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Les 30 ans du musée d’Orsay célébrés en BD

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- - 2017 Futuropolis/Musée d'Orsay Stéphane Levallois

ENTRETIEN - Le dessinateur Stéphane Levallois signe Les Disparues d’Orsay, une BD qui célèbre le musée parisien à l’occasion de son trentième anniversaire.

Il y a trente ans, le 9 décembre 1986, le Musée d’Orsay ouvrait ses portes au public. Dans ce temple parisien de l’impressionnisme sont exposés des chefs-d’oeuvre comme Le Déjeuner sur l’herbe de Manet, L’Origine du monde de Gustave Courbet ou encore la Série des Cathédrales de Rouen de Monet. A l’occasion de cet anniversaire, les éditions Futuropolis éditent en collaboration avec le musée une bande dessinée, Les Disparues d’Orsay, imaginée par Stéphane Levallois.

Lorsque Stéphane Levallois ne travaille pas sur ses projets personnels de BD, il réalise des storyboards et des concept designs pour les blockbusters hollywoodiens. Il a récemment collaboré avec Ridley Scott pour Alien Covenant et les monstres qu’il a dessinés sont apparus dans Kong: Skull Island. Il apparaîtra prochainement au générique d’un blockbuster très attendu "avec de très gros dinosaures". BFMTV.com a pu s'entretenir avec lui. Il nous explique les coulisses de sa BD consacrée au temple parisien de l’impressionnisme.

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- © 2017 Futuropolis/Musée d'Orsay Stéphane Levallois

La genèse du projet

"C'est mon éditeur qui m’a proposé le projet. Il m’a montré un autre livre de la collection, Moderne Olympia de Catherine Meurisse, qui m’a beaucoup plu. Généralement, quand on me propose un projet et que des sillons ont déjà été creusés, j’essaye de ne pas les visiter, car j’ai très peur d’être influencé et de retomber dans les mêmes thèmes. La commande, c’était que le héros du livre devait être le musée d’Orsay et ses œuvres. Je m’y suis rendu. Là-bas, ce qui m’a sauté aux yeux, c’est qu’il y a énormément de modèles féminins sur les tableaux. Je me suis alors demandé ce que deviendrait le musée si on enlevait les femmes des tableaux. Avant, j’ai eu une première idée, qui a été refusée par l’éditeur. C’était un rêve que j’avais fait: je suis dans le musée. Je sens qu’il se passe quelque chose d’étrange. Je sors et je me réfugie dans un jardin situé à côté. Quand je retourne dans le musée, je découvre un carnage. Tous les gens qui étaient là avaient été massacrés. Il y a du sang partout. Je comprends alors ce sont les personnages des tableaux que ce sont les auteurs de ce massacre."

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- © 2017 Futuropolis/Musée d'Orsay Stéphane Levallois

Multiplier les techniques graphiques

"J’ai découpé l’album assez rapidement, d’un seul trait, en une semaine. Je n’ai fait aucune retouche. J’ai enlevé deux planches au tout début où le commissaire d’exposition explique au gardien que tout doit être parfait dans le musée pour la fête du trentenaire le soir. Mon éditeur m’a dit que ce n’était pas indispensable. Pour Les Disparues d'Orsay, j’ai beaucoup pensé à une BD qui m’a bouleversé adolescent: La Tour de François Schuiten et Benoît Peeters, un album en noir et blanc où le personnage pénètre dans un tableau et voit la couleur pour la première fois. C’est ça aussi, Les Disparues d'Orsay: la conjonction de deux mondes, un monde d’aquarelles et d’encre à la chine, très classique, à la couleur directe, et puis un monde de tableaux où l’on tend vers l’impressionnisme et où l’on se retrouve avec des matières très épaisses. J’ai essayé d’être le plus proche possible du rendu pictural des œuvres d’origine. Pour cela, j’ai utilisé un enduit, le gesso, qui permet de préparer n’importe quel support et d’obtenir des matières très lourdes, un peu comme du crépi."

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- © 2017 Futuropolis/Musée d'Orsay Stéphane Levallois

Les peintres, nos super-héros

"Notre culture est nourrie aux super-héros, aux comics et aux blockbusters américains. Cet album, c’est une manière de dire que, nous aussi, nous avons nos super-héros. Nous aussi, nous avons nos Hulk, nos Iron Man… Un Diablo, ça peut très bien être un Henri Toulouse Lautrec, un Magnéto un Seurat et un Iron Man un Picasso. Je voulais faire ce clin d’oeil pour dire que nos héros, notre culture, ce sont nos peintres. C’est notre patrimoine."

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- © 2017 Futuropolis/Musée d'Orsay Stéphane Levallois

Hommage à 2001, l’Odyssée de l’espace

"Mon livre n’est pas très réfléchi. Je crois vraiment à la spontanéité dans le dessin. Ce sont mes premières idées, mes premières intuitions qui m’ont guidé. Il y a une huitaine de références cinématographiques dans l’album. Pour moi, les deux plus grands films sont La Jetée de Chris Marker et 2001 de Stanley Kubrick. Bien sûr, cette planche, c’est du copier-coller de 2001. Lors de mes repérages au musée d’Orsay, je me suis demandé quels décors pouvaient me servir pour refaire 2001 au Musée d’Orsay."

Les Disparues d’Orsay, Stéphane Levallois, Futuropolis/Musée d’Orsay, 80 pages, 19,50 euros.

Jérôme Lachasse