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Villes en –court, –heim, –ac, d'où viennent ces terminaisons communes?

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CARTES - Les noms donnés aux communes dans le nord-est et le sud-ouest de la France sont radicalement différents. L'Alsace concentre beaucoup de terminaisons en -heim, tandis que le suffixe -ac est très répandu en Occitanie. Plongée dans l'histoire de la toponymie française.

Avez-vous remarqué que dans certaines régions les noms des villes avaient tendance à finir tous de la même manière? Schiltigheim, Bischheim, Rixheim en Alsace, Mérignac, Pessac, Aurillac en Occitanie, Hayange, Florange, Talange en Lorraine, chaque région possède sa sonorité particulière. Mais d’où viennent ces suffixes communs à de nombreuses communes françaises?

La toponymie est la science qui étudie l'histoire derrière le nom des lieux. Une grande majorité des communes françaises ont été créées durant la période mérovingienne. La Gaule était alors partagée entre les Francs, les Wisigoths et d'autres envahisseurs barbares. Pour certains linguistes, c'est cette séparation des territoires qui explique une telle différence de toponymie entre le nord-est et le sud-ouest de la France.

Villes se terminant en -ville

Lors des invasions barbares germaniques et scandinaves, les communes ont été rebaptisées en fonction du nom du propriétaire, suivi par le mot latin villa (la ville). Il est ainsi devenu le suffixe le plus présent en France métropolitaine. Thionville, Alfortville, Granville, 1130 communes partagent ce même toponyme.

Villes se terminant en -court

Dans le royaume des Francs, les domaines ruraux s’appelaient curtis (la cour de ferme), expliquant l'abondance de cette terminaison dans le nord-est de la France. Suivant le même schéma, de nombreux villages ont le pris le nom de leur fondateur suivi de -court: Mirecourt, Heillecourt, Gondecourt.

Villes se terminant en -ac

En Occitanie, les terminaisons en -ac sont très fréquentes. Ce suffixe vient du gaulois -acos, le lieu, l'espace. Associé à une personne, il marque la propriété, "le territoire de Roger", mais il peut également être utilisé pour signifier "l'endroit du Mont".

La forme -nac, ou -gnac revient régulièrement dans les provinces du Midi envahies par les Wisigoths. En effet, beaucoup de noms de familles germaniques se terminent par -in. Avec l'ajout de la marque de propriété, cela a donné Mérignac, Carnac ou encore Rognac.

Villes se terminant en -heim

En Alsace, la densité des villes qui finissent en -heim est impressionnante. 24% des communes des deux départements du Rhin partagent cette terminaison. Dans la région voisine, la Lorraine, il n’y a pourtant qu'une quinzaine de noms en -heim.

En allemand, heim veut dire le hameau, le village, le foyer. On retrouve également une centaine de communes en -willer dans la région, l'équivalent de ville en allemand. Ces toponymes datent de l’époque du grand défrichement des forêts gauloises par les peuples germaniques au Ve siècle. 

Villes se terminant en -ange et -ing

La terminaison en -ange de nombreuses communes de Moselle est un autre vestige des invasions germaniques dans l'est de la France. C'est un dérivé du suffixe germanique ing qui désigne un village. Après le démembrement du royaume franc d’Austrasie au VIIIe siècle, les noms de villages se terminant en -ing ont été francisés en -ange, ce qui a donné Florange, Hagondange ou encore Hayange. Cependant, dans le Nord-Pas-de-Calais et en Moselle ils restent encore de nombreuses villes en -ing non francisé.

Villes se terminant en -argues

Très présents dans le Languedoc Roussillon, les suffixes -argues et -ergues sont une transformation linguistique du latin -anicis, le petit domaine. Les communes finissant ainsi sont d'anciennes propriétés romaines.

Emeline Gaube