté en la matière.

Ordinateurs mais aussi smartphones, tablettes, objets connectés, voitures autonomes et électriques, domotique et même jouets..., les semi-conducteurs sont partout et sont le cerveaux de tous ces objets du quotidien.

Mais force est de constater qu'une fois encore, l'Europe, a raté le train. Les champions européens comme STMicroelectronics se comptent désormais sur les doigts de la main et les acteurs ayant une forte spécificité et empreinte comme le britannique ARM se font racheter.

Il faut dire que la concentration dans le secteur est plus forte que jamais (dernière en date, l'américain AMD va débourser 35 milliards de dollars en actions pour s'emparer de son compatriote Xilinx).

BDe quoi encore consolider la domination américano-asiatique sur ce marché avec aux premières places en 2019: Intel (USA), Samsung (Corée du Sud), TSMC (Taiwan), SK Hynix (Corée du Sud) et Micron (USA). Le premier européen est STMicroelectronics à la 12e place devant ses compatriotes Infineon et NXP.

L'Europe: une part de marché de seulement 10%

L'Europe est ainsi de plus en plus dépendante d'importations des Etats-Unis ou de pays asiatiques. Elle ne détient que 10% d'un marché mondial évalué à 440 milliards d'euros.

Face à ce constat, la France, l'Allemagne et 11 autres pays européens, ont annoncé lundi leur volonté d'unir leurs forces dans les puces électroniques et les semi-conducteurs, considérés comme un enjeu de souveraineté face aux Etats-Unis et à l'Asie.

Ces Etats de l'UE, qui incluent aussi l'Espagne, l'Italie, la Belgique et les Pays-Bas, s'engagent à investir en commun dans ces technologies "à travers toute la chaîne de valeur", en mobilisant les principaux acteurs du secteur en vue d'une "future alliance industrielle", selon une déclaration commune.

Les 13 signataires, qui invitent l'ensemble des pays de l'Union européenne à les rejoindre, entendent également travailler à l'établissement de standards communs pour des technologies électroniques sécurisées.

L'objectif est "d'établir des capacités européennes avancées dans la conception et la production de puces", ont-ils expliqué.

145 milliards d'euros pour les technologies numériques

"Nous avons besoin de renforcer la capacité de l'Europe à développer les processeurs et semi-conducteurs de prochaine génération", ont souligné les 13 signataires qui espèrent pouvoir mobiliser une partie des fonds du plan de relance européen.

Il est prévu que 20% de ce plan soit consacré aux technologies numériques, soit jusqu'à 145 milliards d'euros sur les trois prochaines années.

La coopération prévoit de "mettre en commun des investissements et coordonner les actions des acteurs publics et privés". Il s'agit de "créer des synergies entre les initiatives de recherche nationale (...) et d'assurer une approche européenne cohérente à une échelle suffisante".

Le commissaire européen en charge du Marché intérieur et du Numérique, Thierry Breton, a salué "un bond en avant important". Cette initiative "va poser les bases d'une alliance industrielle", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Trop tard?

"Une approche collective peut nous aider à tirer parti de nos forces et à saisir de nouvelles opportunités alors que les puces électroniques avancées sont de plus en plus importantes pour la souveraineté numérique de l'Europe et sa stratégie industrielle", a ajouté Thierry Breton.

Reste la question qui fâche: n'est-ce pas trop tard? Pour Jean-Marc Chéry, patron de STMicroelectronics, "il y a une prise de conscience collective indéniable. Mais il faut aller vite, sinon, demain, après avoir financé notre économie en général, nos banques centrales devront sauver directement nos industriels fragilisés par le manque de débouchés", cité par Les Echos. D'autant plus que certains pays comme la Chine entendent se développer très vite en matière de production de puces et pourrait à terme appliquer des mesures restrictives aux producteurs étrangers dont les européens.

Et de prévenir: "Nous aider à financer notre R&D comme le font à des niveaux très importants les Coréens, les Chinois ou les Américains ne sera pas suffisant si nous n'avons plus accès à des marchés mondiaux. Notre mission, à nous, industriels, c'est de sentir les tendances, d'anticiper, de nouer les bons partenariats, de choisir les bonnes priorités, de recruter les bons talents".

Olivier Chicheportiche avec AFP