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Prix du carburant: rouler coûte-t-il vraiment de plus en plus cher?

Avec la hausse des salaires et la baisse de la consommation des véhicules, le coût du carburant n'a pas cessé de baisser ces 40 dernières années. Mais entre-temps d'autres dépenses ont pris une place plus importante dans le budget des Français.

Les questions du pouvoir d’achat sont au centre des préoccupations des Français en cette fin d’année avec en toile de fond la hausse du prix du carburant. On pourrait croire que rouler coûte de plus en plus cher. Alors qu'en fait c'est tout l'inverse.

Regardons tout d’abord l'évolution du prix du carburant : le gazole et le sans plomb coûte aux alentours de 1,50 euro le litre aujourd’hui. C’est effectivement plus élevé qu’en 2000 (l'équivalent de 1,39 euro d'aujourd'hui) ou qu'en 1990 (1,22 euro) mais c’est un niveau équivalent à celui du début des années 70 (1,50 euro en 1973) et même inférieur à celui du début des années 80. En 1980, l'essence avait grimpé à plus de 4,17 francs le litre soit l’équivalent de 1,76 euro d'aujourd’hui.

Quid des salaires dans le même temps? Ils ont augmenté eux plus vite que l’inflation du carburant depuis les années 70. Le Smic horaire par exemple a doublé depuis 1973 toujours en tenant compte de l’évolution des prix. De 5,43 francs en 1973 (l’équivalent de 4,78 euros) il est passé à 9,88 euros aujourd’hui. Donc concrètement notre pouvoir d’achat de carburant a fortement augmenté ces dernières décennies.

Mais les dépenses contraintes ont elles explosé

Par ailleurs, dans le même temps, les voitures ont fait de gros progrès et sont de plus en plus économes en essence. Elles consommaient 10 litres ou plus aux 100 km en 1973 contre aux alentours de 5 aujourd’hui.

Lorsqu'on fait le calcul on arrive à ce résultat: avec une heure de Smic vous vous payiez 3 litres de carburant en 1973, 5,8 litres en 2001 contre 6,7 litres aujourd’hui. Plus concrètement, 1 heure de Smic vous permettait de rouler 30 km en 1973 contre plus de 130 km aujourd’hui.

Comment dès lors expliquer un tel mécontentement au sein de la population française? Il faut aller chercher du côté des autres sources de dépenses.

Depuis les années 1970, la structure de la consommation des Français a changé. La part des dépenses contraintes a elle fortement augmenté ces dernières années: avec la hausse du coût du logement principalement, mais les abonnements télécom, les assurances, les frais de santé etc.

Ces dépenses contraintes sont selon l'Insee passées de 12,6% du budget des ménages au début des années 1960 à près de 30% aujourd'hui. Et pour les foyers les plus modestes, cette part monterait même à près de 50% selon le Credoc. Et c’est évidemment pour eux que la hausse du carburant se fait le plus durement ressentir.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco