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Festival d’Angoulême 2017: les vieux héros de la BD rajeunissent

Spider-Man par Bastien Vivès

Spider-Man par Bastien Vivès - Marvel 2017

La série Valérian et Laureline souffle ses 50 bougies et Gaston ses 60 printemps. Pendant ce temps, Mickey et les super-héros Marvel sont réinventés par des dessinateurs français.

Mickey, Spider-Man, Valérian et Laureline, Gaston Lagaffe… Tout le monde, ou presque, connaît ces héros du 9e Art. Ceux-ci occupent depuis plus d’un demi-siècle une place de choix dans l’imaginaire collectif. Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (FIBD) leur rend cette année hommage à travers une série d’expositions.

Deux tendances se distinguent parmi ses expositions. La première évoque les indéboulonnables héros de la BD franco-belge: Valérian et Laureline de Christin et Mézières, et Gaston Lagaffe d’André Franquin, auxquels sont consacrés deux expositions: "Valérian de la case à l’écran", orchestrée à l’occasion des 50 ans de la série et de la sortie de l’adaptation cinématographique signée Luc Besson, et "Le Monde de Gaston Lagaffe", qui célèbre le 60e anniversaire de la création du personnage.

"Créer des expositions représente des budgets colossaux", indique Stéphane Beaujean, directeur artistique du FIBD, à BFMTV.com. "Il est important de pouvoir les adosser à des événements marquants, comme un anniversaire."

Ce qui permet également à une nouvelle génération de lecteurs de découvrir une série dont le grand public n’est plus très familière, comme Valérian et Laureline. Signée Christin et Mézières, cette oeuvre a contribué, dans les années 1960, à donner ses lettres de noblesse à la science-fiction, considérée alors comme un sous-genre de la littérature. En proposant à chaque album la visite d’une planète aussi merveilleuse que lointaine, Valérian et Laureline a marqué son époque tout en posant "des images qui vont être fondatrices du cinéma hollywoodien des années 1970 et 1980, à commencer par Star Wars", note Stéphane Beaujean, également commissaire de cette exposition. 

Page 9 du tome 6, L'Ambassadeur des Ombres
Page 9 du tome 6, L'Ambassadeur des Ombres © Mezieres-Christin – Dargaud 2016

Derrière les belles images de Valérian et Laureline (colorisées par Evelyne Tranlé, retrouvez ici son interview avec BFMTV.com), Christin et Mézières livrent une oeuvre éminemment politique. "Dans une époque où il fallait être soit de droite, soit de gauche, les auteurs Mézières et Christin allaient aux Etats-Unis comme dans les pays de l’Est", poursuit le spécialiste. "Ils proposent de la science-fiction politique avec un discours qui ne sera jamais totalement partisan tout en abordant le risque écologique, l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, la diversité culturelle." 

À la fin des années 1970, la série cesse d'ailleurs l’exploration systématique de planètes. "Au moment où ils perdent pied avec leur oeuvre parce que le cinéma leur coupe l’herbe sous le pied, Christin et Mézières rebondissent et repartent sur un autre cycle: le diptyque Métro Châtelet direction Cassiopée / Brooklyn station terminus cosmos (1980-1981), qui est le monument de la série pour son caractère innovant et la sensibilité avec laquelle transpire l’atmosphère de cette époque." 

Seul bémol à ce beau panorama: le changement de titre de la série, qui passe de Valérian et Laureline à Valérian. "Le nom de Laureline ne passe pas du tout dans certaines langues et pourrait être un frein au succès du film, qui représente un enjeu colossal pour le cinéma européen", plaide Stéphane Beaujean, avant d’ajouter:

"Je comprends que cela choque que Laureline ait été retirée du titre. Dans un contexte de combat pour l’égalité des hommes et des femmes, cela apparaît comme un geste d’une brutalité terrible." 
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- © © Disney 2016 - Extrait de Café Zombo de Loisel

Les super-héros américains revus par les Français

Seconde tendance de ces expositions du FIBD consacrées aux vieux héros: les mythes américains revus et corrigés par des dessinateurs français. "Les Nouveaux visages de Mickey Mouse" expose ainsi des originaux de Cosey, le Grand Prix 2017 du FIBD, de Tébo, de Loisel et de Keramidas, quatre auteurs francophones autorisés par Disney à dessiner de nouvelles aventures de la petite souris. Régis Loisel, par exemple, s’est inspiré d’un des premiers dessinateurs de Mickey, Floyd Gottfredson, pour créer Café Zombo, une longue histoire dessinée en format strip:

"J’ai pu mettre Mickey à la campagne, à la ville. J’ai pu dessiner une des plus longues bastons de Mickey", avait-il déclaré à BFMTV.com en novembre dernier, très heureux d’avoir pu participer à cette aventure. 

Tebo, dont La Jeunesse de Mickey vient de recevoir au FIBD le Prix Jeunesse, a préféré raconter une succession d’histoires courtes: "J’essaye de ne pas m’ennuyer quand je dessine. J’ai eu envie de prendre des périodes qui n’avaient pas été utilisées par Disney: la Première Guerre mondiale, la prohibition... Tout en y ajoutant le western et la course aux étoiles. Mickey, c’est les Etats-Unis. Je voulais dessiner toutes les grandes périodes du pays pour y glisser Mickey."

Spider-Man dessiné par Bastien Vivès
Spider-Man dessiné par Bastien Vivès © Marvel 2017

"Panini: La French Touch de Marvel" dresse enfin un panorama des Français qui ont travaillé sur des comics de Spider-Man, d’Iron Man ou de Deadpool. L'occasion de rendre hommage au travail d'Olivier Coipel, de Paul Renaud, mais aussi d'Elsa Charretier et de Stéphanie Hans: "Ils sont mondialement connus et ont des séries attitrées, mais ils restent peu connus en France", déplore Sébastien Dallain, président de Panini Comics.

A l’occasion des vingt ans de Panini Comics, l’éditeur a également demandé à la crème de la BD française (Joann Sfar, Pénélope Bagieu, Lewis Trondheim, Bastien Vivès…) de réinterpréter des couvertures de comic books. Les livres sortiront en trois salves: en février, en juin et en octobre. Certains choix semblent tomber sous le sens, comme la superbe couverture que Joann Sfar a consacré au Punisher (en librairie le 14 juin). 

"Nous avons choisi de faire appel à des artistes français pour créer des ponts entre deux univers de BD qui sont complètement différents: les comics et la BD franco-belge", explique le directeur de Panimi Comics. "Nous avons décidé de mettre en avant les personnages les plus emblématiques de l’univers Marvel et les sagas les plus importantes. On voulait que ce soit des histoires auto-conclusives de sorte qu’un lecteur qui ne lit pas de comics puisse apprécier l'histoire sans avoir une connaissance étendue de l’univers." 

Jérôme Lachasse