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Asie, vampires et Rome antique: découvrez les temps forts du Festival d'Angoulême 2018

L'affiche du FIBD 2018, par Cosey

L'affiche du FIBD 2018, par Cosey - Cosey / FIBD

Du 25 au 28 janvier, l'édition 2018 du Festival de Bande Dessinée d’Angoulême mettra à l'honneur la culture asiatique, l'Antiquité et les vampires.

Le “Dieu du Manga” célébré

Osamu Tezuka
Osamu Tezuka © FIBD

Jusqu’au 11 mars, Angoulême célèbre l’oeuvre d’Osamu Tezuka. Né au Japon en 1928, ce mangaka de génie, inventeur du personnage d’Astro Boy, est souvent présenté comme le "Hergé japonais". "C’est un parallèle qui marche, bien qu’il soit réducteur: les œuvres de Tezuka comptent 400 volumes et il a dessiné plus de 150.000 planches", explique Xavier Guilbert, co-commissaire de l’exposition Osamu Tezuka Manga No Kamisama.

Il ajoute: "Tezuka est quelqu’un de très important dans le développement du manga. On le présente souvent comme étant le dieu du manga, mais je le vois plutôt comme un saint-patron du manga. Il va mettre en place de nombreuses techniques narratives associées maintenant au manga, comme les grands yeux qu’il est allé emprunter à Disney".

Des années 1940 à sa mort en 1989, Tezuka s'est essayé à chaque genre du manga: "Il a toujours eu envie de se remettre en question", complète Xavier Guilbert. "Il a réussi à se réinventer en passant d’une production tournée essentiellement vers l’enfance dans les années 1960 avec Astro Boy, Le Roi Léo et Princesse Saphir à une création qui prend racine dans des faits de l’actualité japonaise dans les années 1970 avec des titres comme Ayako ou MW…"

Cette démarche s'est prolongée dans la dernière partie de sa vie lorsqu'il s'est attaqué aux grandes figures de l’Histoire avec notamment sa biographie de Bouddha. A travers ses histoires, dont le message humaniste résonne encore aujourd’hui, Tezuka souhaitait s’adresser aux générations futures et leur faire prendre conscience de la beauté du monde.

Naoki Urasawa, Sonny Liew, Hiro Mashima: trois auteurs contemporains majeurs

BD
BD © FIBD

Souvent présenté comme l’héritier d’Osamu Tezuka, Naoki Urasawa est aussi le chantre de l’horreur moderne avec des titres comme Monster et 20th Century Boys.

"C’est l’équivalent d’un Brian de Palma et d’un Alfred Hitchcock de la BD. Son œuvre est traversée par des angoisses très personnelles, comme la peur de la résurgence des dictatures, une vision de l’enfance assez malmenée et une image du Mal qui n’a ni nom ni visage", explique Stéphane Beaujean, directeur artistique du FIBD. "C’est un grand metteur en scène. Il sait varier les angles, maintenir le suspense grâce à son sens du découpage. Ses histoires sont des 'pages turners'. Même si vous n’avez jamais lu de BD de votre vie, vous ne pouvez pas décrocher", promet-il.

Après un passage à Angoulême, l’exposition sur Naoki Urasawa se délocalisera à l’Hôtel de ville de Paris du 13 février au 31 mars. Après Urasawa, le FIBD consacre un autre mangaka: Hiro Mashima. Sa série Fairy Tail, qui s'est achevée l'année dernière, s’est vendue à 6 millions d’exemplaires en France: "C’est une bonne occasion pour dire au revoir à la série, poursuit Stéphane Beaujean. "L’exposition est à la fois la présentation de Fairy Tail et une forme de démonstration de ce qu’est la culture de la bande dessinée jeunesse au Japon".

Depuis sa parution en 2015, Charlie Chan Hock Chye: une vie dessinée de Sonny Liew remporte un grand succès. Cette biographie imaginaire d’un dessinateur singapourien a notamment décroché aux Etats-Unis plusieurs Eisner Awards, les Oscars de la BD. Le FIBD lui offre une place de choix cette année en présentant une soixante d’originaux. Stéphane Beaujean raconte l'importance du travail de Sonny Liew:

"C’est une œuvre qui est au croisement de l’histoire de la BD et de celle de Singapour. Singapour est un pays qui n’avait pas de culture de BD et qui s’en fantasme une. Ce faisant, Sonny Liew revisite l’histoire de son pays et la critique. Il est vraiment au cœur de l’actualité à Singapour. En ce moment, il est en lice pour être le Singapourien de l’année, mais le Ministre de la Culture ne veut pas qu’on fasse le buzz sur son oeuvre parce qu’elle est contestataire".

Alix de Jacques Martin fête ses 70 ans

BD
BD © FIBD / Casterman

Alix fut, avec Tintin et Blake et Mortimer, l’un des héros phares du Journal de Tintin des années 1950 à 1980. A l’occasion de ses 70 ans, cette BD signée Jacques Martin fait l’objet d’une grande rétrospective mettant en avant sa modernité.

"Alix, c’est la première BD historique de l’histoire du 9e Art. Auparavant, il n’y avait pas de BD qui s’appuyait d’une manière aussi rigoureuse sur un contexte antique ou historique en général”, explique Romain Brethes, commissaire de l’exposition. Il ajoute: "Quand Jacques Martin commence Alix en 1948, il a peu de sources à sa disposition. Au fil des albums, il va s’appuyer sur des sources de plus en plus précises. La rigueur historique va devenir un des traits de la série. A ce point de vue, il inaugure un genre qui va avoir une très grande importance dans le cadre de la BD".

Autre signe de modernité d’Alix: dès les années 1960, alors que la BD est encore un milieu très masculin, Jacques Martin met en avant dans ses histoires des personnages féminins assez complexes. Très influencée par l’époque contemporaine, son œuvre, bien que se déroulant à l’époque de la Rome Antique, évoque la crainte du désastre atomique. Alors que grondent dans les années 1960 et 1970 les mouvements de contestation, Jacques Martin fera d’Alix un personnage qui craint le désordre:

"Même si Alix prend partie souvent pour les plus faibles, il est assez méfiant par rapport aux révoltes du peuple. L’exemple le plus caractéristique est dans l'album Le Fils de Spartacus: Alix a peur que l’apparition du fils du célèbre esclave plonge le peuple dans le désordre et des révolutions qui ne mèneront sur rien", analyse Romain Brethes.

Bien avant Game of Thrones, conclut ce dernier, Alix est un récit assez violent où Jacques Martin n’hésite pas en effet à tuer certains personnages clefs ou à privilégier des fins assez sombres.

Le Grand Prix Cosey
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BD © FIBD

Personnalité discrète, auteur de plusieurs ouvrages marquants dans les années 1970, 1980 et 1990, l’helvète Cosey a reçu en janvier 2017 le Grand prix du FIBD, soit la plus haute distinction du milieu de la BD. Il a sorti en octobre sa nouvelle œuvre, Calypso (Futuropolis). Sur plus de 100 pages, il renoue avec ses motifs favoris - la montagne, les rendez-vous manqués... - pour conter l’histoire d’un vieil ouvrier qui aide son ancienne amoureuse, devenue une vedette de cinéma, à échapper aux griffes d’un escroc. A 67 ans, Cosey, auteur de la série Jonathan et d’un récent Mickey, a choisi de rompre avec ses habitudes en réalisant un album intégralement en noir et blanc.

Le blanc est omniprésent dans son oeuvre. La couverture d’A la recherche de Peter Pan (1984-1985), son album le plus célèbre, représente un skieur descendant une piste blanche de neige. Elle résume également l’œuvre de Cosey et son goût pour les illusions d’optique. Le blanc de la neige, en effet, n’est pas celui de la gouache, mais du blanc du papier: "Le plus beau blanc, c’est celui du papier", a-t-il indiqué à SFR NEWS. "C’est donc le rien, le vide absolu, la non-intervention. Et le lecteur y voit de la neige". C’est le pouvoir de la bande dessinée. "C’est ce avec quoi j’aime jouer", répond Cosey. "Le lecteur participe à l’image, il crée quelque chose. Tout ne lui est pas donné".

Les histoires de Cosey donnent à réfléchir. Il s’inspire de la guerre du Vietnam et des Boat People pour Saigon - Hanoï (1993) et Le Voyage en Italie (1988). Pour Jonathan, sa série phare publiée entre 1977 et 2013, il s'est nourri de ses voyages au Tibet. Sa connaissance des lieux en fait désormais un expert et il lui est arrivé de servir d'accompagnateur à des touristes. Cosey n’a jamais eu besoin de la SF ou du fantastique pour faire rêver ses lecteurs. Il se laisse simplement guider par les souvenirs de ses voyages pour écrire ses histoires et propose souvent avec ses albums une sélection de morceaux à écouter en lisant.

Un bal des vampires avec Joann Sfar

BD
BD © FIBD

Joann Sfar, qui sort à l’occasion du FIBD le deuxième tome des nouvelles aventures de Petit Vampire, participera à un bal des vampires dimanche 28 janvier. "Je le fais pour les enfants et les familles. On va essayer de faire une fête le dimanche, le jour où normalement tout le monde s’en va. C’est un tribut payé à cette région, Angoulême, qui nous accueille depuis toujours", explique le dessinateur.

Alors qu’il prépare activement l’adaptation en dessin animé de Petit Vampire et le huitième tome du Chat du Rabbin, Joann Sfar explique qu’il vient aussi à Angoulême pour les étudiants qu’il chapeaute aux Beaux-Arts de Paris. Une manière pour lui de leur mettre le pied à l’étrier en les plongeant dans le bain du plus grand festival de BD du monde.

Jérôme Lachasse