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Mort de l'artiste contemporain Christian Boltanski

Christian Boltanski en 2016.

Christian Boltanski en 2016. - Julio Cesar Aguilar / AFP

L'artiste plasticien Christian Boltanski vient de mourir ce 14 juillet à l'âge de 76 ans.

Photographe, sculpteur, cinéaste, plasticien, l'artiste Christian Boltanski, célèbre pour ses installations, vient de mourir à l'âge de 76 ans.

"Oui il est mort ce matin à l'hôpital Cochin (à Paris), où il était depuis quelques jours. Il était malade. C'était un homme pudique, il a caché les choses aussi longtemps qu'il a pu", a déclaré à l'AFP Bernard Blistène, ancien directeur du musée d'art moderne au centre Pompidou, confirmant une information du journal Le Monde.

Fils d'un médecin juif d'origine russe, Christian Boltanski était né en 1944, alors que sa mère, après un faux divorce, avait caché son père dans un réduit de l'appartement familial, comme l'a raconté son neveu, l'écrivain Christophe Boltanski dans La Cache en 2015.

Il grandit dans une famille très marquée par l'holocauste, ultra-fusionnelle, et quasi-recluse, dans un appartement du VIIe arrondissement, entre ses parents et ses deux frères, Luc Boltanski, devenu sociologue et Jean-Elie Boltanski, devenu linguiste.

L'art lui permet alors de s'évader un peu. "Je ne suis sorti seul dans la rue qu'à 18 ans. Mais je passais mes journées à peindre", livrait-il ainsi à France Culture en février dernier.

"Il n'y a pas de normalité"

"Je crois beaucoup qu'on peut être différent et heureux, et que ce qui compte, c'est d'arriver à tenir, même dans la folie. Il n'y a pas de normalité, disons".

Peintre autodidacte et prolifique, il expose également des installations à base d'objets hétéroclites, réalise des films courts, des photos, des sculptures. Parmi ses projets les plus iconoclastes, l'artiste avait compilé sur une île japonaise les battements de 75.000 coeurs, vendu sa vie en viager à un collectionneur en Tasmanie et tenté de parler avec les baleines de Patagonie.

Son œuvre explore l'absence, mais aussi la mémoire, et est très marquée par la Shoah.

"Je raconte toujours la même chose. Pour moi, mais je pense que c'est comme ça pour tous les artistes, il y a un trauma de départ, et après ça toute sa vie, on va essayer de parler de ce trauma ou de s'en guérir", livrait-il encore à France Culture.

L'artiste à la renommée internationale partageait depuis 1969 la vie de la plasticienne Annette Messager.

En 2020, le Centre Pompidou lui avait consacré une rétrospective, intitulé Faire son temps conçue comme une gigantesque œuvre unique. On pouvait ainsi y voir l'une de ses installations à base de photographies (Les 62 membres du Club Mickey en 1955, en 1972 ), de boîtes (Réserve des Suisses morts ). "L'enfance n'est jamais loin, la mort n'est jamais loin", soulignait Bernard Blistène, commissaire de l'exposition, évoquant l'œuvre protéiforme de Christian Boltanski.

"C'est une très grande perte, a déclaré Bernard Blistène à l'AFP. Il aimait par-dessus tout cette transmission entre les êtres, par des récits, par des souvenirs. Il restera comme un des plus grands conteurs de son temps. C'était un inventeur incroyable".

Magali Rangin