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Hommages émus à Sœur Emmanuelle

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PPDA, Pierre Lunel ou encore Catherine Alvarez sont revenus dans Bourdin&Co sur leurs rapports avec Sœur Emmanuelle, disparue aujourd’hui à l’âge de 99 ans.

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Sœur Emmanuelle est décédée ce lundi 20 octobre à l'âge de 99 ans à Callian dans le Var où elle résidait depuis 1993. Née le 16 novembre 1908 à Bruxelles, Madeleine Cinquin de son vrai nom, a renoncé à une vie aisée pour se consacrer aux plus démunis. Son combat la mena notamment au Caire en Egypte où elle vécut parmi les chiffonniers.

François Cavalier, maire de Callian, raconte comment sa ville a accueilli Sœur Emmanuelle : « elle était à Callian depuis près de 20 ans. Les premières années, sa présence était un petit secret d'Etat. Les dernières années, elle avait plus de difficultés à répondre aux sollicitations, ça a commencé à se savoir davantage. Pour ses 100 ans, qui devaient arriver le 16 novembre prochain, on avait le souci qu'elle traverse ça le plus confortablement possible. On avait prévu quelque chose de sobre et léger. Avoir pu la croiser, lui parler, ça a été une expérience extraordinaire ».

Pierre Lunel est proche de Soeur Emmanuelle depuis près de vingt ans. Il l'a accompagnée des bidonvilles du Caire au Sud de la France, où elle continue d'aider les plus déshérités. Après deux livres et un film documentaire consacrés à celle qui a dédié son existence aux autres, il compte parmi ceux qui la connaissent le mieux : « C'était une femme pétillante. Bien sûr elle avait des côtés "religieuse", mais elle avait des côtés aussi terriblement "femme". Je me souviens, me baladant bras dessus bras dessous dans les rues de Paris, et elle m'arrêtant devant une boutique de vêtements et me disant "Mais regarde comme c'est beau ce vison" ! Elle était magnifiquement femme. Et puis qu'est-ce qu'elle riait !

Ce qu'il y a de fantastique, c'est d'avoir croisé dans ma vie des gens comme l'Abbé Pierre et Sœur Emmanuelle. Ce sont les rencontres de ma vie. Avoir rencontré ces gens là, ça me file un peps dans ma vie qui est extraordinaire. On l'a découverte à 63 ans, avant personne ne la connaissait, elle était prof à Sion dans les écoles de filles de la bonne bourgeoisie. A 63 ans, au lieu de partir à la retraite, elle décide d'accomplir ce qui est pour elle le chemin, le chemin vers les pauvres ».

Catherine Alvarez présidente de l'ASMAE (Association Sœur Emmanuelle) : « Elle est décédée calmement, dans son sommeil, entre minuit et 1 heure du matin. Je l'ai vue la semaine dernière, elle était fatiguée mais elle envisageait d'être là pour ses 100 ans, on avait répertorié ensemble tous ses invités. Elle est rentrée d'Egypte pour le Var, où elle n'a eu de cesse de continuer à se battre. Pendant les 10 premières années, elle s'est impliquée dans la lutte contre l'exclusion, elle a fait beaucoup d'accueil de sans-abris, et elle a continué à tourner dans les lycées, les écoles. Elle n'a jamais cessé son combat.
L'association porte cet héritage et depuis des années, applique tous ses principes d'action : travailler avec les associations locales, travailler avec les gens du pays, mettre les gens debout, rendre l'autonomie, et c'est ce que nous faisons aujourd'hui à travers nos partenariats avec les pays du Sud ».

Patrick Poivre D'Arvor : « C'était une rencontre il y a une trentaine d'années, au Caire où elle s'occupait des chiffonniers. Ca a été immédiatement le « tu » et également cette phrase de fin, avec laquelle elle terminait ses phrases et qui me donnait une pêche pas possible : elle disait toujours « Yalla ! », ce mot arabe qui dit « Allez, la vie est plus forte que tout ». Elle m'a dit ça dans des moments extrêmement difficiles de ma vie comme dans les moments heureux. C'est vraiment quelqu'un qui vous branchait une électricité invraisemblable quand on la rencontrait. Il n'y avait pas besoin d'avoir la foi, et elle s'en fichait au fond, elle parlait de Dieu comme d'un mari.
Grâce à ça, elle a pu vivre différemment et surmonter la douleur de son enfance et de voir son père emporté par les vagues. Après avoir tant aidé les pauvres, quand elle arrive dans un pays nanti comme le notre, elle est encore plus à l'aise pour nous aider, nous donner des leçons de vie. Je l'ai eue au téléphone tout récemment parce que je devais partir vendredi à Caillan et enregistrer une grande émission d'hommage ».

La rédaction-Bourdin & Co