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Gilets jaunes: quel bilan pour les automobilistes?

Le mouvement des gilets jaunes est parti d'un mouvement de ras-le-bol des automobilistes sur le prix du carburant.

Le mouvement des gilets jaunes est parti d'un mouvement de ras-le-bol des automobilistes sur le prix du carburant. - Frederick FLORIN / AFP

Alors que s’achève le grand débat, quatre mois après le début du mouvement des gilets jaunes, les automobilistes n'ont pas forcément vu leur pouvoir d’achat augmenter.

Le 17 novembre débutait le mouvement des gilets jaunes, suite à l’augmentation depuis l’été des prix des carburants. Quatre mois après le début des manifestations, et alors que se termine le grand débat mis en place par le Président de la République, quelles réponses ont été apportées aux toutes premières revendications des gilets jaunes? Qu’ont obtenu les automobilistes?

Le prix du carburant a baissé, mais le gazole est plus cher qu’en 2018:

C’était la principale revendication au début du mouvement des gilets jaunes. Mi-octobre 2018, les prix atteignaient leur plus haut, à 1,53 euro le litre de gazole. La hausse des prix du baril de brut se cumulait alors avec la hausse des taxes sur les carburants: + 7,6 centimes sur le gazole (+ 3,6 centimes sur le sans-plomb 95).

Quatre mois plus tard, dans un autre contexte géopolitique, les prix du carburant ont baissé: 6 centimes de moins sur le gazole (1,4620 euro le litre), 10 de moins sur le SP95 (1,4745 euro). Le gouvernement a de plus annulé la nouvelle hausse de taxes prévue initialement pour l’année 2019: 6 centimes de plus sur le diesel, 3 sur l’essence. Cette taxe carbone devait ramener au même niveau les prix d’essence et gazole, pour ne plus favoriser les véhicules diesel. L’objectif a donc été atteint dès l’an dernier.

Depuis le début de l’année, les prix du carburant sont cependant repartis à la hausse. Surtout depuis un an, le prix du gazole a fortement augmenté : + 10 centimes, quand le prix du sans-plomb 95 a baissé de 2 centimes, depuis le 9 mars 2018.

  • Une question demeure cependant en suspens: la taxe carbone reviendra-t-elle en 2020? Le moratoire avait été lancé pour l’année en cours, mais la question avait resurgi fin février sur un retour possible de la taxe carbone. Cette décision devrait dépendre en partie des conclusions du grand débat.

Une prime, voire une super-prime, pour changer de voiture:

Face à la hausse des prix du diesel, beaucoup de gilets jaunes ont mis en avant l’impossibilité de changer de voiture, pour un modèle plus récent, moins gourmand en carburant, voire un modèle électrique. Le 14 novembre, le Premier ministre Edouard Philippe annonçait le passage de 2000 à 4000 euros de la prime à la conversion pour les "gros rouleurs", et surtout les 20% de ménages les plus modestes.

Quatre mois plus tard, le lancement de la "super-prime" s’est révélé un peu poussif. Les sites officiels de traitement de cette nouvelle prime n’ont ouvert qu’en février, mais depuis, 3185 dossiers ont déjà été déposés, selon des chiffres du ministère de la Transition écologique et solidaire. Au total, ce serait 20.000 dossiers qui auraient été constitués pour la prime de 4000 euros. Le dispositif de la prime à la conversion (jusqu’à 2500 euros) reste lui aussi valable. Le ministère table cette année sur 320.000 primes distribuées, soit 20.000 de plus que l’an dernier.

Le durcissement du contrôle technique ajourné pour six mois:

L’une des critiques des gilets jaunes portait également sur le durcissement du contrôle technique. Les nouvelles règles étaient plus sévères depuis mai pour les anciens véhicules. Il devait encore se durcir au premier janvier, sur le volet pollution des modèles diesel. Les gilets jaunes ont dénoncé le coût de ce durcissement, aussi bien pour passer le contrôle que pour d’éventuelles réparations.

Le 14 novembre, le Premier ministre a suspendu pour six mois la mise en place de ce nouveau volet. Les professionnels du contrôle ont eux prévu de travailler avec le gouvernement afin de voir comment mettre en place ce nouveau contrôle technique sans trop peser sur le budget des ménages.

Une baisse des tarifs des péages pour les usagers fréquents:

A côté du carburant, ou des prix trop élevés d’une nouvelle voiture, d’autres questions ont été soulevées dans le cadre du mouvement des gilets jaunes, comme le prix des péages autoroutiers. Les sociétés d’autoroutes envisageaient de relever leur prix en début d’année 2019. Ce qu’elles ont fait, mais en proposant simplement des tarifs préférentiels pour les utilisateurs fréquents des autoroutes. A partir de 10 allers-retours par mois sur un même trajet, les automobilistes bénéficient depuis le 1er février d’une réduction de 30%.

Des interrogations sur les 80km/h, mais pas d’amendement:

La grogne autour des 80km/h a précédé et accompagné le mouvement des gilets jaunes. Si les associations d’automobilistes ont beaucoup protesté sur cette nouvelle limitation de vitesse, la protestation des gilets jaunes a plutôt porté sur les radars. Selon le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, 75% des cabines automatiques auraient été dégradées depuis le 17 novembre.

La question sur un aménagement des 80km/h a été posée par Emmanuel Macron lui-même lors de l’ouverture du grand débat mi-janvier, avec par exemple la possibilité d’adapter la vitesse selon les départements. Le Président de la République avait dès le départ expliqué en avril 2018 que l’efficacité de cette mesure devrait être évaluée. Il faudra ici aussi attendre les conclusions du grand débat.

Pauline Ducamp