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Marcel Marceau : « Charlot était mon maître »

Plus qu'un air de ressemblance entre Charlot et le mime Marceau

Plus qu'un air de ressemblance entre Charlot et le mime Marceau - -

Marcel Marceau est mort à l’âge de 84 ans. Il y a dix ans, le célèbre mime revenait pour RMC sur son admiration envers Charlie Chaplin.


Qu’est-ce qui est à l’origine de Bip, votre personnage fétiche ?
Marcel Marceau : Le personnage de Bip est sorti de mon enfance, de l’admiration que j’avais pour Charlot. Il y a une influence du Pierrot, c’est pour ça que Bip a gardé le Pierrot blanc pas pour jouer comme Pierrot mais pour garder la mémoire de cette époque des funambules où Pierrot était un personnage populaire – comme Charlot – mais au théâtre.

Connaissiez-vous personnellement Charlie Chaplin ?
M. M. : J’ai rencontré Charlie Chaplin en 1967 alors que je devais tourner Barbarella avec Roger Vadim et je faisais ma rentrée au Théâtre des Champs Elysées à Paris. Moi j’avais la quarantaine, lui avait 78 ans, et malheureusement on ne le reconnaissait plus. Personne ne l’avait remarqué à Orly où je l’ai rencontré et j’étais avec mon neveu qui m’a dit : « Tu sais Charlot te regarde ». J’ai dit « Ne raconte pas d’histoires, pourquoi il s’intéresserait à moi » ; il était avec ses petits enfants. En effet, il était en train de me regarder, il était à cent mètres de moi. Et je suis allé le rencontrer… ça a été une rencontre mémorable, extraordinaire. Avant de partir, j’ai pris sa main, je l’ai serré, et quand j’ai embrassé sa main vraiment avec toute mon âme, j’ai vu… des larmes sur son visage. Il a eu une grande émotion aussi.

Comment définiriez-vous votre style ?
M. M. : Je vous donne un exemple : quand je lutte contre le vent, je deviens tempête. Parce qu’on voit le vent vraiment, parce je l’assume avec mon corps. Et quand je mime un poisson je me jette dans la mer… c’est une image bien-sûr. Le mime doit montrer dans l’espace l’invisible et le rendre visible au spectateur et non pas de faire une devinette.

Est-ce qu’un jour vous arrêterez le mime ?
M. M. : En toute sincérité personne n’est éternel, mais tant que j’aurai la force, la jeunesse du corps que j’ai pour continuer, je continue. Le jour où je sens que je suis moins fort je m’arrêterai. Mais je sais qu’il y aura une continuité, parce que grâce à mon école et à ma troupe cette continuité est déjà assurée.

Véronique Rosa-Donati