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Donald Trump, Kate et William, le Domestikator… L'actualité vue par Philippe Geluck et son célèbre Chat

Philippe Geluck de retour avec l'album "Chacun son chat", aux éditions Casterman

Philippe Geluck de retour avec l'album "Chacun son chat", aux éditions Casterman - Joel Saget - AFP

A l'occasion de la sortie de son nouvel album Chacun son chat, le dessinateur belge commente trois faits d’actualité pour BFMTV.com: la rivalité entre Kim Jong-un et Donald Trump, le troisième royal baby de Kate et William et la polémique du Domestikator.

Le Chat revient! Les éditions Casterman publient Chacun son chat, 21ème tome de la série initiée par Philippe Geluck dans les années 1980. Comme à son habitude, l’auteur belge a concocté de nouvelles contrepèteries sur le sens de la vie et des aphorismes qui feraient pâlir de jalousie La Bruyère. Fin commentateur de l’actualité, il livre aussi son regard acéré sur le terrorisme, la crise des migrants et la mort de son ami Jean-Pierre Coffe. Derrière le rire, Geluck espère faire réfléchir son lecteur

Son processus créatif reste inchangé, évitant soigneusement de faire des albums thématiques pour "éviter de tourner en rond autour d’un sujet". "Je replonge dans mes archives et je ressors ce qui me paraît le plus pertinent, le plus neuf par rapport aux autres albums", explique-t-il. Composer la maquette de l’album est l’étape qu’il préfère. "C’est la partie la plus douce. Je n’ai pas la pression de trouver des idées. Je dois juste les agencer en essayant d’apporter du rythme, de la variété".

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couv le chat © Geluck Casterman 2017

Un musée Le Chat en 2020

En l’espace de trente ans, Philippe Geluck a souvent dessiné le Chat les mains dans le dos ou le doigt en l’air. Réutilise-t-il depuis tout ce temps les mêmes cases?

"J’ai une salle d’archives remplie de milliers de dessins. Je n’ai jamais réutilisé de dessins. J’ai un copain, Sokal, qui m’avait dit: 'au fond, t’es con, tu ferais des photocopies et tu changerais le texte, tu te ferais moins chier'. Le Chat a beaucoup évolué graphiquement depuis sa création en 1983. Et je me suis amélioré dans l’expressivité, le mouvement, la qualité du dessin. C’est un métier que j’ai appris en le pratiquant".

Comme son compatriote Hergé, Geluck a inventé un personnage en apparence simple à dessiner, mais dont il est le seul à détenir le secret. Il refuse d’ailleurs que Le Chat se poursuive après sa mort. Il a déjà pensé à pérenniser son œuvre. Le dessinateur ouvrira en 2020 à Bruxelles un musée consacré au dessin d’humour et à son célèbre personnage. En attendant, Geluck a accepté de commenter trois thèmes d’actualité pour BFMTV.com. Avant de procéder, il prévient: "Je ne suis pas un dessinateur spectaculaire. J’aime bien que l’on voit le résultat, mais je n’adore pas que l’on voit la manière dont je procède". C'est un privilège qu'il nous accorde.

La polémique du Domestikator

"Je ne dessine pas le Chat lorsque l’idée qui jaillit est mieux servie par autre chose. C’est aussi pour me prouver à moi et à mes lecteurs que le Chat n’est pas indispensable partout, tout le temps. Ce qui m’intéresse dans le Domestikator, ces deux maisons aux formes suggestives qui copulent, c’est de voir l’intérieur: où se situe le couloir, comment s’ouvrent les portes, etc. En pensant à 'maison', je pense à 'maison sur le dos', donc à 'tortue' ou à 'escargot' - mais les escargots sont hermaphrodites…
Ça m'a fait rire cette histoire de Domestikator… et ça m’a fait rire qu’une fois de plus la France se montre un peu rétrograde. Ils sont incroyables dans votre pays: le mariage pour tous, l’euthanasie posent problème. En Belgique, une œuvre comme ça ferait rire tout le monde. Il faut être tordu pour se dire que les enfants vont y voir quelque chose. Il n’y a que les adultes qui y voient quelque chose. C’est quand même révélateur d’une époque et de l’esprit d’un pays."

Un nouveau "Royal Baby"

"Les people ne m'intéressent pas, mais ils sont inévitables. On les côtoie dans n’importe quel kiosque à journaux. Même si on ne s’y intéresse pas, eux nous rattrapent. Donc, forcément, je sais que le prince Charles porte parfois des kilts et a des grandes oreilles. Je sais que la reine d’Angleterre porte des chapeaux de différentes couleurs. Au-delà de ça, je n’arrive pas à me passionner pour eux. Si on me propose un sujet les concernant, j’essaye de l’aborder d’une façon originale. Est-ce que l’actualité est morose? Dans ce cas-ci, elle est rose, c’est le carnet rose de Buckingham. On veut nous faire croire que les people, qu’ils soient royaux ou du show business, sont le remède à la morosité. Je pense que l’humour est un bien meilleur remède que cet univers de pacotille".

Donald Trump et Kim Jong-un

"Ils sont cons, mais ils arrivent à s’entendre. Et si le cheveu était la solution? On pourrait dire après: 'La Troisième Guerre mondiale, ça n’a tenu qu’à un cheveu!' Ça pourrait être le slogan du salon mondial de la coiffure. Il faut qu’il ait lieu dans un pays neutre, la Suisse par exemple. Voilà un exemple de dessin dans lequel j'utilise le Chat pour représenter des personnages. Ce n’est pas vraiment de la caricature, c’est une évocation. Ce qui est rigolo, c’est que le Chat s’efface devant la force du personnage ou sa coiffure. Si je le représente avec une moustache noire sous le nez, on verra que c’est Hitler, or c’est le Chat. il y a un petit malaise qui s’installe. Là, je vois le Chat et Trump. C’est très gênant".

Le Chat, tome 21, Chacun son chat, Casterman, 48 pages, 11,95 euros.
Jérôme Lachasse