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À Grenoble, l'organisation d'un "mois décolonial" fait polémique

A Grenoble, depuis l'annonce de l'organisation du "mois décolonial", de nombreuses personnalités politiques sont montées au créneau

A Grenoble, depuis l'annonce de l'organisation du "mois décolonial", de nombreuses personnalités politiques sont montées au créneau - Capture d'écran "Le mois décolonial" sur Facebook

Un festival visant à "déconstruire l'imaginaire post-colonial" par des conférences et des tables rondes fait polémique à Grenoble. La municipalité a même annoncé se désolidariser de l'événement.

L'événement a fait beaucoup de bruit ces dernières heures. Sur sa page Facebook, le "mois décolonial" prévu à Grenoble du 2 au 15 juin s'affiche comme un festival ou encore un cycle de conférences "pour l'émancipation, l'écologie et la justice sociale".

Pendant une petite quinzaine de jours, la ville de Rhône-Alpes prévoit d'accueillir des conférences, des tables-rondes, ou encore des concerts. Mais l'événement est déjà sous le feu de vives critiques, accusé de raviver les polémiques autour de "l'islamo-gauchisme", qui avaient fait beaucoup de bruit au mois de mars, déjà à Grenoble.

"Déconstruire l'imaginaire post-colonial"

Concrètement, l'événement dit vouloir "déconstruire l'imaginaire post-colonial". Il est à l'initiative de quatre associations de la commune iséroise: Contre Courant (une association étudiante de l'Institut de Sciences politiques de Grenoble), Mix'Arts (une association culturelle), PES (un mouvement politique qui défend "une écologie populaire et sociale") et Survie (une association de lutte contre la "Françafrique"). Au programme: des concerts, des discussions, des tables-rondes. Mais surtout des thématiques bien précises, que l'on peut voir affichées sur les réseaux sociaux du festival : "décolonisons les arts", "violences policières", "racisme systémique" ou encore "panafricanisme".

Partout dans le monde, les peuples expriment leur désir d’émancipation, de liberté, de renouveau. Partout, cette énergie stimulante et cette dynamique salutaire sont confrontées aux postures défensives d’une minorité bien assise, arc-boutée sur ses privilèges hérités d’un autre âge", peut-on lire sur le compte Facebook du mois décolonial. "C’est dans ce contexte que nous souhaitons proposer des espaces d’expression pour celles et ceux qui proposent une lecture différente, interrogent notre manière de faire société et luttent contre les assignations".

Plusieurs personnalités qui sont régulièrement engagées dans ces combats ont été invitées à l'événement, telles que l'essayiste Rokhaya Diallo, ou encore le journaliste Taha Bouhafs.

Des réactions à droite comme à gauche

Mais depuis quelques heures, l'événement s'est retrouvé au centre d'un déluge de réactions, principalement par des personnalités politiques. Sur Twitter, Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a pointé du doigt le maire écologiste de Grenoble Eric Piolle qui selon lui "promeut les délires du racialisme et de la mouvance décoloniale".

Même son de cloche pour le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti qui estime que "déconstruire et réécrire notre roman national sont les seules ambitions" des organisateurs du festival. Quant à la gauche, le porte-parole de Najat Vallaud-Belkacem (PS) pour les régionales Stéphane Gemmani a déclaré sur ses réseaux sociaux que ces revendications identitaires étaient "totalitaires". Selon lui, "ces dérives menacent nos valeurs démocratiques et républicaines".

La Ville de Grenoble se retire

Un temps affichées sur la communication du "Mois décolonial", la municipalité et l'Université Grenoble-Alpes, dont SciencesPo, se sont depuis exprimées au sujet de l'événement. Dans un communiqué commun diffusé jeudi, l'université grenobloise et la Ville affirment avoir "découvert par voie de presse de nombreuses évolutions de programmation, non partagées en amont par les organisateurs":

"À la lecture de la communication du festival, nous avons aussitôt demandé aux organisateurs de revenir à la réalité des faits, et de retirer les marques de soutiens officiels de nos institutions dans l’ensemble de leur communication", peut-on lire dans le communiqué

Le maire de Grenoble Éric Piolle avait ajouté sur son compte Twitter jeudi que même si la tenue du festival était "légitime", une "institution publique n'a pas à être associée, en tant que telle, à ce festival militant".

Ces réactions venant de la Ville ont, depuis, vivement fait réagir plusieurs personnalités censées participer à l'événement, à l'instar de Rokhaya Diallo qui a déclaré sur Twitter:

"En toute lâcheté, la Ville de Grenoble, SciencesPo et l’université de Grenoble désavouent un événement parce qu’il doit me recevoir ainsi que Taha Bouhafs. Moins de 24h pour qu’une municipalité de gauche s’incline face la pression de l’extrême-droite: honte à Eric Piolle".

Louis Augry