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Gilets jaunes: le report du contrôle technique critiqué par les garagistes

Investissements, contrôles techniques qui n'auront pas lieu, les professionnels ne sont pas contents après le report de la réforme du contrôle technique.

Investissements, contrôles techniques qui n'auront pas lieu, les professionnels ne sont pas contents après le report de la réforme du contrôle technique. - MYCHELE DANIAU / AFP

Chez les professionnels qui s'étaient préparés à l’entrée en vigueur du nouveau contrôle technique au 1er janvier, le report de ce dernier passe mal.

Les professionnels du contrôle technique ne décolèrent pas. Mardi, le Premier ministre a annoncé la suspension pour six mois de la réforme du contrôle technique sur la pollution, qui devait initialement entrer en vigueur le 1er janvier

"Une concertation qui démarre mal: les acteurs du contrôle technique découvrent une suspension de six mois!"

Xavier Horent, directeur général du Conseil National des Professionnels de l’Automobile (CNPA) a ainsi fustigé la décision de l'exécutif sur Twitter. 

Une variable d’ajustement

"Traditionnellement, le contrôle technique est une variable d’ajustement de l’opinion publique, et du mécontentement tantôt des particuliers, tantôt des garagistes, appuie un autre professionnel du secteur. Lorsqu’elle est calme, on met en place un durcissement pour aider les entreprises du secteur. Les particuliers eux sont contents de ce report, car toute mesure coercitive fait grincer des dents. Souvenez-vous, il s’est passé exactement la même chose avec le contrôle technique des cyclomoteurs en 2012, ou celui des motos en 2015".

Dans leur appel du 2 décembre, les "gilets jaunes libres" demandaient "l'annulation de l'alourdissement du contrôle technique automobile". Cette revendication ne précisait pas si les gilets jaunes évoquaient l’alourdissement du 20 mai, qui portait sur la sécurité, ou celui du 1er janvier, portant sur la pollution. Le gouvernement ne pouvait revenir sur la réforme du 20 mai, qui est la transposition d’une directive européenne. En revanche, la réforme du 1er janvier vient d’un changement de norme en droit français, la mesure peut donc être remise en cause.

Un manque à gagner

Les professionnels mettent surtout en avant les investissements réalisés pour former leurs employés, comme pour acquérir les boîtiers nécessaires au nouveau contrôle. Un investissement compris entre 1.500 euros, pour une simple mise à jour du boitier de mesure de l’opacité des fumées du véhicule, et 8.000 euros, pour l’achat d’un boitier neuf.

Mais plus que les investissements, c’est surtout le manque à gagner lié aux nouveaux contrôles manqués qui suscite la colère des professionnels. Ce manque à gagner se monterait à plusieurs dizaines de millions d’euros pour les contrôleurs comme les garagistes, si l’on prend en compte les réparations imposées par les contre-visites sur des pièces moteurs ou d’échappement, souvent onéreuses. Les contre-visites sont en effet de plus en plus devenues payantes. En revanche, le prix du contrôle en lui-même ne devait pas augmenter avec la réforme.

Plus largement, la crise des gilets jaunes pèse sur le résultat des professionnels de l’auto. Des blocages de ronds-points, qui empêchent d’accéder aux centres auto dans les zones commerciales, aux problèmes d’approvisionnement en pièces détachées, près de 72 % des professionnels ont constaté une baisse du nombre de clients dans leur entreprise depuis le 17 novembre, selon un sondage du CNPA.

Un second problème émerge, à l’occasion de cette crise des gilets jaunes. "Il y a une grande crise dans le monde automobile et les clients ne réparent plus leur véhicule, de peur des nouvelles réformes", témoigne un professionnel dans le Journal Auto.

Affiner la réforme

Tous les professionnels ne critiquent pourtant pas ce report.

"La deadline du 1er janvier était un peu à marche forcée, concède Laurent Palmier, PDG de Securitest, une société qui fait passer le contrôle technique. Cette suspension peut nous permettre de travailler plus sereinement, de regarder ce qui se passe ailleurs en Europe. Sinon, ce sont nos contrôleurs qui auraient dû expliquer en janvier aux clients pourquoi leur voiture récente part en contre-visite".

Certains professionnels craignaient en effet que des diesel récents ne partent en contre-visite. Utilisés en ville, ils peuvent rapidement s’encrasser. Or, comme le nouveau contrôle se base sur les "valeurs plaquées" (les valeurs mesurées lors de l’homologation des véhicules), les véhicules n’auraient pu s’approcher de ces valeurs très exigeantes. "Avant la réforme du 20 mai, il y avait déjà eu un emballement sur une hausse du nombre de contre-visites, et finalement, il n’a pas explosé, poursuit Laurent Palmier. Mais il faut rester prudent. A durcir les opérations de contrôle sur des périodes trop courtes, on risque de voir les automobilistes se détourner du contrôle technique, rouler dans l’illégalité, et surtout avec des véhicules dangereux".

Pauline Ducamp